Le triangle d’or d’Hélène Rosselet-Ruiz : les inconnues dans la maison
Projeté au Festival de Cannes il y a quelques semaines en séance spéciale, le premier long métrage d’Hélène Rosselet-Ruiz sera lancé en salles par Ad vitam le 29 juillet prochain. Il reprend directement le postulat narratif au centre du film de fin d’études de la Fémis de la réalisatrice, Les mains sales, disponible actuellement sur Brefcinema.
Laura, vingt ans, cherche un emploi. Elle envisage d’intégrer l’armée et s’entraîne dur physiquement, mais pour l’instant, elle a surtout besoin d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille. Elle passe un entretien assez curieux dans un hôtel particulier des beaux quartiers de l’Ouest parisien et se voit illico embauchée. Comme femme de ménage, de chambre ou à tout faire. Elle sera payée au black, assez grassement, devra se faire discrète adopter une tenue sobre et neutre, être dispo 7 jours sur 7 et H24, jours fériés compris. Et accourir quand on la sonne.
Une domesticité d’un autre temps, son employeur étant un mystérieux dignitaire saoudien, membre de la famille royale, qui cache là sa jeune maîtresse, longue liane brune sophistiquée. Celle-ci brûle de devenir deuxième épouse, comme le prince en a une première, officielle (et peu pressée de le partager, tout comme sa fortune illimitée).

Dans le huis-clos de cette véritable réclusion, d’où la prétendante ne peut sortir, l’ambiance est tendue. Souria, puisque c’est son prénom, traite Laura en esclave, tandis que “Monsieur” se fait rare, allant et venant, faisant ce que bon lui semble et laissant à Emre, son bras droit, la tâche d’organiser les choses avec Laura dans ce confinement hyper luxueux.
L’argent coule à flot et n’a plus aucune valeur ; le respect de l’autre, surtout venu des couches inférieures de la société pas davantage. Pourtant, les circonstances vont faire baisser de plusieurs tons Souria, qui se retrouve brutalement vite sur la sellette, donc en danger, en son état de semi-prostituée aux yeux de la tradition politico-religieuse. Et Laura se pose d’un coup en confidente, complice, amie et protectrice possible.

Le triangle d’or est directement inspiré des Mains sales, réalisé par Hélène Rosselet-Ruiz dans le cadre de son cursus à la Fémis, où la jeune employée de maison était incarnée par Sarah Henochsberg, avant Malou Khebizi (découverte il y a deux ans dans Diamant brut d’Agathe Riedinger). Sur sa durée circonscrite, le film se concentrait surtout sur l’incursion de nervis dans l’enceinte de la résidence, pas franchement bien intentionnés. Dans le long métrage, c’est en quelque sorte le climax de la narration, faisant surgir la violence, la menace et la déchéance annoncée de Souria, sinon un sort funeste plus grave encore.

Cette figure féminine est dessinée avec la nuance qui s’impose : odieuse d’abord, fragile en réalité et s’accrochant à son rêve, comme elle s’en confiera à Laura. La réalisatrice, qui s’est appuyée sur une expérience en ménage dans une telle demeure qu’elle eut durant des vacances d’été jadis, avait ausculté un rêve d’avenir de tout autre type dans un documentaire d’école, Numéro 13, consacré au footballeur Clément Michelin, alors jeune pensionnaire du RC Lens. Elle avait aussi cerné dans l’un de ses films courts signés en solo l’irruption brutale de la réalité dans une jeune existence “innocente” et confrontée à la rudesse des choses, dans Pas l’cœur assez grand – où un jeune garçon découvrait que sa mère, en plein désarroi matériel et existentiel, avait fait piquer Django, son chien adoré.

On note d’ailleurs que les œuvres menées à bien par Hélène Rosselet-Ruiz seule tranchent par leur gravité et leur frontalité avec les histoires racontées en duo avec sa sœur Marie (Ibiza, Les héritières, Les reines du mambo), solaires et drôles, pleines de tendresse et d’éclats de rire. Une dualité passionnante qui se verra peut-être confirmée par leurs prochains projets communs, tandis que Marie s’apprête à sortir son propre premier long métrage dans les mois qui viennent : L’une des leurs. On y reviendra forcément.

Photo de bandeau : © Emmanuelle Jacobson-Roques.
à voir aussi :
- Les mains sales d’Hélène Rosselet-Ruiz, disponible actuellement sur Brefcinema.
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