En salles 16/10/2026

Voyage en Italie : La Gradiva de Marine Atlan

Lauréat du Grand prix de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2026, le premier long métrage de Marine Atlan, cheffe opératrice renommée, a alors soulevé beaucoup d’enthousiasme – à raison ! – et sort au cinéma le 21 octobre, sous l’étendard de Tandem Distribution.

Dès la première scène de La Gradiva, où des rails de train se fondent dans le très gros plan d’un œil, on sait que le premier long métrage réalisé par la talentueuse cheffe opératrice Marine Atlan va jouer sur la collision autant que sur la question du point de vue. De regard, il en était déjà question dans son moyen métrage Daniel fait face (2018). Lors de la préparation d’un spectacle avec un instituteur laissant déborder sa peine de cœur sur le travail avec ses élèves, Daniel apercevait par l’embrasure d’une porte une fille de sa classe en culotte.

Bouleversé par ce spectacle entrevu dans les coulisses, il se confrontait à son désir naissant. Daniel pourrait faire partie de la classe de terminale qui part en voyage scolaire avec deux enseignantes. Ce séjour leur fait vivre un dépaysement et à des espaces de liberté, mais les plonge aussi dans un abîme de temps. Face aux ruines de Pompéi et aux œuvres antiques, chacun(e) mesure sa petitesse à l’échelle de l’Histoire.

Marine Atlan renouvelle ainsi le genre du coming of age en le confrontant à l’envergure des époques. Mais elle le reprogramme également formellement, en mêlant des scènes tournées en pleine rue où l’imprévu s’invite dans les situations écrites. Directrice de la photo de L’engloutie de Louise Hémon, Foudre de Carmen Jaquier ou Le ravissement d’Iris Kaltenbäck, elle mêle ses enjeux de réalisme social à une palette chromatique vive et baroque.

Parcoursup et l’élection présidentielle prochaine sont au cœur des inquiétudes sur l’avenir de cette classe dont la mixité sociale dévoile des inégalités dont on devine qu’elles ne vont faire que se creuser avec le cours de la vie. Écrit à partir d’une immersion durant un voyage scolaire autant que de discussions avec des adolescent(e)s, La Gradiva semble révéler toutes les raisons de l’embrasement des lycées en ce mois d’octobre 2026.

Sous ce réel que l’on sent affleurer, brut, se dessine aussi la question des récits intimes et collectifs. Que raconte la plateforme d’orientation d’une société qui trie les élèves à l’entrée de l’enseignement supérieur après leur avoir fait miroiter l’école unique et l’égalité des chances ? Que projette la professeure de français (l’admirable Antonia Buresi) sur ces récits emportés qu’elle fait de la catastrophe de Pompéi ? Comment l’histoire romantique de la rencontre de ses grands-parents permet-elle à Toni, jeune Werther malheureux de tout, de garder une boussole dans une existence en tous points décevante ? Ces récits communs ou individuels forment les fils qui relient entre eux les élèves de cette classe et leur permet de se projeter dans un avenir désirable. 

Raphaëlle Pireyre

À voir aussi :

- Daniel fait face de Marine Atlan, disponible actuellement sur Brefcinema.

À lire aussi :

- Sarah Arnold du court au long : L’espèce explosive (sorti le 7 octobre 2026).

- Sur les longs métrages cités dans le texte : L’engloutie, Foudre et Le ravissement.