En salles 18/02/2026

Du court au long : Diego Céspedes, les regards d’amour

Révélé à Cannes avec ses films courts, le réalisateur chilien Diego Céspedes y est revenu avec un nouveau prix à la clé, en mai dernier, pour son premier long métrage, distribué en France ce mercredi 18 février : Le mystérieux regard du flamant rose.

En trois films, le jeune trentenaire Diego Céspedes est devenu l’une des nouvelles voix remarquées du cinéma chilien, latino-américain et hispanophone. Un trio fictionnel aux titres plus poétiques les uns que les autres : L’été du lion électrique, Les créatures qui fondent au soleil (actuellement disponible sur Brefcinema) et Le mystérieux regard du flamant rose. Des invitations au champ infini de l’imaginaire. Des associations d’images obsédantes et parfois cocasses. Un lion électrique, des créatures qui fondent et le regard d’un flamant. Des animaux qui lient l’universel aux traditions ancestrales et à un abécédaire enfantin et décalé à la fois.

Tout un programme, volontiers associé aux séries B et au cinéma bis, qui sied parfaitement au monde (dés)enchanté du cinéaste. Mais pas que. Car sa vision associe la poésie et la mélancolie, et touche au romanesque, pour raconter des singularités issues des classes populaires – comme lui – et des marges de la société. Céspedes rend visibles les invisibilisés et narre l’envers de l’Histoire. Pour ce faire, rien de mieux pour lui que de passer par l’enfance, et de la célébrer par le roman d’apprentissage face aux chemins sinueux que traversent les adultes.

Alonso, Secreto et Lidia ont sensiblement le même âge, et sont les témoins bienveillants et actants de récits hautement formateurs pour les protagonistes, et fortement ressentis par le public qui les découvre. Il et elles ont les pupilles en alerte, faisant l’expérience de ce qu’est un regard plein d’amour, pour la grande sœur (L’été du lion électrique), pour la maman de cœur (Les créatures qui fondent au soleil et Le mystérieux regard du flamant rose) et pour la communauté de laissé(e)s pour compte, solidaires dans l’adversité (Le mystérieux regard du flamant rose).

Si le troisième opus est le prolongement du second, c’est par cette évidence du lien mère/fille d’adoption, rempli de douceur, de féminité et de puissance sensorielle. Les visages qui se font face se dévisagent autant par les yeux que par les mains, qui caressent ce territoire facial de l’autre. Les globes oculaires pleurent autant qu’ils irradient de plaisir, s’unissant même par une étonnante éjaculation métaphorique et scintillante. Le réalisme magique convoque le fantastique, pour mieux déjouer les maux de l’âme et du corps.

Car le cinéma de Diego Céspedes ne mange pas le pain de la naïveté. Il est candide et idéaliste dans son rêve d’amour partagé, mais il embrasse la douleur et se nourrit de la maladie dans Le mystérieux regard du flamant rose. Dans ce début des années 1980, l’étrange épidémie qu’il faut éviter du toucher autant que du regard, justement, n’est autre que le virus méconnu du VIH. Et la disparition de la vie autant que de la vue emplit l’espace désolé de ce western moderne et coloré, où le saloon est devenu un cabaret queer, les chevaux des véhicules à moteur, et où l’étang est le théâtre des affrontements.

Pas défaitiste pour autant, le réalisateur chante une humanité fatiguée mais amoureuse et subversive (la patronne Mama Boa et le mineur retraité Clemente), et pleine d’espoir dans la jeunesse (Lidia en chemin vers sa vie de femme). Avec sa faculté de saisir la vulnérabilité dans toute sa beauté, ce geste inclusif ouvre grand les bras à la résilience. Et les festivals internationaux accueillent généreusement l’auteur, depuis Cannes, qui a sans discontinuer invité son triptyque à la Cinéfondation 2018 (L’été du lion électrique), à la Semaine de la critique 2022 (Les créatures qui fondent au soleil) et à Un certain regard 2025 (Le mystérieux regard du flamant rose). Entrez dans sa danse !

Olivier Pélisson

À voir aussi :

- Malgré la nuit de Guillermo García López, également coproduit par Les Valseurs.

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- Grand ciel, sorti en janvier 2026 : Akihiro Hata du court au long.