News 11/02/2026

Retour sur le Fipadoc 2026, en trois regards émergents

Biarritz a accueilli la 8ᵉ édition du Fipadoc du 23 au 31 janvier. Pendant neuf jours, le Festival international du film documentaire a déployé une programmation dense, mêlant courts et longs métrages, films d’école, séances spéciales et expériences immersives. Cette diversité de propositions a dessiné un panorama contrasté de la création documentaire contemporaine, attentive aussi bien aux gestes du quotidien qu’aux zones de tension du monde. Retour sur quelques œuvres marquantes de la sélection “Jeune création”.

Avec ses 26 films de fin d’études, cette section du Fipadoc s’affirme comme un espace d’expérimentation privilégié, révélateur de nouvelles écritures documentaires. Loin de toute homogénéité formelle, les films en compétition explorent une pluralité de dispositifs, de matières et de régimes d’images, faisant de la recherche esthétique un enjeu narratif à part entière, à l’image d’une génération en quête de nouveaux langages.

Lauréat du prix Jeune création, Drawn in Water de Heta Jokinen (visuel ci-dessus) s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Ce film finlandais interroge la notion d’appartenance et la difficulté de circonscrire ce que recouvre le mot “famille”. Plutôt que de proposer des réponses figées, la cinéaste ouvre un espace de questionnement où introspection et observation du monde se répondent. Cette réflexion prend corps dans un univers fragile, façonné de papier découpé et d’argile, dont la matérialité accompagne les hésitations du récit.

Formée à l’université Aalto, Heta Jokinen affirme déjà une identité artistique singulière. Sa maîtrise des techniques mixtes et des formes hybrides sert une démarche sensible  : la douceur traverse le film, tant dans son approche thématique que dans son geste formel. Membre du collectif Paperihattu, la cinéaste incarne une jeune création pour qui l’expérimentation ne relève pas de l’exercice de style, mais d’une manière d’habiter le réel.

Parmi les coups de cœur de cette sélection, Qui part à la chasse de Léa Favre (Suisse, visuel de bandeau et affiche ci-dessus) se distingue par la rigueur de son dispositif et la précision de son basculement narratif. Réalisé en stop motion à partir de marionnettes en papier mâché, ce film suisse puise dans l’expérience personnelle de la cinéaste, qui se met en scène sous la forme d’un double animé. D’abord conçu comme une errance à la recherche d’un sujet, le film glisse progressivement vers un récit de harcèlement de rue, faisant affleurer une violence diffuse et insidieuse.

Ce retournement transforme radicalement la tonalité du film. À mesure que la menace se précise, la mise en scène se resserre, jusqu’à faire surgir une image noire, accompagnée d’un dialogue glaçant. L’animation devient alors à la fois un outil de mise à distance et un moyen de rendre perceptible ce qui échappe aux images du réel. Qui part à la chasse montre comment le geste animé peut porter un regard politique, capable de saisir l’indicible et de faire entendre un cri de résistance.

Autre temps fort issu de la CinéFabrique, Libre de Max Ramier (France, photo ci-dessus) s’inscrit dans un cinéma attentif aux situations ordinaires. Le film suit Christophe, artisan et oncle du réalisateur, au fil d’une journée de travail dont la routine — promenade du chien, café partagé avec le collègue Laurent, départ sur le chantier — installe un cadre familier, bientôt fissuré par l’imprévu : la fosse septique qu’ils doivent retirer se perce, faisant dérailler le cours de la journée.

De cet incident, Max Ramier tire une matière à la fois comique et sensible, invitant le spectateur à rire avec les protagonistes plutôt qu’à leurs dépens. Sans effet ni surplomb, Libre s’appuie sur la justesse des gestes et des échanges pour faire émerger une relation familière qui confère au récit sa légèreté.

Tourné dans la région natale du cinéaste, ce premier documentaire assume la proximité de son dispositif sans céder à la complaisance. L’intime s’y articule à une expérience collective du travail, trouvant dans le quotidien la matière d’un récit sobre et incarné.

À travers ces films, la sélection “Jeune création” confirme le rôle du Fipadoc comme espace de repérage et de mise en circulation de nouveaux regards. Entre exploration formelle et attention au réel, ces œuvres témoignent d’une génération de cinéastes qui interroge les formes documentaires autant que nos manières d’habiter le monde.

Léa Drevon

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