Extrait

Bam tchak

Marie-Elsa Sgualdo

2010 - 17 minutes

Suisse - Fiction

Production : Haute école d’art et de design, Genève

synopsis

Laetitia n’est pas joyeuse ! Pour faire plaisir à sa fille aînée qui fête ses huit ans, elle chausse les lattes pour la première fois. Quelques chutes plus tard, elle n’en peut déjà plus et rêve d’aller en coller une belle à la rivale qui lui a piqué son bon skieur de mari. Sa meilleure amie n’y trouve rien à redire, bien au contraire…

Marie-Elsa Sgualdo

Née en 1986 à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse, Marie-Elsa Sgualdo a obtenu un Bachelor en réalisation à la HEAD-Genève (Haute école d'art et de design) en 2010 et un Master en scénario à l'INSAS (Institut national supérieur des arts du spectacle), à Bruxelles, en 2012.

Son premier court métrage, Vas-y je t'aime (2009), est notamment présenté au Festival de Locarno. Elle enchaîne avec Bam tchak (2010) et On the Beach (2012), lauréat du Bayard d’or du meilleur court métrage au FIFF, à Namur, et sélectionné à son tour à Locarno.

Son court métrage suivant, On ne peut pas tout faire en même temps, mais on peut tout laisser tomber d’un coup est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, au Festival de Cannes, en 2013, ainsi que dans une cinquantaine de festivals.

À bras-le corps, son premier long métrage, sort en France le 27 mai 2026 après avoir été présenté au Festival de Venise l'année précédente.

Critique

C’est dans le cadre de ses études à la Haute école d’art et de design (HEAD) de Genève que Marie-Elsa Sgualdo a réalisé plusieurs films courts. Après Vas-y je t’aime (2009), sélectionné à Locarno, Bam tchak (2010) précède son premier opus produit, On the Beach (2012), également présenté sur les rives du Lac majeur. Bam tchak a la particularité d’offrir l’un de ses premiers rôles à l’écran à Laetitia Dosch. L’actrice française avait en effet rejoint la Suisse pour se perfectionner à la Manufacture, Haute école des arts de la scène de Lausanne, après avoir fréquenté le cours Florent et l’école Périmony à Paris et Montreuil. La protagoniste, prénommée comme elle, lui permet de jouer toute une gamme d’émotions dans le quart d’heure de fiction qui lui est imparti. Une femme, mère, amie, qui vit une grande tension durant les quelques heures de narration d’une journée hivernale pas comme les autres.

La réalisatrice suit son héroïne à la trace, la traquant dans ses moindres ressentis. Laetitia fait face à l’insécurité émotionnelle au moment où son mec la fuit, semble la tromper avec une autre, et que leur fille célèbre son anniversaire. Subrepticement, le ressentiment trouve un moyen d’extériorisation lorsque la possibilité d’une vengeance organisée pointe le bout de son nez. Le jeu entre le froid et le chaud domine, alors que la neige recouvre le paysage dans la première séquence et que la jeune maman est dépassée par l’irritation, au grand dam de sa gamine qui veut juste profiter de son jour spécial. Pour jouer de l’étouffement, l’échelle des plans favorise les gros plans serrés sur les visages, à commencer par celui de la donzelle hautement contrariée. Durant les trois temps du récit (sortie au ski/vengeance en ville/fête d’anniversaire), l’œuvre fait corps avec elle, tant le pouls cinématographique épouse celui de l’être humain en plein marasme affectif.

Très bonne idée de ne jamais faire apparaître le pendant masculin, source de tous les désordres. Juste sa voix, au téléphone, puis son évocation hors champ à son arrivée dans le plan final – “C’est papa !” -, justifiant le plan de coupe final. Son absence visuelle renforce la nervosité ambiante. Mais la réalisatrice contrebalance l’inconfort par un jeu des couleurs avec les vêtements et accessoires portés, au rouge, bleu, jaune, vert, violet et rose saillants. Par la présence de chansons aussi, fredonnée au départ par Laetitia à sa sortie de voiture au bas des pistes – Cherish de Kool and the Gang – ou entonnée à la soirée festive à la fin – Il en faut peut pour être heureux du classique de Disney Le livre de la jungle. Deux tubes qui malmènent leur portée signifiante. “Chérir l’amour” et se contenter de peu pour être heureux ne correspondent justement pas du tout à ce que vit le personnage central. Une ironie amère, renforcée par la dernière image, sur son minois qui se baisse, fermé, quand son homme rejoint enfin le même espace qu’elle.

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Marie-Elsa Sgualdo. Image : Thomas Szczepanski. Montage : Dominique Auvray. Son : Björn Cornelius, Adrien Kessler et Gwenaëlle Deschenaux. Interprétation : Julia Perazzini, Laetitia Dosch, Samia Capaldi, Oscar Boillat et Sanna Riat. Production : Haute école d’art et de design (HEAD).

À retrouver dans

Autour des sorties