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De longues vacances

Caroline Nugues-Bourchat

2015 - 16 minutes

Belgique - Animation

Production : Zorobabel

synopsis

Cet été, Louise découvre pour la première fois les joies du camping au bord de la mer avec ses parents. Avec son père, elle collecte de précieux trésors ayant appartenu, selon son père, à une sirène. Il lui raconte l’histoire de cette sirène qui ne savait pas chanter et qui, du coup, n’arrivait pas à trouver sa place dans la société. Les vacances se prolongent plus que d’accoutumée et ce que découvre Louise au fil des jours, c’est que l’histoire de cette sirène pourrait bien être celle de son père.

Caroline Nugues-Bourchat

Caroline Nugues-Bourchat est une réalisatrice belge. Elle participe à des projets de réalisation avec l'atelier collectif Zorobabel, tels Otomi en 2005 ou No-Go Zone en 2016.

En 2014, Caroline Nugues-Bourchat a assuré le montage du court métrage La chair de Louise Lemoine Torrès et William Henne.

En 2016, elle signe son premier court métrage d'animation personnel : De longues vacances. Il est alors sélectionné au Festival du film court de Villeurbanne et, surtout, remporte le Grand prix du Festival Anima, à Bruxelles.

Critique

De longues vacances commence, comme toutes les vacances, par un chemin sablonneux sur une falaise au bord de mer. L’animation elle-même semble imprégnée de ce sable, avec une image légèrement granuleuse. Les dessins sont simples, presque enfantins, un effet souligné par les couleurs pastel. La réalisatrice peint ainsi un décor de carte postale, très doux. Un couple et leur petite fille endormie s’y sont installés dans une caravane. Mais l’air désapprobateur de la mère dès leur arrivée détrompe le spectateur : ce séjour ne sera sans doute pas l’escapade balnéaire classique que nous promettait le paysage. Le titre, et la présence de l’adjectif “longues, nous avait déjà mis la puce à l’oreille. En effet, un bon congé est toujours trop court.

Pas d’idées reçues ici, donc. Nous sommes plutôt tenus de rester à l’affût. Et, en effet, le court métrage a tôt fait de nous emmener loin de la réalité à travers le conte que le père raconte à sa fille. L’histoire d’Elga, la sirène qui chantait si mal qu’elle éloignait les marins et provoquait des tempêtes. Caroline Nugues-Bourchat profite de la liberté que donne l’animation pour accomplir l’impensable : le reflet du visage de Louise sur la fenêtre de la voiture est aussi net que le paysage qu’elle observe, rappelant qu’elle lui appartiendra toujours un peu. Cela lui permet aussi de nous transporter dans des fonds marins ou sur un rocher au milieu de l’océan, parfois en même temps que sur la plage ou dans la caravane. Elle mêle le rêve à la réalité, tant à l’image que dans le récit. Il apparaît en effet de plus en plus évident qu’Elga représente en réalité le père, qui s’est fait renvoyer et ne semble plus servir à rien sinon à attirer la foudre sur sa famille. Il échappe à cette vérité grâce à ce personnage. Par une sorte de mise en abyme de l’imaginaire (les objets sur la plage qui deviennent des reliques de la sirène, l’animation sous l’eau, mais aussi les dessins de Louise qui prennent également vie et la sortent de son lit et de sa réalité à elle), il nous est rappelé qu’il n’y a pas d’âge pour avoir envie de fuir. C’est parfois plus facile que d’affronter la recherche de travail, la déception, la belle-famille, les jugements. Du moins jusqu’à ce qu’il soit temps d’apporter une fin à l’histoire. Parce qu’elles en ont toutes une. Et peut-être qu’à l’instar d’Elga qui renversera les marins pour libérer ses compatriotes les poissons, le père de Louise, renversera l’ordre établi pour libérer ses collègues travailleurs victimes de “plans de rigueur économique.

Sans en avoir l’air, De longues vacances invite à réfléchir sur l’enfance, l’âge adulte, l’imaginaire et le travail. Comme quoi il est possible d’aborder tout en douceur des sujets importants et délicats à la fois.

Anne-Capucine Blot

Réalisation et animation : Caroline Nugues-Bourchat. Son : Frédéric Furnelle. Musique originale : Manu Louis. Voix : Claire Gaud, Stéphanie Coerten, Sebastien Hébrant, Renaud Garnier-Fourniguet et Manuela Servais. Production : Zorobabel.

 

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