Extrait
Partager sur facebook Partager sur twitter

Le gouffre

J-7

Vincent Le Port

2015 - 50 minutes

Fiction

Production : Stank

synopsis

Finistère nord. La morte saison. C’est le dernier jour de travail pour Céleste, gardienne d’un camping en bord de mer. Elle s’apprête à partir quand une enfant disparaît. Il faut la retrouver.

Vincent Le Port

Né en 1986 en Bretagne, Vincent Le Port a étudié à la Fémis, en section “réalisation”, dont il est sorti diplômé en 2010. En 2009, son court métrage Finis terrae aura été présenté, entre autres, au Festival Cine Jove de Valence, en Espagne, au Festival du film étudiant de Tel Aviv et au Festival d’Amiens.

En 2012, Vincent Le Port est, avec Roy Arida, Pierre-Emmanuel Urcun et Louis Tardivier, le fondateur de la société Stank, un collectif d’auteurs-réalisateurs basé à Brest. Il signe sous cet étendard plusieurs films, s’intéressant tant à la fiction qu’au documentaire et à l’expérimental.

Le gouffre lui vaut de nombreuses récompenses en 2016, notamment le Prix Jean-Vigo du court métrage, le Prix du public du Festival de Brive et une Mention spéciale du jury, ainsi que le Prix de la presse Télérama au Festival de Clermont-Ferrand. La même année, son long métrage Dieu et le raté, un docu-fiction, est montré au Festival Les inattendus à Lyon.

Son long métrage de fiction Bruno Reidal, inspiré d'une histoire vraie, est présenté en compétition au Festival de Cannes 2021, dans le cadre la Semaine de la critique. Le film, co-produit par Stank et Capricci, sortira au printemps 2022.

En 2021, Vincent Le Port a réalisé un autre court métrage, intitulé La marche de Paris à Brest et filmé à l'aide d'une caméra Super 8. 

 

Critique

On pénètre dans Le gouffre comme dans une brume ; d’emblée une sensation lancinante, à la fois trouble et cotonneuse, impose au rythme un ralenti. Céleste, qui a travaillé tout l’été au camping de son oncle, est sur le point de partir. C’est l’instant des adieux qui traînent, des lendemains de cuite, des dernières journées de travail, une impression qu’accentue encore la nonchalance naturelle de Céleste. Mais dès l’ouverture, cet engourdissement est là, prégnant et hypnotique, énoncé par un lent zoom sur une statue de divinité bretonne, comme une mise en garde. L’emprise d’un mauvais rêve auquel on n’échappe pas. Quand un enfant disparaît sans laisser de trace, Céleste repousse son départ pour participer aux recherches et découvre l’entrée d’un vieux souterrain qui semble inhabité. L’attente alors se mue en inquiétude et le lieu de vacances en purgatoire.

Une lumière naturelle subtilement exagérée, un format d’image intermédiaire (1.50) où les paysages apparaissent légèrement tronqués, comme si le hors-champ était à la fois présent et partiellement caché, et partout le doute s’immisce. Le montage joue discrètement sur les “faux temps” avec des durées de plan inattendues, les fondus enchaînés gomment les repères géographiques et temporels, ce qui fait toute la force de la mise en scène vient de ce qu’elle soustrait plus que ce qu’elle montre. Car si Le gouffre est hanté, c’est à la manière des films de Jacques Tourneur ou des nouvelles de Henry James où, plutôt qu’une intrigue à démêler, c’est un climat qui distille son mystère au cœur du plus familier.

Le fantastique qui pourrait naître alors serait celui d’une rencontre entre deux mondes, la surface et les profondeurs, le jour et la nuit, mais on comprend vite que ce n’est pas ce qui intéresse le cinéaste qui, au lieu de marquer la frontière, la trouble pour la rendre toujours plus incertaine.

Inspiré des légendes de sa Bretagne natale, Vincent Le Port tente d’en saisir les codes pour en réinventer le geste, avec une économie de moyens tirée de ses expériences documentaires et expérimentales. Plastiquement superbe, il y a dans Le gouffre quelque chose à la fois de vertigineux et de fragile, et qui réduit Céleste et le spectateur au silence, un sentiment d’écrasement, de petitesse. Comme si, sous l’apparente amnésie du présent, le murmure des croyances du passé nous parvenait encore.

Olivier Payage

Article paru dans Bref n°119, 2016.

Réalisation et scénario : Vincent Le Port. Image : Julien Le May. Montage : Vincent Le Port et Xavier Sirven. Son : Marc-Olivier Brullé,  Charlotte Butrak et Clément Decaudin. Interprétation : Zoé Cauwet, Xavier Tanguy, Ghassan El Hakim, Émilien Tessier, Thierry Machard, Gritt Maes et Angun Guillerm. Production : Stank.

À retrouver dans

Sélections du moment