Extrait
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Notre dame des hormones

Bertrand Mandico

2014 - 33 minutes

France - Expérimental

Production : Ecce Films

synopsis

Deux actrices passent un week-end dans une maison de campagne afin de répéter une pièce de théâtre. Lors d’une promenade dans les bois, l’une d’entre elles déterre une chose étrange, une créature sans orifice, sans membre, de la taille d’un phoque. La créature devient un objet de convoitise pour les deux femmes, prêtes à tout pour posséder la chose. Elles sont loin de se douter qu’elles ont déterré "Notre dame des hormones".

Bertrand Mandico

Né à Toulouse, en 1971, Bertrand Mandico sort diplômé de l’école de cinéma d’animation des Gobelins. Après quelques films d’animation aux atmosphères organiques et surréalistes comme Le cavalier bleu (1999, Prix du meilleur projet au Festival international du film d’animation d’Annecy), il se dirige vers la prise de vues réelles, d’abord pour des films de commande, puis pour des courts métrages de fiction aux univers radicaux.

Boro in the Box est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2011, obtient le Grand prix du Festival Curtas de Vila do Conde et le Grand prix Europe et celui du jeune public au Festival de moyen métrage de Brive, l’année suivante. Il sort en salles en 2014, suivi de Living still Life (en sélection officielle à la Mostra de Venise en 2012 et au Festival international du film de Rotterdam l'année d'après) et de Préhistoric Cabaret (Prix du meilleur film expérimental au Festival de Chicago).

Certaines de ses créations filmiques font l’objet d’expositions et d’installations et le programme Hormona sort en salles en 2015, regroupant Notre dame des hormones, Y a-t-il une vierge encore vivante ? et Préhistoric Cabaret.

Réalisateur prolixe, Mandico a tissé avec la comédienne Elina Löwensohn un lien étroit, créant notamment une série de films courts, 20+1 projections, kaléidoscope cinématographique la mettant en scène sous forme de films, vidéos, photographies ou performances.

Il prolonge ses recherches cinématographiques sur différents supports tels que la photographie, le dessin, l’écriture, le travail du son et les collages. En 2012, il publie Fleur de salive, un recueil de dessins aux Éditions Cornelius. Bertrand Mandico a également travaillé sur l’œuvre de Walerian Borowczyk comme co-programmateur de la rétrospective et co-commissaire de l’exposition b. boro. borowczyk. walerian borowczyk (1923-2006), à Varsovie, en 2008.

Son premier long métrage, Les garçons sauvages, est distribué en salles en 2016, recevant le Prix Louis-Delluc du premier film. Le réalisateur revient alors à un format de moyen métrage avec Ultra pulpe, qui accède à son tour aux grands écrans au sein du programme Ultra rêve en août 2018. Puis il signe le court The Return of Tragedy en 2020.

Bertrand Mandico sort son deuxième long métrage After Blue (paradis sale) début 2022. Il est alors déjà en train d'achever le suivant, intitulé Conan la Barbare.

 

 

Critique

À la faveur d’une promenade dans les bois, un couple d’actrices vieillissantes (Nathalie Richard et Elina Löwensohn) découvre une créature, sorte de panse vibrante, chevelue et visqueuse. C’est dans leur château peuplé de femmes-lampes et d’hommes-statues, que les deux belles rapportent la bête qu’elles se jalousent. Fidèle à l’héritage de Jean Cocteau qu’il cite abondamment dans ce mélange d’organique et d’inanimé, de prosaïque et de fantastique, Bertrand Mandico aime, comme le poète, à truquer l’image au tournage pour éviter toute manipulation de post-production. En revanche, c’est en studio qu’il retravaille scrupuleusement la bande-son, strate par strate, jusqu’aux intonations des dialogues auxquelles les interprètes donnent une drôlerie vacharde et sarcastique.

Formant un cabinet de curiosités dans lequel le mauvais goût et le répugnant sont bienvenus, ce huis clos interpénètre nature et architecture, comme se télescopent les influences artistiques (couleurs chaudes du giallo, saxo langoureux d’un cinéma érotique bas de gamme, ou le scintillement des bijoux et costumes d’un Kenneth Anger). Comme Nathalie Richard dont le corps est enduit de paillettes, l’image, chez Bertrand Mandico, est vêtue, décorée, magnifiée par des fumées, des effets de projections et de miroitements. Comme si la réalisation relevait d’un rituel semblable à ceux, faits d’incantations obscures, qu’ils racontent : le cinéaste, de son propre aveu, fabrique ses films “comme il peut”, inversant par exemple l’ordre conventionnel de l’écriture du film en préférant imaginer dans un premier temps des dialogues précis dont le contenu servira ensuite à créer la trame d’un récit.

Le récit de Notre dame des hormones forme une boucle, faisant d’abord du sur place dans une succession de tableaux presque autonomes, dont les titres évoquent la littérature feuilletonnante du XIXe siècle, pour revenir à son point de départ avec l’évocation d’un vieillard aux tétons démesurément proéminents. Si le récit des Garçons sauvages – actuellement en salles – prend le large de l’aventure vers des contrées inconnues, le premier long métrage de Mandico tourne lui aussi en rond, rejouant pour sa conclusion le sacrifice initial de l’institutrice (Nathalie Richard, encore une fois) en punition duquel ils ont été envoyés en croisière de pénitence. On pourrait même dire qu’il fait quelques pas en arrière vers Notre dame des hormones, sa matrice à bien des égards. Outre qu’on y retrouve son duo de comédiennes hantées par l’idée de finir “au cimetière des actrices oubliées”, on y croise à nouveau les obsessions du cinéaste pour ce qu’il nomme le “paysage hormonal”, fusion d’une nature exubérante et d’une sensualité qui ne demande qu’à se débrider, comme son goût de trafiquer la matière audio-visuelle du cinéma et de la tordre par une voix off narquoise. Mais ces cinq garçons que leur violence met au ban de la bonne société sont aussi de proches cousins du metteur en scène de Notre dame…, figure androgyne rock à la David Bowie interprétée par Agnès Berthon auquel le doublage prête une voix masculine rocailleuse. Dans le court métrage, les deux complices se débarrassent avec une barbarie “tragiquement comique” de leur oppresseur. Les garçons sauvages, interprétés par cinq jeunes actrices, sont eux soumis par Elina Löwensohn à la transfiguration.

Raphaëlle Pireyre

Article paru dans Bref n°116, 2015. 

Réalisation et scénario : Bertrand Mandico. Image : Pascale Granel. Son : Simon Apostolou et Daniel Gries. Montage : Laure Saint-Marc. Interprétation : Elina Löwensohn, Nathalie Richard, Michel Lebayon et Agnès Berthon. Production : Ecce Films.

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