Extrait

Pin pon

Baptiste Drapeau

2022 - 18 minutes

France - Fiction

Production : Topshot Films

synopsis

Ce soir, pour le bal du 14 juillet, trois amis ont la brillante idée de se “déguiser” en pompiers pour draguer des filles. Mais leur stupide projet prend une autre tournure lorsque Joseph, déjà mal à l’aise sur le dance-floor de la caserne, se retrouve embarqué malgré lui dans une véritable intervention...

Baptiste Drapeau

Après un DMA en cinéma d'animation à l'École Estienne, à Paris, Baptiste Drapeau a intégré en 2014 le département réalisation de la Fémis, dont il est sorti diplômé en 2018 avec son film de fin d'études : La mangeuse d'hommes

Durant son cursus, il signe un film dépassant l'heure de projection : Venir sur ses pas (2017). Inédit en salles, il a été montré dans une série de festivals, notamment à l'étranger. En France, il a été présenté au Festival du film grolandais de Toulouse.

Son court métrage Pin pon, produit par Topshot Films et Quad Production, circule à son tour dans de nombreux festivals en 2021. Son premier “vrai” long métrage, Messe basse, réunissant Alice Isaaz et Jacqueline Bisset, sera sorti la même année, après avoir été présenté à Angoulême et à Arras.

En 2026, Baptiste Drapeau signe un nouveau long métrage intitulé The Giaccomo, autour d'un influenceur star. Le film est projeté au Festival du film de comédie de L'Alpe-d'Huez.

Critique

Il y a, dès les premières secondes du Pin pon de Baptiste Drapeau, quelque chose de doucement trivial et déjà troublant : ce château gonflable du générique, qui se dresse comme un sexe, promesse vaguement obscène, annonce à lui seul tout le programme du film. Trois amis enfilent des uniformes de pompiers dans des toilettes exiguës pour infiltrer un bal du 14 juillet. Sabre au clair, ils avancent sur le dance-floor de la caserne pour mettre en œuvre leur stratégie de drague. Un trio de garçons gauches qui n’est pas sans rappeler celui de SuperGrave de Greg Mottola (2007) : un qui fanfaronne, un qui suit et le dernier qui regarde, gêné, le bout de ses chaussures. Dans ce jeu de rôles, Pierre Lottin impose immédiatement une présence comique éclatante, gestuelle précise, sourire coquin, tandis que Joseph (Xavier Lacaille), silhouette longiligne et regard flottant, évoque des figures comme Michael Cera ou Martin Starr dans Freaks and Geeks, lunetteux longiligne, touchant et dégingandé.

Mais Pin pon ne se contente pas de rejouer la comédie générationnelle. Le réel vient percuter le fantasme et Joseph est embarqué dans une véritable intervention (SuperGrave à nouveau, quand McLovin se retrouve à faire les quatre cents coups avec de vrais flics). Pris derrière les flammes d’un incendie, il se retrouve coincé dans une salle de bain envahie par la fumée, avec une jeune femme polonaise. Ils ne se comprennent pas, mais ne cessent de se parler, en se protégeant dans une cabine de douche qui se remplit d’eau tandis que les braises tout autour se répandent. Cette capsule absurde est le moment de faire entrer la tendresse, dans ce cocon aqueux. Une cabine qui serait cette boîte d’illusionniste où les corps se coupent en deux, disparaissent et se recomposent ailleurs.

Le chemin pour y arriver est délicieux. Pin pon avance comme un bonbon enfumé, avec ses rouges et ses bleues acidulés dans la nuit, où le bal des pompiers se dissout dans une rêverie pop. L’improbable quête de Joseph fait naturellement peu à peu émerger cette idée du feu ardent, du désir donc, qui peut brûler librement. Mais il y a surtout cette idée, plus douce, de filmer une ode fleur bleue à la délicatesse du flirt : que le coup de foudre ne naît jamais dans l’ordre des choses, mais dans sa défaillance, dans un moment à la fois crétin et dément, où les rôles lâchent. Pin pon filme aussi béatement et joyeusement que possible, un incendie qui n’est pas fait pour être éteint.

Arnaud Hallet

Réalisation : Baptiste Drapeau. Scénario : Xavier Lacaille, Baptiste Drapeau et Thomas Pujol. Image : François Ray. Montage : Thomas Robineau. Son : Flavia Cordey et Armin Reiland. Musique originale : Adé. Interprétation : Xavier Lacaille, Pierre Lottin, Louise Coldefy, Hamza Ouechtati et Patrycja Pulit. Production : Topshot Films.

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