Extrait

What Mary Didn’t Know

Konstantina Kotzamani

2024 - 54 minutes

France, Grèce, Suède - Fiction

Production : Ecce Films

synopsis

Un navire de croisière, le Neoromantica, traverse la Méditerranée. Parmi les retraités en quête de “marriage margaritas", une adolescente, Mary, erre dans le casino et touche le jackpot en amour. Sous la lune capricieuse de la mer Égée, les mythes grecs rencontrent les Mille et une nuits.

Konstantina Kotzamani

Née le 29 avril 1983 à Komotini, dans le nord-est de la Grèce, Konstantina Kotzamani est diplômée du département cinéma des Beaux-Arts de Thessalonique.

En 2011, elle réalise son premier court métrage : Pigs. Ses films ont vite été présentés dans les festivals, y recevant de nombreux prix. Washingtonia (2014), son cinquième court, a entamé sa carrière à la Berlinale avant d’être montré dans plus de 120 festivals internationaux.

Son film suivant, Limbo (2016), se voyait sélectionné à Cannes, dans le cadre de la Semaine de la critique. En 2019, la réalisatrice signait un moyen métrage, Electric Swan, pour lequel elle obtenait, entre autres, le Prix du meilleur court métrage remis par le Syndicat français de la critique de cinéma.

En 2024, elle signe un nouveau moyen métrage, d'une durée de 53 minutes, à nouveau produit par Ecce Films : What Mary Didn’t Know. Alors que ce dernier remporte un vif succès en festivals (Aix-en-Provence, Brive, Gijón, Locarno, Pantin, Vila do Conde), la réalisatrice met alors le cap sur son premier long métrage en développant Titanic Océan, coproduction entre Grèce, Allemagne, France (via Manny Films, cette fois), Roumanie et Espagne.

Critique

Quand Mary passe ce qu’on imagine être pourtant sa première nuit d’amour dans les bras d’Abdel, cuisinier d’un luxueux paquebot, cette ado suédoise est saisie par un sentiment de déjà-vu. La scène est filmée dans la pleine pénombre d’une étroite cabine de bateau semblable à un nid pour oiseaux de nuit. Mary est-elle frappée par cette intuition propre aux amoureux et amoureuses, qui se reconnaissent avant même de se connaître ? Ou est-ce le film de Konstantina Kotzamani qui se joue et s’entortille autour de ces effets de déjà-vu ?

Pour son troisième court métrage, la cinéaste grecque pose ses valises sur un imposant navire pas loin de celui filmé en 2010 par Jean-Luc Godard dans Film socialisme. Sur ce monstre marin et véhicule capitaliste, où riches clients et personnel se croisent sans habiter le même espace, tout se vend, s’achète et se désire (des lunettes auréolées de diamants, des cocktails fluorescents au noms de slogans publicitaires pour applications de rencontres). L’image de What Mary Didn’t Know rend absolument tout ce qu’elle touche alléchant, juteux, brillant. De Martin Parr aux contes des mille et une nuit, des mythologies grecques au teen-movie, de La règle du jeu à Titanic (pour sa love-story qui transgresse les barrières de classe), Konstantina Kotzamani brasse large, navigue d’une influence à une autre sans tout à fait s’arrimer à un genre comme si l’hybridité du film tendait à repousser toute idée de catégorie fermée. Si la croisière de What Mary Didn’t Know s’apparente à un parc d’attractions, à un simulacre ambulant avec ses décors en carton-pâte, l’artifice n’est pas que synonyme de falsification ; il produit aussi quelques instants de vérité.

Car le spleen adolescent qui inonde les plans de What Mary Didn’t Know est, lui, bel et bien réel, comme l’intensité avec laquelle la jeune fille se met à aimer éperdument Abdel avant que ce dernier ne s’envole cruellement. La plus belle idée du film tient à cette façon, certainement inspirée des surréalistes, dont la rencontre amoureuse entre une jeune fille bourgeoise et un garçon de cuisine abolit le langage, qui explose, se brouille et se réinvente dans une très belle séquence de coucher de soleil. Là, du suédois à l’anglais, du français à l’arabe de nouvelles correspondances naissent entre les langues et c’est ainsi qu’un simple “salami” devient un affectueux “soleil” et bientôt même le mot qui désigne l’être aimé. Un dialecte crypté qui dit bien le caractère insondable d’un film dont l’étrangeté hypnotique tient à sa façon de savoir si bien protéger son secret.

Marilou Duponchel

Réalisation et scénario : Konstantina Kotzamani. Image : Giorgos Karvelas GSC. Montage : Livia Neroutsopoulou. Son : Alexandre Frigoult. Musique originale : Nick Athens, Karolos Berahas et Ilias Kampanis. Interprétation : Tora Sandström, Yasin Houicha, Åsa Jonson, Myrto Kontoni, Carl Johan Merner et Silas Strand. Production : Ecce Films.

À retrouver dans

Sélections du moment