Extrait

Crush

Sonia Buchman

2025 - 54 minutes

France - Fiction

Production : Gladys Glover

synopsis

Solange est une épouse et une mère de famille bien rangée. Elle voue une grande admiration à sa belle-sœur Juliette, une flic en première ligne sur l’enfance maltraitée qui vient de quitter son mari. Telle une bonne fée, Solange décide de présenter à Juliette un ancien collègue…

Sonia Buchman

Critique

En plus de la critique du film (à lire ci-après), Lucie Borleteau, qui a souhaité le présenter en parallèle de son court métrage La grève des ventres, illustre ainsi ce choix : “Crush est un film de charmes discrets et sublimes, d’enchantements minimes et nécessaires, que j’ai eu envie de partager comme une partie de campagne. On y retrouve aussi bien des jeux de séduction entre adultes que des animaux sauvages. Si vous avez envie d’aimer et d’être aimé, ou si vous doutez de votre envie, alors essayez le !

Lucie Borleteau

Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ?”, entend-on au débotté dans Crush de Sonia Buchman. L’interrogation court un peu partout dans le film, s’immisce comme un grand courant d’air frais dans cette maison de vacances aux allures de scène de théâtre où marivaudage et triangle amoureux font bon ménage ; à moins que ce ne soit dans ce jardin où les enfants jouent à ce que les adultes sont en train de vivre, tels de mini Cupidons, Daphné ou Apollon. La question s’obstine, récidive, devient entêtante autant pour nous que pour les personnages : Solange (Julia Faure) est-elle vraiment cette femme et mère de famille épanouie, raisonnée et raisonnable ? Sa belle-sœur Juliette (Lucie Borleteau), policière spécialisée dans la maltraitante enfantine, s’est-elle vraiment remise de sa toute récente rupture ? Dimitri (Christophe Paou), steward et ancien collègue de Solange, est-il vraiment ce grand séducteur sans finesse ? En poussant Juliette dans les bras de Dimitri, Solange ne révèle-t-elle pas son propre désir ? Le contre-cœur est-il un contre-sens ? Y’a-t-il vraiment une biche dans le jardin, que seul le petit garçon de la fratrie semble voir ?

Les interrogations restent ouvertes, en suspens. Dans Crush, elles se murmurent comme des secrets, perforent cette bulle estivale et buissonnière, écorchent l’harmonie de cet univers bucolique propice aux rapprochements, aux confidences et aux quiproquos. Sonia Buchman, réalisatrice, mais également productrice (notamment des films de Wang Bing), entortille ses intrigues et ses sous-intrigues avec beaucoup de malice, de drôlerie et aussi d’acuité en pariant sur l’idée selon laquelle il n’y a rien de plus vrai que le faux. Dans Crush, chacun est assigné à un rôle et relève d’une attente précise avec la même évidence que le signifiant d’une couleur primaire (la plupart des personnages portent la leur d’une façon quasi rohmérienne) ou que la translation immédiate entre un uniforme et la fonction qu’il convoque (policière, steward et –pourquoi pas – femme mariée). Mais passé la flagrance des apparences, Crush, soutenu par la finesse de son interprétation chorale, finit par dévoiler son cœur secret et insoupçonné, plus anxieux, mélancolique et peut être aussi rêveur.

Marilou Duponchel

Réalisation : Sonia Buchman. Scénario : Maïa Thiriet et Sonia Buchman. Image : Alan Guichaoua. Montage : Camille Lotteau. Son : Thomas Van Pottelberge, Étienne Leplumey et Thibaut Sichet. Interprétation : Julia Faure, Christophe Paou, Lucie Borleteau, Karol Beffa, Nathanaël de Craene Domenach, Rébecca Macé Buchman et Ninotchka Peretjatko. Production : Gladys Glover.

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