Extrait
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Préhistoric Cabaret

Bertrand Mandico

2013 - 10 minutes

France - Fiction

Production : Ecce Films

synopsis

Arnarstrapi, Islande. Un numéro de cabaret durant lequel une maîtresse de cérémonie nous propose un voyage au centre de ses organes, pour aller à la rencontre d’une créature qui vit en elle, en nous tous… L’être originel. Le public semble entrer peu à peu en transe avant de se retirer et de la laisser seule.

Bertrand Mandico

Né à Toulouse, en 1971, Bertrand Mandico sort diplômé de l’école de cinéma d’animation des Gobelins. Après quelques films d’animation aux atmosphères organiques et surréalistes comme Le cavalier bleu (1999, Prix du meilleur projet au Festival international du film d’animation d’Annecy), il se dirige vers la prise de vues réelles, d’abord pour des films de commande, puis pour des courts métrages de fiction aux univers radicaux.

Boro in the Box est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2011, obtient le Grand prix du Festival Curtas de Vila do Conde et le Grand prix Europe et celui du jeune public au Festival de moyen métrage de Brive, l’année suivante. Il sort en salles en 2014, suivi de Living still Life (en sélection officielle à la Mostra de Venise en 2012 et au Festival international du film de Rotterdam l'année d'après) et de Préhistoric Cabaret (Prix du meilleur film expérimental au Festival de Chicago).

Certaines de ses créations filmiques font l’objet d’expositions et d’installations et le programme Hormona sort en salles en 2015, regroupant Notre dame des hormones, Y a-t-il une vierge encore vivante ? et Préhistoric Cabaret.

Réalisateur prolixe, Mandico a tissé avec la comédienne Elina Löwensohn un lien étroit, créant notamment une série de films courts, 20+1 projections, kaléidoscope cinématographique la mettant en scène sous forme de films, vidéos, photographies ou performances.

Il prolonge ses recherches cinématographiques sur différents supports tels que la photographie, le dessin, l’écriture, le travail du son et les collages. En 2012, il publie Fleur de salive, un recueil de dessins aux Éditions Cornelius. Bertrand Mandico a également travaillé sur l’œuvre de Walerian Borowczyk comme co-programmateur de la rétrospective et co-commissaire de l’exposition b. boro. borowczyk. walerian borowczyk (1923-2006), à Varsovie, en 2008.

Son premier long métrage, Les garçons sauvages, est distribué en salles en 2016, recevant le Prix Louis-Delluc du premier film. Le réalisateur revient alors à un format de moyen métrage avec Ultra pulpe, qui accède à son tour aux grands écrans au sein du programme Ultra rêve en août 2018. Puis il signe le court The Return of Tragedy en 2020.

Bertrand Mandico sort son deuxième long métrage After Blue (paradis sale) début 2022. Il est alors déjà en train d'achever le suivant, intitulé Conan la Barbare.

 

 

Critique

­Bertrand Mandico est un réalisateur singulier, créateur d’un cinéma inventif, érotique et horrifique, noir et poétique, étrange et rétro, grotesque et burlesque, dégoulinant de matières séminales, faisant surgir d’un peu partout ici un phallus, là une paire de fesses. Mais que cherche Mandico à travers ses films ? Difficile à dire, sinon que son geste cinématographique peut se voir comme un contre-champ à l’imaginaire sans bride du septième art français, traditionnellement taillé dans une bible réaliste. Mandico joue la carte de l’onirique, du faux, de l’excentricité, de la folie, du pas de côté. Il est une espèce de savant fou du cinéma qui fait de l’artisanat et de l’expérience l’axiome de tout son art. Courts ou longs métrages, de films en films, une muse – Elina Löwensohn – y occupe une place centrale. Tous les deux, l’auteur et son actrice, semblent prendre un plaisir fou à mettre en scène ces spectacles de lyres et délires, de magie noire.  

C’est avec elle que Mandico écrit Préhistoric Cabaret. Dans ce court métrage réalisé en 2013, elle interprète une maîtresse de cérémonie dans un décor de cabaret érotique minimaliste. Elle propose à ses ouailles, des humains quasi momifiés, doubles de nous-mêmes, spectateur de cinéma, de voir ce qu’ils n’ont jamais vu. C’est-à-dire une plongée in utero dans le corps de l’actrice, en suivant un œil-caméra en forme de boule de prestidigitation qui, attaché à un long câble gluant, va parcourir les organes de la maîtresse de cérémonie depuis l’anus jusqu’à la bouche.

À la lecture de ce résumé, ainsi pourrait-on s’attendre à croiser ici et là des images classées X. Or, ce que l’on voit est tout sauf pornographique : c’est un clip expérimental, un montage psychédélique où les filtres violet-bleu-rouge s’enchaînent, où fourmillent des textes slogans et de spécieux effets spéciaux. La pénétration ouvre la porte d’un théâtre de grand guignol miniature où, entre ombres et lumières, sur fond d’une musique calypso, on peine à distinguer ce que l’on voit. Ici un plan avec des mains sur le visage de Löwensohn ; là une vue à partir de l’intérieur de la bouche de l’actrice. L’endoscopique caméra de Mandico ouvre peut-être moins la porte à une espèce de “pouring” du fantasme qu’à une espèce de pounding de cinéma expérimental, ou plutôt un retro pounding survitaminé dans lequel les effets de miroirs et l’humour noir ne sont jamais absents. 

Donald James 

Réalisation : Bertrand Mandico. Scénario : Bertrand Mandico et Elina Löwensohn. Image : Arnar Thorisson. Montage : George Cragg. Son : Enrico Fiocco, George Cragg, Bertrand Mandico et Simon Apostolou. Interprétation : Elina Löwensohn et Katrin Olafsdottir. Production : Ecce Films.

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