Nos soirées 21/01/2026

Des fragments d’éternité à “Déjà demain”

Les fidèles des séances “Déjà demain” ont rendez-vous le lundi 2 février à 20h pour un programme comportant deux nouveautés fraîchement finalisées.

Les soirées proposées par L’Agence du court métrage au MK2 Odéon, côté Saint-Michel, invitent à une nouvelle date dédiée à la production contemporaine de court métrage (événement Facebook accessible ici), où sera projeté un documentaire récemment achevé : Médicalement parlant de Lisa Giacchero (photo ci-dessous). La réalisatrice, déjà remarquée pour sa réjouissante fiction L’arrivée du soleil dans votre signe en 2022, suit cette fois des étudiant(e)s en médecine effectuant un exercice de mise en situation en vue d’apprendre à savoir s’adresser à leurs futurs patients, y compris pour leur annoncer de plutôt pénibles nouvelles. Le dispositif est simple, l’interlocuteur restant en permanence hors champ et l’image faisant se succéder les élèves, appliqués et se confrontant parfois à la difficulté de l’enjeu, suscitant des maladresses qui se révèlent touchantes, en purs instantanés d’humanité.

Une autre production récente, L’éternité de Sébastien Betbeder (photo de bandeau), perpétue le travail du cinéaste dans le cadre d’ateliers, menés dans des maisons d’arrêt, et imagine une construction filmique originale, volontiers hybride, qui place des interprètes dans une forêt et leur prête des voix qui ne sont pas les leurs, mais celles de détenus ayant apporté leurs témoignages depuis leur situation derrière les barreaux, à l’opposé du grand air s’exhalant dans ces plans sylvestres.

Seul le comédien Michaël Zindel a conservé son propre timbre, en sorte d’alter-ego du réalisateur, imagine-t-on, comme pouvait l’être Sébastien Chassagne dans le film précédent de Betbeder, Une tentative d’évasion, qui s’appuyait sur un dispositif voisin. Notons que L’éternité sera présenté en parallèle au Festival de Clermont-Ferrand (en compétition nationale).

D’une forêt à une autre, le déjà fameux Dammen de Grégoire Graesslin (photo ci-dessus) – qui a commencé son parcours à Cannes, en compétition officielle des courts métrages, en 2025 – instillera son inquiétant mystère, cadrant en un plan fixe unique deux jeunes filles venant se baigner dans un petit lac en Suède, en plein été. L’une d’elle sort à un moment du champ et ne réapparaîtra jamais… L’autre s’en inquiète, la cherche, l’appelle, et le temps passe…

On se remémore évidemment la puissance narrative de La peur, petit chasseur, de Laurent Achard, maître-étalon du film en plan unique dans l’histoire du court métrage français, avec évidemment un travail de composition (les deux héroïnes sont presque des silhouettes, perdues dans la nature et peu identifiables) et de bande sonore particulièrement soigné là aussi.

La séance sera ponctuée en outre de deux films d’animation assez courts. Le premier, Aaaah ! d’Osman Cerfon, date de 2023, mais c’est toujours un plaisir de le voir ainsi remis en avant, tant il est hilarant dans sa simplicité et sa capacité à faire mouche pour décrire les hordes d’écoliers lambdas au vocabulaire plutôt limité ! Plus axé vers la poésie, Tonada de l’hirondelle de Daniela Godel (visuel ci-dessus) plonge à son tour dans une forêt, où le surnaturel aussi peut surgir, comme un tourbillon de couleurs final répondant idéalement à l’image que l’on se fait de la délicatesse caractéristique des œuvres issues de la Poudrière. C’est, une fois de plus, très beau.

Christophe Chauville

À lire aussi :

- Sur la séance “Déjà demain” de janvier 2026.

- Le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand 2026.