En salles 06/01/2026

Des figures de courage pour commencer l’année

Deux premiers longs métrages. Un documentaire et une fiction. Un film français et un suisse. Une sortie du mercredi 7, l’autre du 14. Tout va bien de Thomas Ellis et Les courageux de Jasmin Gordon.

Au vu de la façon dont 2026 a débuté, on a bien besoin d’exemples de courage et de personnalités se battant bec et ongles contre l’adversité, personne ne le niera. Deux sorties du début d’année sont à ce propos à saluer, sur le volet toujours fructueux du premier long.

Signé Thomas Ellis (1), Tout va bien (photos de bandeau et ci-dessous), qui sort en ce premier mercredi de janvier, joue sur l’ironique ambigüité de son titre pour brosser plusieurs portraits de jeunes, sinon très jeunes migrants fraîchement arrivés en France, en l’occurrence à Marseille, après des périples parfois dantesques. Et face à toutes les difficultés qui s’accumulent devant leur pieds, pesant sur leurs épaules décidément pas frêles, ils assurent à leurs proches que “tout va bien” quand ils leur parlent au téléphone, occultant délibérément une immense partie de la/leur réalité.

Qu’on ne se laisse surtout pas gagner par l’impression d’avoir déjà vu ces parcours de vie, d’abord parce que le motif est nécessaire à voir régulièrement revenir à l’écran, pour ne pas qui file notre humanité dans l’indifférence, ensuite parce que le travail et l’approche de Thomas Ellis vaut le détour. Il s’intéresse réellement, s’investissant à leurs côtés, à celles et ceux qu’il filme, à savoir cinq ados, garçons ou filles, âgés de 14 à 19 ans, aux parcours individuels différents et pourtant voisins, qui débordent d’espoirs dans un environnement social, administratif et politique peu favorable, c’est un euphémisme…

Difficile de ne pas se sentir ému devant leur désarmante spontanéité, devant leurs efforts, leurs douleurs et leur force de résilience partagée, même si le public du film sera sans doute déjà convaincu et que c’est hors des cercles qu’il représente que ce film devrait pouvoir chahuter les idées reçues et ouvrir des brèches dans les consciences. Le distributeur Jour2Fête est en tout cas à saluer, poursuivant un engagement qui déborde souvent le cadre du cinéma. Et l’on tient à nommer ces jeunes gens lambdas et pourtant extraordinaires : Abdoulaye, Aminata, Junior, Khalil, Tidiane.

Son homologue Piece of Magic Entertainement, basé à Amsterdam, est moins célèbre, proposant peu de sorties dans les salles françaises. Distribué à partir du 14 janvier Les courageux, de Jasmin Gordon (photo ci-dessus), fait exception. Cette production suisse signée d’une cinéaste helvéto-américaine, native de la Cité des Anges et comptant plusieurs courts métrages à son actif (dont Bonne poire, en 2025, et Empreintes, sélectionné au Festival européen du film court de Brest en 2019), met en scène une mère célibataire luttant pour offrir le meilleur à ses trois enfants, même en étant plongée dans une situation matérielle plus que périlleuse et cachant celle-ci, en même temps que son passé (ou son passif ?) comme son bracelet électronique sous le canon de son jean.

Jule s’en tire en racontant des bobards perpétuels la mettant en danger, proche du pétage de plombs et de l’abîme. Si le personnage apparaît plutôt chargé, jusqu’à l’ultime séquence où elle se retrouvera littéralement à nu, on apprécie des échappées poétiques bienvenues, liées à la présence de la paisible et fascinante nature alentour – sans doute celle de cette région du Valais tout récemment meurtrie – qui agit sur le spectateur comme dans d’autres films suisses s’étant inscrits dans les mémoires cinéphiles, ceux d’Ursula Meier notamment. 

Dans le rôle de cette mère border line, Ophelia Kolb se démène avec courage, comme le titre l’indique. Vue dans Amanda de Mikhaël Hers (où elle était la mère, disparue dans un attentat, de la fillette éponyme), elle s’est souvent adonnée aussi à l’exercice du court métrage, notamment ceux de Pierre Dugowson – comme Dinosaure ou 2030. Pour elle, on surmontera aussi le syndrome du “déjà-vu” supposé que pourrait a priori faire naître le pitch du film.

Christophe Chauville


1. Thomas Ellis a aussi travaillé jusque là comme journaliste, comme producteur (sur une centaine de reportages pour des chaînes TV) et comme entrepreneur social.

Photos de Tout va bien : © Unité/Someci.

À lire aussi :

- Sorry, Baby, premier long métrage d’Eva Victor, disponible en DVD.

- Sur les courts métrages de Pierre Dugowson, réunis en 2025 dans le programme Les femmes et les enfants d’abord.