Deux courts documentaires sur la Palestine à voir au cinéma en juillet
Enfants de Palestine, deux histoires de Cisjordanie réunit Still Playing de Mohamed Mesbah et Intersecting Memory de Shayma’ Awawdeh, deux courts métrages remarqués en festival, dans un programme qui sera distribué dans les salles à partir du 8 juillet (par Don Quichotte Films et La Luna Distribution) et qui fait dialoguer deux regards interrogeant ce que signifie grandir, se souvenir, transmettre et résister.
Parler du contemporain sans l’enfermer dans l’actualité : tel est le pari réussi d’Enfants de Palestine, deux histoires de Cisjordanie. Réunissant Still Playing de Mohamed Mesbah et Intersecting Memory de Shayma’ Awawdeh, deux courts métrages remarqués en festivals, ce programme distribué en salles le 8 juillet ne se contente pas d’assembler deux œuvres consacrées à la Cisjordanie. Il fait dialoguer deux regards qui interrogent ce que signifie grandir, se souvenir, transmettre et résister.

Formé à la CinéFabrique, Mohamed Mesbah signe avec Still Playing son premier film en tant que réalisateur, un documentaire récompensé au Festival du cinéma de Brive, à Entrevues à Belfort et à Premiers Plans à Angers. Littéralement, Still Playing signifie “toujours en train de jouer” tandis que son titre arabe, Al Qad el haya, peut se traduire par “toujours en vie”. Deux formulations qui disent à elles seules la situation de Rasheed, développeur de jeux vidéo et père de deux enfants, pour qui exister est déjà une forme de résistance. Pour Rasheed, la création d’un jeu est un acte de foi devant le silence d’un monde violent et instable, une manière de résister au tragique de son existence.
Loin d’être un film sur le métier de développeur, Still Playing emprunte des chemins de traverse à travers la relation entre Rasheed et ses fils, puis les jeux qu’il développe. Mohamed Mesbah ne filme pas la guerre elle-même, mais ce qu’elle laisse derrière elle : une vie quotidienne en quête de normalité. Et puis, derrière l’apparente légèreté du jeu vidéo se dévoilent le deuil, l’enfermement et l’inquiétude permanente. Les jeux de Rasheed deviennent ainsi le lieu où l’expérience la plus intime rejoint l’histoire collective.

Si Still Playing observe les traces laissées par l’Histoire dans le présent d’un père et de ses enfants, Intersecting Memory entreprend le chemin inverse : celui d’une adulte qui fouille les images du passé pour retrouver ce qu’il reste de son enfance au temps de la Seconde Intifada à Hébron.
Née en 1994, la réalisatrice palestinienne Shayma’ Awawdeh a réalisé 4th Floor (2018) et This Home is Ours (2024) dans le cadre de ses études à l’université Dar Al-Kalima. Produit par le GREC avec le soutien du CNC, Intersecting Memory a été présenté en compétition nationale au Festival de Clermont-Ferrand où il a reçu le Grand prix national ainsi qu’une mention spéciale du jury étudiant.

Construit exclusivement à partir d’archives tournées pendant la Seconde Intifada, le film montre des enfants dans leur vie quotidienne, des manifestations, des hommes et des femmes confrontés à la violence, aux explosions et parfois à la mort. Mais loin de se limiter à la seule valeur documentaire de ces images, Shayma’ Awawdeh les soumet à une relecture intime. La voix off est celle d’une enfant qui regarde le monde du haut de ses six à onze ans, entre souvenirs précis, sensations diffuses.
“D’une certaine manière, ce sont les archives qui ont choisi ce film, explique la réalisatrice. Ce qui m’intéressait, ce n’était pas seulement leur valeur documentaire, mais aussi leur capacité à créer un dialogue entre le passé et le présent, et entre ce dont nous nous souvenons et ce que nous essayons d’oublier.” C’est précisément dans cet écart entre mémoire individuelle et mémoire collective que se déploie Intersecting Memory, faisant de l’enfance non seulement un sujet, mais aussi un point de vue sur l’Histoire.

Dire que les deux films se répondent relève de l’euphémisme. Chacun semble prolonger ce que l’autre laisse en suspens. Mohamed Mesbah le souligne lui-même lorsqu’il décrit Intersecting Memory comme un “miroir inversé” de Still Playing : “Le film de Shayma’ Awawdeh est une lettre adressée à sa mère : une enfant devenue adulte qui revient sur une période douloureuse, celle de la deuxième Intifada. C’est la parole d’un enfant vers son parent. (...) Alors que la violence de la guerre se situe souvent hors champ dans mon film, celui de Shayma, construit à partir d’archives, la montre de manière frontale.”
La formule éclaire ce qui relie les deux œuvres. L’enfance n’est jamais seulement un âge de la vie. Elle devient le lieu où l’Histoire imprime sa marque. Dans le premier film, à travers le regard inquiet d’un père tentant de protéger ses enfants ; dans le second, à travers la mémoire fragmentaire d’une adulte qui cherche à retrouver l’enfant qu’elle fut. L’un filme les conséquences présentes d’un traumatisme collectif, l’autre en exhume les traces enfouies. Ensemble, ils composent moins un diptyque sur la Palestine qu’une réflexion sensible sur la transmission de la mémoire et des blessures de l’Histoire.

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