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Merci Cupidon

Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy

1994

Fiction

Production : Injam Production

synopsis

Deux cyclistes partagent un instant de bonheur accidentel orchestré par un Cupidon qui n’a pas encore beaucoup d’expérience.

Dominique Abel

Nés tous deux en 1957, Dominique Abel et Fiona Gordon travaillent ensemble depuis leur rencontre à Paris à l’école Jacques-Lecoq, au début des années 1980. Abel est originaire de Belgique et Gordon est canadienne, née en Australie.

Installés par la suite à Bruxelles, ils fondent ensemble la société de production Courage mon amour avec laquelle ils produisent, écrivent, mettent en scène et interprètent quatre spectacles burlesques, prenant pour modèles le comique clownesque et des acteurs tels que Buster Keaton, Laurel et Hardy ou encore Jacques Tati.

À partir de 1985, avec La danse des poules, ils se lancent dans des tournées à l’échelle internationale. Suit la réalisation de trois courts métrages, parmi lesquels Merci Cupidon en 1994 et Walking on the Wild Side en 2000, avant un passage au long métrage (en collaboration avec Bruno Romy) avec L’iceberg en 2005, bientôt suivi de Rumba en 2007 et de La fée en 2011.

Paris pieds nus, leur quatrième long, est sorti en France en mars 2017.

 

Fiona Gordon

Nés tous deux en 1957, Dominique Abel et Fiona Gordon travaillent ensemble depuis leur rencontre à Paris, à l’école Jacques-Lecoq, au début des années 1980. Abel est originaire de Belgique et Gordon est canadienne, née en Australie.

Installés par la suite à Bruxelles, ils fondent ensemble la société de production Courage mon amour avec laquelle ils produisent, écrivent, mettent en scène et interprètent quatre spectacles burlesques, prenant pour modèles le comique clownesque et des acteurs tels que Buster Keaton, Laurel et Hardy ou encore Jacques Tati.

À partir de 1985, avec La danse des poules, ils se lancent dans des tournées à l’échelle internationale. Suit la réalisation de trois courts métrages, parmi lesquels Merci Cupidon en 1994 et Walking on the Wild Side en 2000, avant un passage au long métrage (en collaboration avec Bruno Romy) avec L’iceberg en 2005, bientôt suivi de Rumba en 2007 et de La fée en 2011.

Paris pieds nus, leur quatrième long, est sorti en France en mars 2017.

 

Bruno Romy

Né à Caen en 1958, Bruno Romy est acteur et réalisateur.

Avant de devenir acteur et de faire des films, il a été professeur de maths, manager dans un supermarché ou encore clown.

Assistant-réalisateur et régisseur sur diverses productions, il réalise en 1992 La poupée, lauréat du Prix de la jeunesse au Festival de Clermont-Ferrand l'année suivante. En 1998 sort son premier long métrage, Le bar des amants, dans lequel il joue aux côtés de Fiona Gordon et Dominique Abel.

Il aura collaboré avec le duo sur différents courts et longs métrages. Après un premier projet en commun, le court métrage Merci Cupidon en 1994, tous trois signèrent ensemble la réalisation des longs métrages L'iceberg (2006), Rumba (2008) et La fée, présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, en 2011.

Son documentaire Quand j'avais 6 ans, j'ai tué un dragon – consacré à la maladie de sa propre fille Mika, atteinte d'une leucémie, et à sa guérison – a remporté une mention spéciale du jury au Festival de Luchon en 2016.

Critique

Merci Cupidon parle d’amour. Plus précisément d’un coup de foudre. Entre un homme et une femme. Cette équation n’a pourtant rien de schématique tant elle s’inscrit ici dans un univers cinématographique décalé. Situés dans une zone rurale indéfinie, les trois personnages principaux, les deux tourtereaux et un serveur bourru, évoluent étrangement dans un bar-dancing dont l’étrange façade colorée est surplombée d’une cheminée d’où s’échappe une fumée blanche fantomatique. Ce qui se passe à l’intérieur est tout aussi énigmatique : la femme laisse son sac à main pendant qu’elle va aux toilettes ; l’homme débraillé, curieux et séducteur, vole involontairement un billet de banque à sa dulcinée ; les membres du rock band agissent littéralement de concert ; le garçon de café se dédouble comme par enchantement au moment de servir le champagne ; de tristes clients se mettent sans explication à s’amouracher… De par sa proximité avec la magie, le film renvoie à Georges Méliès. Sa fantaisie poétique fait songer plutôt à Jacques Tati. En renouant avec les origines burlesques du cinéma, le trio de réalisateurs fait de l’insolite le principe d’une œuvre fantasque à l’horizon social évoquant de façon plus lointaine Chaplin. 

Comme pour leurs collaborations ultérieures – Rosita (1997), Le bar des amants (1998) et Walking on the Wild Side (2000), les créateurs Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy, refusent de se reposer sur un quelconque réalisme ontologique prétendu pour chercher une voie artistique propre, qui parvient à relier le cinéma aux arts scéniques. Leur univers puise dans le théâtre un rapport allégorique à la matière (liquide ou suspendue, dure ou molle, végétale ou animale), dans le mime un large spectre d’expressions physiques et surtout faciales, et dans le cirque un ensemble de figures, relevant ici moins de l’exploit spectaculaire que de la réalisation de gestes minutieux parfaitement maîtrisés. Aussi, au-delà de l’exceptionnel jeu des comédiens, on retient de Merci Cupidon  la manière dont les objets (bicyclette, vêtements, tables, mousse du champagne, etc.) se mettent totalement au service de la poétique filmique. 

Si l’art filmique du trio Abel, Gordon et Romy est profondément singulier, cela ne l’empêche pas d’être aussi truffé d’échos à d’autres démarches cinématographiques : celle de l’Américain Kenneth Anger pour les couleurs chatoyantes et l’économie (symbolique) de moyens, ou celle du Finlandais Aki Kaurismäki pour le travail de la lumière et l’intérêt porté aux individus exclus. L’impression finale de Merci Cupidon  est ce paradoxe même : celui d’inventer une démarche parfaitement nouvelle à partir de l’hybridation, sous la forme d’hommages successifs, de motifs déjà existants dans l’histoire du cinéma. Et, ce faisant, de redonner une signification filmique à des éléments souvent placés à l’ombre des films plus narratifs, à savoir les corps et les visages. Aussi ce film atypique finit-il par percer le rideau d’artifices pour laisser advenir une idée à la fois simple et abstraite : une rencontre est le résultat (anodin, rare et génial) d’un croisement de différentes trajectoires. 

Mathieu Lericq 

Réalisation, scénario et interprétation : Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy. Montage : Jean-Christophe Leforestier. Son : Henri Morelle. Musique originale : Jacques Luley. Production : Injam Production.

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