Car Wash

Laïs Decaster

2024 - 12 minutes

France - Documentaire

Production : Lorca Productions

synopsis

Ma sœur Auréa nettoie avec soin sa voiture dans une station-service. Elle me raconte pourquoi elle l’aime tant, comment elle impressionne ses copines au volant, mais aussi comment elle l’utilise comme outil de drague…

Laïs Decaster

Née en 1995, Laïs Decaster a grandi à Argenteuil. À 18 ans, elle débute des études de cinéma à l’Université Paris 8. C’est aussi le moment où elle tourne ses premières images qui, cinq ans plus tard, constituent la matière de son premier film. Pendant plusieurs années, elle filme ainsi ses amies en banlieue parisienne. Et à l'issue de son Master 2 en réalisation, en 2018, elle finalise sous la direction de Claire Simon le documentaire J’suis pas malheureuse, chronique de ses jeunes années et portrait d’un groupe de jeunes filles.

En septembre 2018, elle poursuit ses études à la Fémis au sein de la section distribution/exploitation. Elle s’entoure alors de plusieurs amis en image, son et production, et constitue l’équipe de son film suivant.

C’est ainsi qu’elle tourne son deuxième court métrage en 2021, Elles allaient danser, dans lequel elle fait jouer sa sœur Auréa Decaster et son amie Janna Arouci. Le film reçoit, entre autres, le Prix de la jeunesse et un double prix d'interprétation féminine au Festival Côté court de Pantin en 2021.

Soirée mousse permet à nouveau à la réalisatrice de filmer sa sœur en 2021, tout comme Car Wash en 2024. Ce dernier est alors présenté à Côté court, en même temps qu'une nouvelle fiction, avec Éloïse Bloch et Marie Rosselet-Ruiz : Une histoire de plage. Car Wash obtient par la suite le prestigieux Prix Jean-Vigo du court métrage, avant de se voir nommé au César 2026 du meilleur court métrage documentaire.

Laïs Decaster signe aussi en 2024 un autre film documentaire dépassant de peu l'heure de projection : La peau dure. Il est sélectionné à la dernière édition du Champs-Élysées FIlm Festival, en 2025.

Critique

Laïs Decaster a déjà filmé sa sœur dans une fiction, Elles allaient danser (2020), après son film d’études J’suis pas malheureuse (2018), au milieu de leur groupe d’amies. Tourné lors du confinement, Soirée mousse faisait d’un moment singulier, un bain, le portrait de la jeune fille de vingt-deux ans. Deux ans plus tard, son sequel prend également place dans un univers de bulles de savon. Affairée à faire briller sa voiture, Auréa, vingt-quatre ans, se livre sur ses attentes : espoirs d’une jeune fille rangée qui voudrait se caser, mais qui peine à entrer dans sa vie professionnelle et amoureuse ; espoirs qui prennent la forme d’une expectative lancinante. À mesure qu’elle bichonne son véhicule, Auréa dévoile des failles, elle qui rêve d’un couple installé, mais ne sait pas draguer et d’un boulot stable alors que les annonces n’offrent que des missions d’auto-entrepreneur. Faire briller la carrosserie, c’est maintenir le lustre d’une vie qui ne prend pas tout à fait les couleurs escomptées. C’est conserver son quant à soi face aux copines du foot ou aux dates, impressionnés par le modèle sport et par la conduite assurée. Comment se rendre désirable, apprendre les codes de la séduction, telles sont les questions que se pose la jeune femme en ôtant la moindre tache sur ses vitres. Comme une poupée gigogne, Car Wash fait de sa petite forme et de son unité de temps la chambre d’écho d’une époque. Dans cette session de lavage, c’est l’âme d’Auréa qui se déballe. Derrière son portait, c’est celui d’une génération contrainte à l’uberisation du travail et des relations qui se dessine. 

C’est toute la finesse du travail de Laïs Decaster que de puiser dans son entourage direct (ses amies, sa famille) et d’user de ce lien de confiance pour raconter des rêves de filles d’aujourd’hui. Des deux côtés de la caméra, la parole circule comme une discussion privée dont la tendresse nous invite comme si on faisait partie de cette famille choisie. J’suis pas malheureuse montait des années de rushes de discussion entre copines de lycée. Car Wash, lauréat du Prix Jean-Vigo en 2025 et nommé au dernier César du meilleur court documentaire, synthétise dans son geste la continuité des conversations entre sœurs et fait d’Auréa une actrice de sa propre vie qui comprend intuitivement de quoi la caméra a besoin et quelles anecdotes prennent une valeur de signes des temps. 

Raphaëlle Pireyre

Réalisation et scénario : Laïs Decaster. Image : Julianna Brousse. Montage : Laïs Decaster. Son : Laïs Decaster et Fabien Beillevaire. Production : Lorca Productions.

À retrouver dans

Bonus

Rencontre avec Laïs Decaster