Semaine de la critique 2026 : une séance spéciale éclectique
La rituelle séance spéciale de courts métrages, évidemment non compétitive, de la 65e édition de la Semaine de la critique est présentée à Miramar dimanche 17 mai à 16h.
Sur le papier, le contenu de la séance spéciale court métrage de la 65e Semaine de la critique intrigue par son mélange des genres. Sur l’écran, les trois films retenus s’enchaînent et s’articulent avec vitalité et singularité. Il fallait oser composer avec l’éclectisme de La sentinelle d’Ali Cherri, I Think You Should Be Here d’Anna-Marija Adomaityté et Élie Grappe, et Love Story de Laïs Decaster. Comment agencer trois œuvres indépendantes les unes des autres, totalement disparates et soudain réunies dans un même programme ? Six possibilités, parmi lesquelles la déléguée générale Ava Cahen et le coordinateur du comité courts Léo Ortuno ont choisi l’option de commencer par la fable poétique sur un soldat qui a besoin de s’évader, de continuer par le montage hypnotique de sept adolescentes accros à TikTok, et de finir par le journal de bord des confessions amoureuses d’une jeune femme à ses copines.

Le plasticien et réalisateur libanais Ali Cherri travaille les formes au propre comme au figuré. Après plusieurs métrages, dont le premier long Le barrage (Quinzaine des cinéastes 2022) et le dernier court en date Le guetteur, il dresse cette fois le portrait d’un militaire à la fois présent et absent à lui-même. Le temps suspendu, entre réalisme et onirisme, raconte dans La sentinelle (photos de bandeau et ci-dessus) l’humanité prise dans une incongruité, voire une étrangeté, faite d’attente et de dérapage incontrôlé, dans ce qu’on nomme la mission du devoir.
L’homme en uniforme nommé Lafleur (comme dans la pièce de Marcel Achard Malborough s’en va-t-en guerre) n’a pas la fleur au fusil, mais le doute chevillé au corps. Nahuel Pérez Biscayart lui prête un angélisme déjà éprouvé par la vie. Entre couleurs chaudes, néons pop et décors fascinants, les masques et les genres tombent, ou plutôt s’unissent, dans cette odyssée métaphorique, pour mieux signifier l’humanité qui vibre au son d’une chanson de cabaret. La musique pour adoucir les heurts et les cœurs parfois meurtris par la guerre et sa gratuité tragique.

Autour de ce chant d’amour à la vie malgré tout, les bandes de filles de Love Story (photo ci-dessous) et I Think You Should Be Here (photo ci-dessus) s’agitent pour mieux nourrir le quotidien. Celui d’une jeunesse qui s’exprime via écrans ludico-narcissiques chez la chorégraphe lituanienne Anna-Marija Adomaitytė et le cinéaste Élie Grappe (Olga, Semaine de la critique 2021). Celui d’un questionnement incessant du rapport au désir, au sentiment et à l’altérité amoureuse chez Laïs Decaster (Car Wash, Prix Jean-Vigo du court métrage 2024, actuellement disponible sur Brefcinema).

Le sens naît de la multitude dans les deux cas, grâce à un montage virant progressivement à une transe presque irréelle ou surréelle, tant l’accumulation des gestes et postures chorégraphiques devient le rituel d’une communauté virtuelle dans le premier. Être ensemble réunies à l’image, par accumulation et juxtaposition soigneusement articulée, crée une sororité dans cette étape existentielle du coming of age, où il faut gérer son corps et son rapport à sa propre représentation. Une conscience de soi qui passe par la verbalisation et l’échange avec ses proches dans Love Story. Le témoignage documentaire face caméra inscrit la remise en question comme expérience en soi. Vaste entreprise, et promesse d’une envie de vivre, envers et contre tout, comme fil rouge de ces trois voyages.
À lire aussi :


