Valéry Carnoy du court au long : entre rudesse et tendresse
Présenté au Festival de Cannes 2025 dans le cadre de la Quinzaine des cinéastes, La danse des renards, premier long métrage de Valéry Carnoy, réalisateur wallon formé à l’Insas, est sorti cette semaine chez Jour2Fête. L’un de ses films courts ayant précédé, le puissant Titan, est toujours disponible sur Brefcinema.
De La danse des renards, qui consacre un passage au long métrage particulièrement probant, on peut dire beaucoup de choses, tant sa narration se révèle riche et sa mise en scène aboutie et maîtrisée. D’abord, un lien assez évident est noué avec Titan, ce court métrage du jeune réalisateur qui a connu une belle existence en festivals (et qui est actuellement disponible sur notre plateforme).

Dans les deux films, on trouve un groupe de garçons, plus jeunes dans Titan, au moment du très perturbant basculement dans l’adolescence (photo ci-dessus), tandis que la bande gravitant autour du club de boxe de La danse des renards est composée de “presque jeunes adultes”, connaissant un autre moment charnière potentiellement délicat à appréhender. Motif commun aux deux récits, le masculinisme et sa toxicité empoisonnent les relations : le gosse de Titan doit faire ses preuves pour intégrer le groupe à travers des rites bravaches aussi dangereux que débiles, pouvant le mettre en danger.
Le protagoniste de La danse des renards, incarné par Samuel Kircher (le frère cadet de Paul, que Catherine Breillat révéla en 2023 aux côtés de Léa Drucker dans L’été dernier), est lui aussi assigné à un “devoir”, celui d’être un mâle dur au mal, conquérant, prêt à écraser son adversaire. Sur le ring et en dehors. Cette mythologie dont le retour en grâce sur les réseaux sociaux a de quoi inquiéter ne tolère aucune faiblesse présumée, nulle vulnérabilité et encore moins quelque sensibilité que ce soit.

Aussi, lorsque Camille – le prénom est délibérément unisexe, et le jeune homme a les cheveux longs – est victime d’une chute accidentelle qui aurait pu lui coûter la vie, sa convalescence s’accompagne de sensations et/ou sentiments inédits, induisant de sérieux doutes, qui fissurent la carapace qu’il avait dû se créer, en même temps qu’apparaissent des douleurs possiblement imaginaires, comme dans une réaction de somatisation.
Difficile, dès lors, d’assumer son statut d’espoir de tout un club, alors que se réveillent du même coup les jalousies et les rivalités – on s’amuse d’ailleurs de retrouver le même jeune interprète dans le rôle du sale petit con de Titan et de ce premier long, Jef Jacobs (auparavant crédité “Kuppens”).

L’âpreté de ce que ces personnages en construction affrontent – trouvant un reflet dans le massacre des renards peuplant les alentours par des chasseurs ayant perdu tout sentiment d’empathie – est toutefois contrebalancée par la naissance d’une certaine tendresse. Celle-ci se matérialise dans Titan par la douceur maternelle, lorsque Nathan rentre chez lui, à la fin du film, retrouvant un cocon où il peut solliciter un câlin et redevenir le petit gars de treize ans qui a dû jouer à être “un homme, un vrai” au fil de l’après-midi…
Et dans La danse des renards, Cam’ découvre aussi une forme d’affection inattendue avec Yasmine, une congénère pratiquant le taekwondo et lui faisant entrevoir une autre voie éventuelle dans la jungle des relations humaines. Et puis le rapport entre le jeune boxeur et son meilleur ami – et néanmoins concurrent – Matteo le fera également évoluer et grandir, leur affection mutuelle finissant par se manifester en une étreinte fraternelle et décomplexée.

Cette capacité à mêler les tonalités rappelle la toute première expression cinématographique du cinéaste, à travers son film de fin d’études de l’Insas, Ma planète (2018), qui est visible librement – et légalement ! – sur la chaîne courts métrages d’Universciné (récemment devenu Sooner). Un boulanger en net surpoids, Henri, y voit sa vie bouleversée par l’irruption d’une photographe arty le prenant pour modèle et faisant de son ventre proéminent le centre d’un monde inattendu, au grand dam de la compagne de longue date du nouveau modèle.
Au bout du compte, un rapprochement au sein du couple se précisait, avec la mer du Nord comme horizon de renouveau. On savait alors déjà tenir un nouveau talent au sein de la galaxie francophone, une impression confirmée aujourd’hui haut la main.
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