2018 - 17 minutes
France - Documentaire
Production : Tohé Commaret
synopsis
Djoudi est mon voisin. Tous les jours, je le croise dans ce couloir sombre depuis un an. Que fait-il ici ? Il ne travaille pas ? Et ce visage. Il met des cadeaux dans ma boîte aux lettres sans jamais me saluer. Un jour, je décide de lui parler et me rends compte que son amour pour moi dépasse le réel.
biographie
Tohé Commaret
De double nationalité franco-chilienne, Tohé Commaret est née en 1992 à Vitry-sur-Seine et s'est formée aux Beaux-Arts de Paris, puis au Fresnoy, Studio national des arts contemporains.
Son travail de réalisatrice s'étend du cinéma expérimental au documentaire, explorant des territoires visuels et narratifs où se croisent intime et questions sociales. Elle a ainsi successivement signé Djoudi (2017), Ce qui nous pousse/Eso que nos lleva (2021), Amor sur Mama (2019, coréalisé avec Nicolas Jardin) et 8 (2022), dont elle a aussi assuré le montage. Ce dernier remporte le Grand prix de la compétition Essai-Art vidéo du Festival Côté court de Pantin 2023.
Because of (U), son premier film produit (par Miles Cinéma et la Biennale de Lyon) a été séectionné dans de nombreux festivals, notamment à l'étranger (Berlin, Drama, Louvain, le Mecal à Barcelone, Nimègue, les Black Nights à Tallin, etc.). En France, il est primé à son tour à Côté court, via le Prix spécial du jury de la compétition fiction cette fois.
Tohé Commaret s'est aussi essayée au clip à travers Fakeblood (2022), Vanity-Isabella Lovestory (2025) et Take Me by the Hand (2025).
Critique
À quoi ressemble la vie de nos voisins ? De ces silhouettes que l’on croise parfois distraitement, et de ces portes, si proches des nôtres et qui renferment des histoires, que nous dépassons négligemment chaque jour. Après avoir trouvé des friandises dans sa boîte aux lettres, sortes d’offrandes sucrées, Tohé Commaret décide de fixer sa caméra sur Djoudi, ce voisin évanescent à l’aura fictionnelle pourtant palpable.
Le film pourrait commencer comme le portrait documentaire de cet homme à la marge, hors du système, un peu à la manière du Johnny de Naked de Mike Leigh (1993), tandis que la cinéaste chronique une précarité à l’œuvre (logement délabré, isolement social). Le récit dérive néanmoins vers une atmosphère plus éthérée, où l’onirisme rencontre la nostalgie d’un monde qui n’est jamais venu. Il faut dire que Tohé Commaret est une artiste plasticienne – formée aux Beaux-Arts et au Fresnoy – qui donne de l’importance aux textures, avec ici, une image volontairement dégradée, tel le délitement de ce quotidien capté sur le vif.
La narration de Djoudi se met alors subrepticement à chanceler, à l'instar de ce personnage vaporeux dont on n’arrive pas à définir les contours. Qui est ce mystérieux admirateur, plongé dans une solitude exacerbée dans les groupes en bas des immeubles, tantôt intoxiqué pour fuir la violence du désœuvrement et tantôt lucide sur les mécanismes systémiques de l’exclusion. La cinéaste démontre qu’il existe une place, voire une poésie, dans l’apparente "médiocrité" des jours qui passent et se ressemblent et où le poème Clown d’Henri Michaux peut malicieusement côtoyer le titre de Kaaris Zoo en fond sonore.
Le cinéma de Tohé Commaret, discrètement traversé par des enjeux politiques prégnants, s’arrime sur des figures vagabondes et des espaces peu filmés (la banlieue de Vitry-sur-Seine notamment), avec 8 (2022) ou Because of (U) (2024), sans pour autant sacrifier son univers visuel fantasmagorique, comme ces visions spectrales entêtantes dans le clip d'Oklou, Take Me by the Hand. Autant d’images qui permettent de lever le voile sur une certaine forme d’intimité souterraine.
William Le Personnic
Réalisation, scénario, image, montage, son et production : Tohé Commaret.


