Le nouveau western selon Kate Beecroft
Parmi les sorties de cette semaine de transition – pré-cannoise – se distingue le premier long métrage de l’Américaine Kate Beecroft : The New West.
Fort d’un Prix du public récolté en 2025 à Sundance, ce qui n’est évidemment pas sans signification réelle, The New West arrive sur les écrans français en ce début mai. “Un nouveau visage de l’Ouest américain”, précise une base-line apposée sur l’affiche du film, et ce n’est pas trompeur, même si le titre original du film est East of Wall, qui pointe donc en un sens le point cardinal opposé !

Mais l’Ouest, on s’y retrouve à tous les points de vue à travers cette aventure se déroulant dans les plaines du Dakota du Sud – plus précisément dans le fameux parc national des Badlands (sans rapport toutefois avec le grand hymne springsteenien éponyme qui se rapporte, lui, au premier film de Terrence Malick, soit La balade sauvage en VF…).
Dans ce premier long métrage de Kate Beecroft (qui est pour sa part californienne, née à Los Angeles), on rencontre donc, à l’est de la petite ville de Wall, un personnage hors normes, avec ses tatouages et piercings et sa coupe moitié iroquoise : Tabatha a perdu son mari et poursuit son activité professionnelle, sinon son sacerdoce, qui consiste à élever des chevaux avant de les revendre, en s’en occupant avec la plus grande attention, comme dans une sorte d’artisanat qui n’aurait plus guère court.

Tabatha est entourée de sa fille adolescente (Porshia), de son nouveau compagnon et d’une flopée de jeunes gens paumés qu’elle recueille chez elle, les impliquant plus ou moins à son projet. Et la grande force du film est de flouter la frontière entre la fiction et la réalité, puisque les personnages portent en grande partie les prénoms de leurs interprètes, la véritable fille de Tabatha, Porshia, jouant sa fille dans le film, et ainsi de suite.
On est donc résolument dans la chronique, au cœur de paysages à couper le souffle et au gré des rodéos et des sessions de ventes de bétail qui rythment le vie de ce coin rural d’Amérique perdu, ce qui prend forcément une résonance supplémentaire en pleine période trumpiste, au-delà des clichés attendus.

Le récit manque quelque peu de rebondissements ou de ressorts “dramatiques”, ce qui semble quasiment intrinsèque au projet global, même si l’équilibre de la petite entreprise gérée par Tabatha est menacée par sa décision de vendre l’exploitation à un éleveur venu d’un comté voisin et lui faisant miroiter la fin de ses galères financières. Ce ne sera pas aussi rose, on s’en doute, et des dissensions vont aussi fragiliser la relation entre mère et fille.
Actrice à l’origine, la Californienne Kate Beecroft avait signé deux courts au préalable, 1/4 Cup (2020) et, même si elle le présente potentiellement comme un “essai caméra” (!), As Long as You’re Mine (2022), ainsi que le vidéo clip de Big Bang Blues de Breanna Barbara en 2021. The New West la pose en tout cas en figure solide au sein du cinéma indépendant américain actuel, prompt à montrer une autre facette de l’état-continent et de celles et ceux qui y vivent, avec leurs soucis quotidiens et leurs lots de rêves déçus – les femmes arrivées au seuil de l’âge mûr en premier lieu. C’est déjà beaucoup…

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