En salles 14/10/2026

Entrons dans les “Zones troubles” !

Dans le sillage des célébrations d’Halloween et de l’opération “Terreur nocturne” proposée par l’Afcae, L’Agence du court métrage lancera dans les salles, en partenariat avec cette dernière, un programme de quatre courts métrages récents s’inscrivant dans le genre fantastique ou horrifique, à la destination des 15-25 ans principalement. À partir du 4 novembre dans toutes les bonnes salles.

Pouvoir apprécier le court métrage sur grand écran dans le cadre d'une sortie du mercredi, le cas de figure demeure peu fréquent. Zones troubles, qui sera à ne pas rater à partir du 4 novembre prochain, a été conçu en partenariat par L'Agence du court métrage et l'Association française des cinémas d'art et essai, réunissant quatre films courts marquants de ces dernières années visitant le genre fantastique, sinon horrifique, en s'enracinant délibérément dans le présent. Des récits “où l'inexplicable devient le miroir de nos incertitudes”, est-il ainsi justement précisé dans la présentation du programme.

Dans La dernière neige de Rodolphe Bouquet-Populus (photo de bandeau), le spectateur est plongé dans l'atmosphère nocturne d'une station de sports d'hiver où se prépare une descente aux flambeaux le long d'une piste, lorsque deux skieurs se retrouvent coincés sur un remonte-pente. Comme Michel Blanc dans l'opus 2 des Bronzés, mais en nettement moins drôle, car d'inquiétants événements se déroulent en contrebas, visiblement sanglants. Le récit entretient savamment son suspense, avec une économie de moyens jouant astucieusement de l'image subjective de la caméra embarquée de son personnage principal, un vacancier ayant perdu ses deux complices et partant à leur recherche.

Un même postulat de réalité qui dérape marque aussi Dammen de Grégoire Graesslin (photo ci-dessus), qui avait été présenté en compétition officielle des courts métrages au Festival de Cannes 2025. Un seul plan fixe, sur une nature magnifique et qui devient peu à peu inquiétante alors que l'une des deux jeunes filles étant entrées dans le champ, au bord d'un lac scandinave hypnotisant, en sort justement et ne réapparaît plus. Les interrogations de sa copine se muent en panique et l'angoisse croît en même temps que les appels toujours plus désespérément inutiles. Un tour de force, pour une expérience qui ne laisse pas indemne.

Autre révélation cannoise de 2025, le film d'animation Dieu est timide de Jocelyn Charles (visuel ci-dessus) fait basculer un banal voyage ferroviaire en cauchemar suite à la rencontre d'une mystérieuse vieille femme engageant la conversation avec deux jeunes gens jouant à se faire peur. La vertigineuse aventure joue sur le contraste entre la noirceur qu'elle suggère peu à peu et les teintes colorées éclatantes de la forme adoptée. Déjà un classique du genre, à tous les sens du terme, produit par Remembers, la société créée par Ugo Bienvenu et Félix de Givry.

Le quatrième film du programme, Massacre de Maïté Sonnet (photo ci-dessus), en est également devenu un depuis sa belle carrière au début de la décennie, en son temps évidemment diffusé sur Brefcinema et qui met en scène deux sœurs vivant dans une station balnéaire submergée de touristes et qui décident de prendre les choses en main pour lutter contre la pollution aux algues toxiques qui en découle.

Une fable grinçante et efficace, toujours d'actualité évidemment, au moment même où sa réalisatrice vient d'achever le tournage de son premier long métrage, Tu feras tomber les rois. En 2020, époque de zones troubles par excellence, elle démontrait déjà l'insolite puissance de son univers, transformant l'essai dans la foulée avec Des jeunes filles enterrent leur vie.

Christophe Chauville

À lire aussi :

- En salles en octobre 2026, Artou d'Abderrahmane Sissako, en VR.

- Dieu est timide, Grand prix du Festival de Lille 2025.