The Plague : un premier long métrage fantastique atypique
Présenté au sein de la section Un certain regard du Festival de Cannes 2025, puis récompensé à Deauville, le premier long de l’Américain Charlie Polinger, très maîtrisé, sort cette semaine en salles et mérite amplement le coup d’œil, et même bien davantage.
C’est une découverte non négligeable que cette variation singulière sur le motif du coming of age qu’est The Plague, qu’un doublé Grand Prix/Prix de la critique a salué au dernier Festival de Deauville, en septembre 2025, après une première effectuée sur la Croisette, en sélection officielle à Un certain regard.
La peste que le titre du film désigne, c’est celle qu’est censé développer un gamin faisant partie d’un stage d’été durant lequel de jeunes garçons au seuil de l’adolescence pratiquent le water-polo (un sport assez peu représenté à l’écran, nonobstant le Palombella rossa de Nanni Moretti). On estime au sein d’un groupe que ce paria, qui plus est étrange dans son comportement, est contagieux et qu’il faut non seulement s’en éloigner et l’humilier dès que possible, mais aussi se laver énergiquement en cas de contact.

Le réalisateur Charlie Polinger, qui avait fait ses armes au gré de plusieurs films courts successifs (pas moins de sept entre 2013 et 2023, date du dernier, Fuck Me, Richard), empoigne son sujet avec autant de maestria dans sa mise en scène que de pertinence et d’inspiration dans ses partis pris d’envisager la symbolique du sujet du harcèlement, de la rumeur, du rejet, particulièrement sensible à cette période qualifiée d’âge ingrat. On est à mille lieues de la comédie potache habituelle du teenage-movie estival, et c’est plutôt la voie sinueuse du thriller à suspense, sinon horrifique, qui est empruntée. Avec de surcroît de véritables préoccupations formelles…

Les plaques sur le corps de celui qu’on repousse à la marge sont plus réalistes que les “cronenbergiennes” plaies pour lesquelles put opter par le passé une Julia Ducournau (on était alors loin du simple eczéma…), également à l’intérieur du champ de la représentation de l’adolescence et de ses troubles enjeux, et ce rapport au réel donne une force supplémentaire au récit, axé d’abord non pas autour du persécuteur et de son bourreau principal, mais d’un autre gamin, Ben, qui débarque dans le centre, assez timide et qui, sans connaître quiconque, porte avec lui une histoire familiale quelque peu douloureuse.

Le réalisateur présente son film comme “un conte initiatique où la compassion humaine et l’acceptation sociale ne peuvent coexister”. On ne saurait mieux dire et son époque de production, en pleine ère trumpiste où démonstrations masculinistes et sadisme se déchaînent en toute impunité, n’est évidemment pas anodine. Le personnage de “l’adulte dans la pièce”, à savoir le moniteur-encadrant incarné par le toujours excellent Joel Edgerton, prend ainsi une importance toute spécifique dans la narration, en écho avec les violents dilemmes qui se présentent à Ben face au petit mâle alpha, prénommé Jake, la tête à claques qui mène la meute des harceleurs crytpo-fascistes.

Parfaitement tenu et équilibré, The Plague constitue incontestablement une très bonne surprise, qui ne pourra laisser indifférent et qui laisse attendre beaucoup de son réalisateur. Ce dernier a d’ailleurs enchaîné avec un second long métrage réunissant Mikey Madison (la comédienne oscarisée d’Anora de Sean Baker) et Léa Seydoux : The Masque of the Red Death. On l’attend.

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