On the Beach
Marie-Elsa Sgualdo
2012 - 17 minutes
Suisse - Fiction
Production : Box Productions
synopsis
C’est l’été, mais la vie est bien compliquée pour Sara, 15 ans. Son petit frère sur le dos, la voilà expédiée chez sa mère pour des vacances au camping. Drôle d’endroit pour refaire sa vie ! Heureusement, il y a la plage et les garçons. Encore faudrait-il qu’on la laisse vivre, Sara…
biographie
Marie-Elsa Sgualdo
Née en 1986 à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse, Marie-Elsa Sgualdo a obtenu un Bachelor en réalisation à la HEAD-Genève (Haute école d'art et de design) en 2010 et un Master en scénario à l'INSAS (Institut national supérieur des arts du spectacle), à Bruxelles, en 2012.
Son premier court métrage, Vas-y je t'aime (2009), est notamment présenté au Festival de Locarno. Elle enchaîne avec Bam tchak (2010) et On the Beach (2012), lauréat du Bayard d’or du meilleur court métrage au FIFF, à Namur, et sélectionné à son tour à Locarno.
Son court métrage suivant, On ne peut pas tout faire en même temps, mais on peut tout laisser tomber d’un coup est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, au Festival de Cannes, en 2013, ainsi que dans une cinquantaine de festivals.
À bras-le corps, son premier long métrage, sort en France le 27 mai 2026 après avoir été présenté au Festival de Venise l'année précédente.
Critique
Le titre était aussi celui d’une bluette romantique des années 1980, signée du rocker britannique Chris Rea, mais l’analogie serait ici plutôt ironique : la plage où débarque Sara, adolescente de quinze ans, flanquée de son petit frère Alessio, n’est pas exactement paradisiaque. Elle se situe au bord d’un lac, qui vaut certes le coup d’œil, au cœur des majestueuses Alpes suisses, mais la jeune fille doit y retrouver, dans un camping lambda, sa mère. Contre qui elle a une dent, c’est le moins que l’on puisse dire… Dans la voiture qui l’amène, d’ailleurs, elle traite de pute celle qu’elle est contrainte de rejoindre, devant son père, et comme celui-ci (dont Serge Bozon tient le bref rôle) la reprend, elle lui lance qu’il lui fait pitié. Chacun en prend pour son grade. Son âge rend Sara facilement acerbe, surtout dans cette situation que l’on devine tendue entre ses parents, et son visage fermé occupe le centre du premier plan du film, dans l’habitacle du véhicule. Elle le gardera pendant une bonne partie de l’histoire qui s’initie : en arrivant au camping, puis en constatant que la caravane où elle doit s’installer avec son frère est fermée, sa mère étant inexplicablement absente, et même lorsqu’un garçon en vacances l’aborde, son regard ayant été immédiatement attiré par sa silhouette gracile. Sara lâche du reste à son petit frère qui lui demande de qui il s’agit : “un débile”… Pour que ses traits se détendent et qu’un sourire, enfin, apparaisse, il aura fallu qu’elle accepte de se rendre à une soirée dansante organisée sur les lieux, où elle consent à accompagner le dit Amadou sur la piste pour s’abandonner un temps aux rythmes chauds de la musique latino. C’est alors que tout s’effondre de nouveau, tandis qu’elle tourne la tête et voit sa mère. Qui se trémousse et s’amuse avec un homme. Toutes deux se font face, en un simple champ/contrechamp, et Sara tourne les talons. Pourtant, la gamine qu’elle est encore et qui doit gérer des problématiques d’adultes (s’occuper d’Alessio comme une petite maman, en premier lieu) a encore besoin de sa mère et va devoir faire avec.
La mise en scène de Marie-Elsa Sgualdo, resserrée autour de son personnage, le montre dans sa difficulté (en bonne partie métaphorique, bien sûr) à respirer, alors qu’elle est sur la plage, repliée sur elle-même, contractée. Alors, sa mère l’aide à refaire surface lors d’une baignade, tout près d’elle, enfin attentive. Sara (qui n’est pas sans lien de parenté avec la Marlon de Jessica Palud, héroïne d’un court métrage marquant de 2017) réapprend à trouver le bon rythme pour inspirer et expirer, couchée sur le côté en regardant Amadou qui lui fait face sur sa serviette. C’est, dans un registre de coming of age que l’on pourrait a priori penser conventionnel, assez beau et le choix d’une économie de dialogues enracine la sensation, Sara pouvant alors prendre l’initiative et précéder son crush sur un chemin les emmenant au cœur d’un sous-bois, saturé de feuillages et de verdure. À la manière, peut-être, du “cabinet particulier” de la Partie de campagne de Jean Renoir, pour une autre bucolique “première fois”.
Christophe Chauville
Réalisation et scénario : Marie-Elsa Sgualdo. Image : Gabriel Lobos. Montage : Thomas Marchand. Son : Guilhèm Donzel, Thomas Grimm-Landsberg et Rémi Gérard. Interprétation : Joanne Nussbaum, Alessio Balossi, Amadou Awana Soumaré, Marika Dreistadt, Gianfranco Poddighe et Serge Bozon. Production : Box Productions.


