Nuit debout
Jean-Charles Paugam
2017 - 19 minutes
France - Fiction
Production : Triade Films
synopsis
Paris, un soir d’avril 2016. Franck se fait virer par son meilleur pote, chez qui il squattait depuis des mois. Après avoir désespérément cherché un endroit où crécher, il n’a plus qu’une seule solution : draguer une fille dans l’espoir qu’elle le ramène chez elle. Heureusement, il y a Tinder ! Malheureusement, il y a Nuit debout...
biographie
Jean-Charles Paugam
Né en 1982, Jean-Charles Paugam a grandi à Brest. Diplômé de Sciences-Po Paris en 2005, il prolonge ses études à la Freie Universität de Berlin avant d'effectuer un grand saut pour se consacrer à sa passion : le scénario.
Il écrit alors plusieurs courts métrages et passe à la réalisation avec Noir, c’est noir (2008), Ogre (2012) et Cadence (2015). Parallèlement, il développe des projets pour la télévision et entre au département Série TV de la Fémis en 2013.
En 2017, il réalise Nuit debout, pour lequel il retrouve Pierre Lottin, déjà à l'affiche de Cadence. Le duo se reforme sur le premier long métrage du réalisateur, La bataille du rail, qui sort en salles dans le contexte perturbé de la pandémie de Covd-19, en juillet 2021.
Jean-Charles Paugam a également œuvré en tant que scénariste sur les saisons 1 et 2 de la série Stalk et il a co-écrit la série Jusqu’ici tout va bien de Netflix.
Critique
Le mouvement Nuit debout appartient déjà aux pages des manuels d’Histoire. Il y a pile dix ans, il se trouvait en plein cœur de l’actualité, à la suite d’une manifestation contre la fameuse loi Travail, dite El Khomri, entreprise par le gouvernement Hollande alors entré dans sa dernière – et crépusculaire – année de pouvoir. S’il avait essaimé en région, le phénomène fut largement associé à son centre de gravité parisien de la place de la République, où les rassemblements et agoras se succédèrent H24 entre la fin mars et la fin mai, moment de leur essoufflement définitif.
L’endroit se retrouve logiquement au cœur du film éponyme signé Jean-Charles Paugam l’année suivante (soit celle de l’arrivée à l’Élysée d’un nouveau président, qui devait avoir pour sa part maille à partir avec une autre forme de protestation, celle des Gilets jaunes). Le personnage principal du film – on n’ose en effet parler de héros… – y débarque en sortant du métro. À la station Goncourt, donc côté nord. Disons-le tout net et d’emblée : du mouvement contestataire il n’a que faire ; il en a à peine entendu parler et cherche surtout à sortir de la galère qui vient de le frapper sans prévenir : il squattait depuis trop longtemps chez un pote qui, visiblement à bout, l’a mis à la porte et cela le contraint à trouver d’urgence une solution. Une fois effectué sans aucun succès le tour des connaissances par téléphone, que faire pour Franck, qui n’a pas une thune ?
On l’aura déjà compris, Nuit debout ne parle pas directement de Nuit debout, mais aux velléités un peu pathétiques d’un zébulon immature à ne pas passer debout (et dehors) la nuit à venir. Les esprits chagrins auront pu chercher des poux dans la tête du réalisateur pour stigmatiser son non-positionnement politique sur le sujet, mais il apparaît pertinent dans son choix assumé de coller aux basques – et à l’indifférence – de son protagoniste, qui a juste en tête la perspective de trouver un toit, de préférence chez une fille et quitte à raconter n’importe quoi à la première venue. Comme être un soldat revenant de Bosnie ou d’“Herzégovie” (sic), ou même d’Afghanistan, en étant passé par – pourquoi pas, tant qu’on y est – la case Notre-Dame des Landes. Simplement pour tenter d’amadouer une activiste repérée dans la foule. Et si 2017 est aussi l’année de la révolution #MeToo, Franck s’en contrecarre pareillement : il est de la génération d’avant, qui n’a guère de scrupule à utiliser sa belle gueule et son bagout pour parvenir à ses fins, via Tinder (avec Vera) ou directement in situ (avec Ève).
On n’est pas dans un conte moral à la Rohmer, mais il y a pourtant un peu de cela : en réalité, Ève aime une fille, ce que Franck n’avait pas du tout vu venir ; et si Vera l’amène bien chez elle pour coucher, elle le vire illico une fois l’acte accompli, étant donné que son mec doit rentrer de voyage au petit matin… Il y a une certaine délectation à assister aux déconvenues de ce personnage peu aimable, presque archétypal, qui profite, abuse, ment, temporise, méprise, nombrilise, parasite…
Pas facile à jouer, donc. Mais Pierre Lottin, déjà dirigé par le réalisateur dans son film précédent, Cadence (2015), relève le gant. Et réussit haut la main, avec son débit saccadé, ses débuts de phrases jamais finies, son air de poulbot désabusé. On ne lui donnerait pas le bon Dieu sans confession, mais on se dit qu’il mérite bien de finir cette nuit assis (!), sur le rebord de la si emblématique statue monumentale située au centre de l’esplanade.
Ajoutons que le duo Paugam/Lottin devait se reformer pour le passage au long métrage du premier, La bataille du rail. Là encore, il y a maldonne possible dès le titre, car on n’est pas chez René Clément ni dans la Résistance, mais dans une histoire de deal de poudre, dans les pas d’un type à nouveau nommé Franck et lui aussi squatteur professionnel et passablement dépassé par sa situation. C’est ce qu’on appelle avoir de la suite dans les idées.
Christophe Chauville
Réalisation et scénario : Jean-Charles Paugam. Image : Eva Sehet. Montage : Perig Guinamant. Son : Géraud Bec, Émile Denize, Rodrigo Diaz, Armand Lesecq. Musique originale : Olivier Militon. Interprétation : Pierre Lottin, Pénélope-Rose Lévèque, Maureen Gardien, Benoît Hamon, Natasha Kay, Vladimir Golicheff et Bénédicte Bessombz. Production : Triade Films.


