Lâchez les chiens
Manue Fleytoux
2017 - 21 minutes
Begique, France - Fiction
Production : Chevaldeuxtrois
synopsis
Anouck est une jeune fille résignée, déchirée entre deux amours, deux violences : celle de son homme, un « molosse » séduisant, et celle de son petit frère, un jeune chien fou. La nuit des dix-huit ans du gamin, le fragile triangle des personnages explose, la révolte d’Anouck est en marche.
biographie
Manue Fleytoux
Critique
Dans la maison, ils sont trois : Anouk, son amoureux et son petit frère, Guillaume, qui vient d’avoir dix-huit ans. Livrés à eux-mêmes, ils vibrent chacune et chacun d’une énergie brute. Parfois même brutale. À peine sortis de l’adolescence, pas vraiment encore responsables, ils cohabitent malgré eux et malgré les tensions qui les submergent.
Entre désinvolture et insouciance, ils cherchent leurs vies d’adultes dans cet espace encombré d’objets qui ne semblent plus vraiment fonctionner comme il faudrait. La porte du four ne tient plus que coincée par un manche à balai. Dans le placard à chaussures se glissent de vieux briquets usagés. Et la vitre de la porte d’entrée vient de se briser. Alors qu’Anouk et les deux garçons sont proches d’une liberté totale, dans ce début de capharnaüm, tout semble au bord de l’explosion.
L’amoureux d’Anouk ne supporte plus Guillaume. Guillaume ne comprend pas que l’amoureux reste là. D’ailleurs il ne comprend pas l’amoureux tout court, puisqu’il ne parle que l’anglais… Anouk, tiraillée, se voit sommée de choisir entre les deux. Les tensions sont plus que palpables, elles éclatent dès qu’ils se croisent ou s’effleurent, avec une violence à peine contenue, non dissimulée. Tout devient menace. Plus ils exultent, plus ils se blessent et plus l’équilibre se fissure.
Dans une mise en scène nerveuse et porté par l’énergie folle de ses acteurs, en particulier Alice De Lencquesaing et Yoann Zimmer, Lâchez les chiens opère comme un exutoire, une fuite en avant. On frôle en permanence toutes les limites, à l’instar de ces trois jeunes survoltés. Et c’est bien ce qu’il y a d’aussi jouissif qu’inquiétant.
Ici, on ne s’attarde pas sur les blessures. On fait avec. On ne baisse pas les bras. On ne prend pas le temps. On tape, on gueule, on baisse les yeux, on crie. Avec le dysfonctionnement en héritage, viennent aussi la colère et la révolte. Ainsi qu’une détermination farouche à ne pas se laisser abattre, se sentir en vie, et aller de l’avant.
Marie-Anne Campos
Réalisation et scénario : Manue Fleytoux. Image : Florian Berutti. Montage : Adrien Pagotto. Son : Luis Trinques. Musique originale : SEC. Interprétation : Simon Boyle, Alice de Lencquesaing et Yoann Zimmer. Production : Chevaldeuxtrois.


