Lino
Aurélien Vernhes-Lermusiaux
2021 - 28 minutes
France - Fiction
Production : Noodles Production
synopsis
Sur la Côte atlantique, dans la nuit du 31 décembre 2020. Un groupe de militaires est mobilisé suite à la découverte d’un obus sur la plage et attend l’arrivée des démineurs. Parmi eux, Lino, un jeune soldat revenu d’une difficile mission à l’étranger, semble ailleurs. Une intrusion soudaine va changer le cours de la nuit et celui de sa vie...
biographie
Aurélien Vernhes-Lermusiaux
Aurélien Vernhes-Lermusiaux est né à Figeac en 1980. Ayant grandi à proximité des Causses – environnement désertique du sud de la France –, très tôt, il a développé un intérêt pour les espaces abandonnés et les fantômes qui les peuplent. Il a réalisé des films de fiction, des documentaires et des installations interactives qui s’interrogent sur les liants entre la notion de “trace” et les questions de “mémoire”.
Après un BTS audiovisuel et des études universitaires à La Sorbonne en cinéma et philosophie, il a terminé son parcours au Fresnoy, studio national des arts contemporains. Au cinéma, il a collaboré avec André Téchiné, Sharunas Bartas, Jacques Audiard, etc.
Entre 2007 et 2019, il aura réalisé neuf films dont L’inconnu, Le jour où le fils de Rainer s’est noyé, Poisson ou encore Les photographes. En 2017, il affirme son changement de registre avec Les vies de Lenny Wilson, primé à Clermont-Ferrand et au TISFF (Grèce, 2018).
Il se tourne alors vers son premier long métrage, toujours produit par Noodles Productions. Vers la bataille, qui se déroule dans le Mexique en guerre des années 1860, sort en salles en 2021, obtenant alors le Prix Louis-Delluc du meilleur premier film.
C'est également en Amérique du Sud, dans le désert colombien de la Tatacoa, qu'il plante sa caméra pour La couleuvre noire, qui fait partie de la programmation de l'ACID au Festival de Cannes 2025 avant de sortir en France au cours du printemps suivant.
Entretemps, il sera revenu au court métrage avec Lino, film fantastique interprété par Pierre Lottin et Lola Le Lann. Celui-ci aura été présenté en compétition à Côté court, à Pantin, et au Festival du film court en plein air de Grenoble en 2022.
Critique
Retour à la forme courte, avec Lino (2020), pour Aurélien Vernhes-Lermusiaux après Vers la bataille (2018), premier long métrage tourné au Mexique et interprété par Malik Zidi, couronné du Prix Louis-Delluc du premier film en 2021. Retour au court, avant de revenir vers le long puisque La couleuvre noire (2025) – épopée d’un Ulysse à taille humaine filmée dans le désert colombien – est sorti en salles le 25 mars 2026.
Les lecteurs de Bref le savent : Vernhes-Lermusiaux est un auteur de courts métrages à part entière ; le court n’est pas pour lui la forme des débuts, mais un espace de déplacement, presque de délivrance. Il le dit lui-même : “Le court métrage offre un champ d’expérimentation, avec cette possibilité de creuser, de déformer, de triturer, d’interroger.” (1).
De film en film, il travaille un même motif : l’absence (deuil, disparition) et la présence (naissance, renaissance). Côtés pile et face d’une même pièce qui s’incarnent notamment par un choix très affirmé, très politique : le parti pris de l’ombre, le refus d’un éclairage total, au profit d’une image organique, trouée, incomplète. Entre ombres et lumières. Entrer dans un film de Vernhes-Lermusiaux, c’est parfois d’abord ne pas voir. Et peut-être que regarder un film, c’est (toujours) apprendre à voir autrement, ouvrir les yeux, lentement, accueillir en soi un monde encore indistinct.
Comme Vers la bataille, Lino est un film sur la guerre sans la guerre ; un film hanté par la mort, peuplé de fantômes. Une zone d’ombre, de sable, de désert, qui fait écran autant qu’écrin à tous les fantasmes.
Pour Lino, le cinéaste a travaillé presque sans éclairage, avec une caméra très sensible. Ce n’est pas un détail : l’image est signée Antoine Parouty, collaborateur notamment de Sébastien Betbeder, Sophie Letourneur ou Mehdi Ben Attia.
Dans Lino, Pierre Lottin incarne un soldat revenu du front, blessé, traumatisé. Mais il ne joue pas le soldat attendu : il tient une ligne instable, un corps à la fois solide et fissuré, traversé d’un orage intérieur, “toujours à fleur de peau, toujours à vif”. Ce Lino Sanchez est un jeune militaire déjà abîmé, que le film suit durant un soir de réveillon au sein d’un groupe mobilisé après la découverte d’un obus sur une plage. Tous attendent, à contre-cœur, l’arrivée des démineurs.
Lino, surnommé Crevette, recueille un chien, cerbère, issu de l’océan. L’animal mord. Le sang coule. Et le récit dévie : comme dans un mirage, le réel se fissure, se recompose. Apparitions, explosions, revenants ; entre artifice et réalité.
Comme une mise à distance du morbide – ou une forme de pudeur –, l’onirique et le fantastique traversent tout le cinéma de Vernhes-Lermusiaux. Dans Lino, cet imaginaire prend une teinte anglaise, entre Dracula – avec Charly (Lola Le Lann), figure vampirique aspirant la “sève intérieure” – et le tableau Sunny Morning - Eight Legs de Lucian Freud. Plus qu’une simple référence, ce tableau agit comme un palimpseste. Freud y peint un homme nu allongé sur un lit (David Dawson), tenant à ses côtés un chien, tandis qu’un corps gît sous le lit. Une image crue, traversée de présence et de disparition, qui infuse Lino de part en part. Un va-et-vient de présences fantômes pour dire la guerre – toutes les guerres.
Donald James
1. Dans une interview réalisée pour le Festival Côté court de Pantin en 2022, en partenariat avec Brefcinema.
Réalisation : Aurélien Vernhes-Lermusiaux. Scénario : Stylianos Pangalos et Aurélien Vernhes-Lermusiaux. Image : Antoine Parouty. Montage : Julie Duclau. Son : Matthieu Deniau, Mathieu Descamps et Julien Roig. Musique originale : Matthieu Deniau et Julien Roig. Interprétation : Pierre Lottin, Lola Le Lann, Olivier Chantreau, Maurin Ollès et Adda Senani. Production : Noodles Production.


