Extrait

Salut les zins !

Paul Nouhet

2023 - 47 minutes

France - Fiction

Production : Les Films du Sursaut

synopsis

Antoine, 14 ans, trace en skate dans les rues de Bordeaux avec ses potes et sa petite caméra. Le temps d’une nuit dans la ville, Paul, 25 ans, retrouve ses amis et se refait le film.

Paul Nouhet

Après avoir obtenu son bac, Paul Nouhet (né en 1994 à Bordeaux) s’installe en Belgique pour étudier l’audiovisuel à la Haute École Libre de Bruxelles. Son attrait pour la technique se mue en passion pour le cinéma, en particulier pour le montage. Il y fabrique notamment un documentaire sur l’aéroport cargo de Liège : Contrôle (2015), co-réalisé et monté avec son acolyte Julien Dewachiret.

Paul Nouhet est diplômé de la Fémis (département montage). En 2018, il réalise Les méduses de Gouville, qu'il interprète également. Camille sans contact, son deuxième court métrage, est sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2020.

Il passe ensuite par la case du moyen métrage en 2023, à travers Salut les zins ! (présenté notamment au Festival de Brive et au FIFIB), puis au long métrage avec Barça zou, qui fait partie de la sélection de l'Acid au Festival de Cannes 2026.

Critique

Salut les zins ! de Paul Nouhet débute comme un teen-movie survitaminé dans un parc, puis dans les rues de Bordeaux. Des ados agités par des montées de sève matent leurs alter egos féminins qui se rebellent : “Arrêtez de nous suivre partout !”. Des garçons skaters qui n’arrivent pas à conclure, réduits à se masturber dans un vieux tee-shirt pour évacuer tout désir impétueux. Ce n’est qu’un point de départ que le réalisateur, également monteur de formation, va s’ingénier à dépasser par la mélancolie qui se niche dans de nombreuses collures. C’est ce long plan sur un des jeunes protagonistes qui voit s’éloigner son pote au coin de la rue, c’est ce regard sur le jeune Antoine qui explique à son amie qu’il veut faire des films sur la vraie vie : “Il faudrait vraiment que je vive les trucs pour les raconter dans les films, sinon ce serait trop cliché…”. Se superposent la séduction adolescente et la vocation cinématographique pour un moment suspendu, en état de grâce. Mais l’originalité du film ne s’arrête pas là. Le film bascule au bout de dix-sept minutes dans un autre récit : de jeunes adultes skaters, dont l’un, joué par le cinéaste et revenant de Paris, retrouve ses potes. Ils n’ont pas de liens apparemment avec les adolescents du début du film, mais sont comme des projections possibles de ce qu’ils deviendront plus tard, regardant leurs premières vidéos de skate, se trimballant cette fois-ci des problèmes d’adultes. “J’ai pas le droit d’être triste”, confie un copain de Paul lors d’une fête.

Toute la force du film de Nouhet réside dans ce lien secret existant entre une ado qui a envie d’être triste devant la caméra et un jeune adulte exprimant ses peurs contemporaines. De même, le dialogue nocturne entre Paul et Eva à la fin du film, renvoie à cette part d’adolescence, la difficulté de construire des histoires d’amour une fois devenu adulte, les illusions perdues. On mesure la part personnelle que représente pour Paul Nouhet ce film soucieux de la géographie intime de ses personnages déambulant, scrutés en longue focale et enracinés vivants dans la ville de Bordeaux. Il distille aussi ses petits éclats burlesques, qu’il s’agisse d’un chevreuil mort dont il faut se débarrasser ou d’un téléphone portable facétieux glissant dans le caniveau comme une savonnette, marquant ainsi la spécificité de ce moyen métrage qui n’est jamais là où on l’attend. Salut les zins !, dans la continuité des précédents courts métrages de Paul Nouhet, marque par ailleurs la fin d’un cycle pour lui, alors que son premier long métrage, Barça zou, est présenté en 2026 dans la section de l’Acid au Festival de Cannes.

Bernard Payen

Réalisation : Paul Nouhet. Scénario : Paul Nouhet et Simon Serna. Image : Pauline Doméjean. Montage : Anne-Laure Huet. Son : Adrien Canepin. Interprétation : Paul Nouhet, Maël Bettoia, Hugo Cailleres Betancor, Yaël Garcia, Edouard Hascoët, Garance Kim, Zadig Langlois, Emile Pierre et Ange Quercia. Production : Les Films du Sursaut.

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