Les filles du ciel : Bérangère McNeese du court au long
La rubrique dédiée au passage au long métrage dans la revue Bref lui a été tout récemment consacrée : Bérangère McNeese confirme avec Les filles du ciel, qui sort au cinéma cette semaine, les qualités démontrées dans ses films courts, en premier lieu Matriochkas, actuellement disponible sur notre plateforme. Avec la jeune Héloïse Volle comme trait d’union entre les deux projets, fondateurs d’une œuvre conjuguée au féminin et appelée à compter.
Avec Les filles du ciel, Bérangère McNeese prolonge son travail de réalisatrice entrepris à travers Matriochkas, qui avait connu un beau succès en festivals dans la période précédant la pandémie de Covid-19, et même auparavant à travers Le sommeil des amazones, en 2015. Le pitch de ce dernier est même en quelque sorte décalqué, sur son postulat narratif même, pour ce premier long se voyant distribué en ce début de printemps 2026.

Dans ce court, déjà, une jeune fille de dix-huit ans en “cavale” (fuyant sa situation et son passé) intégrait un logement occupé par quatre congénères s’entraidant et formant une tribu, c’était le mot du synopsis. On ne parlait pas encore tellement de sororité ou de gynécée, mais les termes collaient déjà et c’est de nouveau le cas avec Les filles du ciel, où la jeune Héloïse, qui s’apprête à fêter ses seize ans tout en tentant souvent de faire croire qu’elle est majeure, échoue – sans que le terme ne signifie un quelconque échec – dans un tel appartement, qu’on voit furtivement baptisé “le ciel” sur un graffiti à l’entrée. C’est Mallorie (jouée par Shirel Nataf, appréciée récemment dans Ma frère), croisée par hasard en ville, qui l’y a conduite. Elle vit là avec son bébé, la petite Jade, tout comme Jenna et Mona.

C’est la première qualité du film de Bérangère McNeese que de savoir filmer ce refuge, que les locataires s’attachent à transformer en cocon, avec ses coussins, ses matelas et ses couettes où on se love, en dormant les unes à côté des autres, tout près, en se tenant chaud. Une douceur par instant miraculeuse émane de cet univers féminin, contrastant avec les dangers de l’extérieur. Ceux du foyer qu’Héloïse a fui, étant tombée enceinte de sa liaison avec un éducateur plus âgé et plus soucieux de garder son job que de leur histoire, surtout qu’il s’agit d’une mineure de quinze ans (rappelons au passage que l’Anna de Matriochkas apprenait elle aussi sa grossesse). Ceux de la boîte de nuit où Mallorie et Jenna propose des massages aux clients, le soir, en tout bien tout honneur, mais avec le risque constant que les choses dégénèrent (un écho apparaît avec un autre court de la réalisatrice, Les corps purs, dans lequel elle incarnait elle-même en 2017 une fille de la nuit).

Cette chronique de coming of age, avec son intrigue de début de grossesse posant prématurément à la jeune fille une question cruciale dans son existence qui commence – garder le bébé ou y renoncer avant le délai légal pour une IVG – jette un lien de parenté avec les Jeunes mères des frères Dardenne, d’autant que la réalisatrice est elle aussi de nationalité belge. Et son cinéma s’inscrit également dans une inspiration naturaliste délimitée, même si des vigiles de discothèque à mines patibulaires peuvent entraîner vers un cassage de gueule sortant de la pure chronique de la vie de galèriennes se serrant les coudes.

Les filles du ciel met aussi en exergue le lien artistique et humain entre Bérangère McNeese et sa jeune interprète Héloïse Volle, qu’elle avait découverte à la faveur de Matriochkas et qui tient ce nouveau rôle très fort, quelques années plus tard, en s’éloignant de l’enfance et en se rapprochant aux enjeux de l’âge adulte, vite urgents pour elle (gagner sa vie, être mère ou pas, opter pour l’émancipation finalement). On voit souvent, dans le film, ce personnage pensif et, loin d’une répétition superflue de tels plans, on assiste ainsi à une lente maturation, une sortie progressive de la chrysalide, la jeune adolescente timide et naïve du début du film prenant les choses en main dans le dernier plan, pour venir en aide à une semblable. Comme dans un éternel recommencement où la solidarité féminine fabrique une chaîne inaltérable face à la violence du monde et de certains hommes – pas tous, le personnage de Mehdi joué par l’excellent Bilel Chegrani nuançant avec bonheur le point de vue.
Dans le dernier numéro de Bref paru, le dossier consacré au film s’intitulait, avant ses premiers succès en festivals (Namur, Saint-Jean de Luz) et sa sortie en salles, “Le ciel peut attendre”, on pourrait aussi cette fois ajouter qu’il appartient aussi à la fois au personnage, à son interprète et sa réalisatrice.

À lire aussi :
- La danse des renards de Valéry Carnoy, autre long métrage belge francophone sorti en mars 2026.
- Matriochkas primé en 2020 au Festival Le Court en dit long.


