En salles 04/03/2026

Deux premiers longs métrages à voir sur grand écran

Premier mercredi de mars et parmi la quinzaine de sorties prévues, on suivra de plus près le passage à “l’étage du dessus” de Mélisa Godet (avec La maison des femmes) et celui de Zaven Najjar (à travers Allah n’est pas obligé, vu en compétition à Annecy l’année dernière).

La maison des femmes s’inspire de l’expérience réelle de cet établissement éponyme installé à Saint-Denis depuis 2016 et ayant essaimé par la suite en région(s), avec pour vocation de prendre en charge des femmes en difficulté(s), exposées aux violences conjugales, sexuelles et sociales, issues de toutes les classes et catégories socio-professionnelles. Une petite équipe ne ménage pas ses efforts ses efforts pour les accueillir et les accompagner au mieux dans leur processus de reconstruction, en devant composer avec un manque de moyens devenant vite patent.

Pour son premier long métrage, Mélisa Godet a d’abord et avant tout composé un casting aux petits oignons pour personnaliser ces soignants. Karin Viard en incarne la directrice s’employant à déplacer des montagnes (figure inspirée de la fondatrice de la structure, Ghada Hatem), bien entourée des excellent(e)s Oulaya Amamra, Laetitia Dosch, Eye Haïdara et Pierre Deladonchamps, entre autres.

Le style est tout naturellement celui de la chronique, avec une succession fluide de situations précises, de cas particuliers, de réussites et d’échecs, de joies et de chagrins, de colères et de découragements… Très vivant, le scénario entraîne du côté du feel good movie, renouant avec ces “films du milieu” dont il n’est étrangement plus guère question aujourd’hui, alors qu’on en parlait beaucoup il y a quelques années, censés faire la nécessaire jonction entre cinéma d’auteur/autrice et production populaire. C’est réussi et utile, évidemment, même si le choix d’inscrire le film, à la faveur de sa scène finale dans une revendication militante précise, peut sembler trop démonstratif, écueil jusque-là évité avec grâce. Mais on ne veut surtout pas bouder le plaisir de suivre ces figures attachantes et d’accéder à une “presque fin” heureuse, synonyme de prise de conscience des pouvoirs publics, ce à quoi on n’est plus forcément habitué…

Il importe de se souvenir que Mélisa Godet avait déjà touché au principe du film de groupe à travers son court métrage Les enfants d’Oma, en 2021. Elle avait également fait auparavant d’une jeune aide-soignante en Ehpad l’héroïne de Tu vas t’y faire (2018).

Allah n’est pas obligé est adapté du roman du même titre d’Ahmadou Kourama (1927-2003), lauréat en son temps du Prix Renaudot et du Prix Goncourt des lycéens. L’auteur originaire de Côté d’Ivoire y prenait comme motif central le cas de ces enfants soldats embarqués dans les conflits ayant enflammé l’Afrique de l’Ouest, plus précisément le Liberia et la Sierra Leone, à la fin du siècle dernier.

Ayant déjà inclus le motif de la guerre dans son cinéma, à travers son court métrage Un obus partout, situé dans le Liban de 1982 (le jour même de l’ouverture de la Coupe du Monde de football en Espagne, via le match Argentine-Belgique), Zaven Najjar suit le jeune héros, Birahima, dans un périple le conduisant à intégrer un groupe de ces adolescents armés ayant souvent fait preuve d’une grande violence et même de cruauté.

Comment trouver le juste regard pour permettre de s’attacher au personnage en ne faisant pas abstraction des méfaits dans lesquels il est entraîné, en même temps que ses comparses ? Telle est la grande question… Et l’on se doit de reconnaître que le récit n’y répond qu’imparfaitement, tant on marche ici sur des œufs. De fait, on se demande également à quelle tranche d’âge s’adresse le film, qui ne fait pas l’économie de massacres, à ne pas forcément mettre sous les yeux des plus jeunes par conséquent.

Le public adulte ou adolescent averti est sans doute plus directement visé, si l’on ose dire, même si la facture graphique évoque davantage l’animation jeunesse. Très réussi plastiquement – c’est à mettre à son crédit –, Allah n’est pas obligé bénéficie aussi d’un doublage de belle qualité, où l’on retrouve Annabelle Lengronne, Thomas Ngijol et Marc Zinga, ainsi que le très jeune artiste ivoirien SK07, né en 2011. Il ressuscite ainsi l’une des grandes tragédies du XXe siècle, qui n’en aura pas été avare, mais sans toutefois vraiment s’interroger, et nous avec, sur cette barbarie ultime qu’aura été le fait de transformer des enfants en tueurs. 

Christophe Chauville

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