Catherine Cosme : histoires de famille(s)
Césarisée en début d’année en tant que chef-décoratrice pour L’inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier, Catherine Cosme est également réalisatrice et son premier long métrage, Sauvons les meubles, sera distribué le 6 mai par New Story. Deux courts métrages avaient précédé : Les amoureuses (qui sera alors à voir sur Brefcinema) et, sur un motif qui lui tient décidément à cœur, Famille.
Au début de 2016, il y a dix ans, les pages de la revue Bref accueillaient un texte sur Les amoureuses, première réalisation de Catherine Cosme. Diplômée en scénographie de l’école de La Cambre, à Bruxelles, elle avait éprouvé le désir, après avoir regardé et observé des metteurs en scène face à leurs interprètes, d’écrire et réaliser elle-même.
Ce premier court métrage suivait, le temps de quelques journées de la fin de l’été, une mère en vacances avec ses deux filles, l’une adolescente de quinze ans (Sara), l’autre encore enfant (Mouche, jouée par Fantine Harduin, revue par la suite dans Happy End de Michael Haneke et Adoration de Fabrice du Welz). Une atmosphère douce-amère nimbait le récit, le film se déroulant dans un camping de la côte bretonne joliment mis en lumière par Léo Lefèvre. L’enjeu narratif était qu’un maître-nageur suscitait l’intérêt de la mère, Aline, encore soucieuse de séduire, en même temps que celui de sa fille Sara, en plein bouillonnement sensuel. Même la petite Mouche était en un sens, attirée – par jeu – par ce sympathique employé du lieu de villégiature (joué par Marc Zinga).

Avec Sauvons les meubles, le rapport mère/fille filmé n’épouse pas le même schéma, mais est également propice à l’affrontement ou à l’incompréhension : Lucile doit abandonner sa folle et trépidante vie de photographe reconnue pour rejoindre son frère dans la maison de leurs parents, là où ils ont grandi, car leur mère Colette, gravement malade, vit ses derniers jours. Ils découvrent sur place une situation insolite – et peu fréquemment représentée à l’écran : leurs parents vivaient à crédit depuis des années et Colette a contracté des dettes énormes en impliquant Lucile à son insu. Celle-ci doit donc gérer le choc des retrouvailles dans un contexte dramatique et avec cette donnée supplémentaire de l’étranglement financier, source de reproches supplémentaires évidents.
Le tour de force de Catherine Cosme est d’avoir choisi d’inscrire son récit dans un registre d’humour et de drôlerie, malgré tout, ce qui fonctionne parfaitement dans le sillage d’une Vimala Pons tordante (quoique passablement irritante dans sa façon branchée de s’exprimer, au début du film) avant d’être touchante, comme dans toute chronique familiale de retour aux sources qui se respecte.

Famille était du reste directement le titre du deuxième court métrage de la réalisatrice, qui s’était intercalé en 2018 et qui ouvrait sur une autre facette du monde contemporain, puisqu’une femme, mère d’une fillette, avait décidé d’accueillir chez elle un couple de réfugiés africains et leur fille, ne parlant ni français, ni anglais. La difficulté de se (faire) comprendre emmenait progressivement vers une sorte de malaise, au gré d’un geste anodin, d’un regard, d’une menace supposée. La façon spontanée de sympathiser des deux enfants venant de mondes si éloignés pouvait donner une clé pour rapprocher les deux mondes, mais pas forcément, au bout du compte… La gravité s’invitait ainsi peu à peu dans un schéma de potentielle comédie, ce que Sauvons les meubles vient creuser en sens inverse, où la disparition annoncée d’une mère amène à la nécessité d’une réconciliation, certes perturbée par des paramètres extérieurs très concrets et matériels.
Le titre du film prend ainsi une signification à tiroir, assez universelle, tout en résonnant étrangement avec celui d’un court métrage récent mettant lui aussi en scène un père lunaire et farfelu, Sauver les meubles de Faustine Crespy (2024), qui est par ailleurs aussi une coproduction franco-belge. Mais les histoires de famille sont une inspiration décidément inépuisable.

Photos de Sauvons les meubles : © 2025 Hélicotronc/Tripode Productions/Alva Film.
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- Sur un autre premier long métrage belge de 2026 : Les filles du ciel de Bérangère McNeese.
- Sur un court métrage “classique” avec Vimala Pons : J’aurais pu être une pute de Baya Kasmi (2011).


