En salles 10/03/2026

Planètes de Momoko Seto : une parabole pour la protection du vivant

Présenté en clôture de la Semaine de la critique et primé au Festival d’Annecy en 2025, le premier long métrage de Momoko Seto débarque au cinéma cette semaine (à partir du mercredi 11 mars), distribué par Gebeka Films et conseillé dès 8 ans. Il est directement relié à la série de courts métrages précédemment entrepris par la réalisatrice sur cette thématique et d’après les mêmes postulats techniques.

Avec le premier long métrage de Momoko Seto, c’est un pari un peu fou qui s’incarne sur grand écran : mettre la technologie et la science au service d’une formidable parabole écologique, en imaginant les aventures de quatre akènes (soit des graines de pissenlit) expulsées de la Terre juste avant son explosion, et qui cherchent sans relâche un nouveau milieu dans lequel s’implanter. Un récit épique à hauteur de végétal, spectaculaire et minimaliste à la fois, qui reprend et approfondit des thèmes qui courent à travers toute l’œuvre de la réalisatrice, et plus particulièrement dans la série des Planète…, ces courts métrages dans lesquels elle mettait en scène des univers tantôt gelés, tantôt désertiques, constitués à partir de cristaux de sels ou de végétaux.

Elle réalise le premier, Planet A, lors de sa deuxième année au Fresnoy en 2008. Le film repose sur le phénomène de la cristallisation et invente, grâce au procédé du time lapse, un monde minéral en perpétuelle mutation. Ce sera un tel succès qu’elle déclinera ensuite le concept dans trois autres courts : Planet Z (2011), Planet ∑ (2014) et Planet ∞ (2017). Pour chacun, elle déploie des univers cohérents constitués par l’observation du vivant : les plantes poussent devant la caméra, la glace fond image par image et les insectes sont les protagonistes principaux de microcosmes extraordinaires.

Pour son passage au format long, il était hors de question de renoncer à ces expérimentations devant la caméra. Elle a donc eu recours à différentes techniques de pointe pour combiner prise de vues réelles de paysages en Islande, time lapse sur des maquettes végétales, images slow-motion d’insectes et animation en 3D numérique des héroïnes – les fameux akènes. À l’écran, cela donne un résultat visuellement époustouflant, qui ne ressemble à rien de connu. Après un long voyage dans l’espace, les quatre petits personnages – qui, bien qu’ils demeurent des végétaux non anthropomorphes, sont dotés de personnalités distinctes et s’expriment par des modulations du son – atterrissent dans des terres gelées et partent explorer ces territoires peuplés de formes de vie souvent hostiles, afin de trouver un sol susceptible de les accueillir.

Comme dans tout bon récit d’aventures, les survivantes sont confrontées à une succession presque ininterrompue d’obstacles et de rebondissements, échappant de peu à la noyade dans un torrent, devant fuir devant une grenouille trop gourmande, ou encore risquant d’être emportées par une tempête de sable brûlante. Elles croisent également des alliées, sous la forme inattendue de limaces, et unissent leurs forces pour assurer collectivement la survie de leur espèce.

Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour créer un divertissement singulier, qui allie le classicisme d’un récit rythmé et trépidant à la poésie de mondes fabuleux dans lesquels s’incarnent les enjeux très ouvertement contemporains de la protection des sols de notre planète, menacés par la surexploitation et les produits chimiques. Avec l’histoire de ces petites graines prêtes à braver tous les dangers pour préserver la vie, Momoko Seto ne se contente pas de nous faire rêver et voyager : elle nous invite à faire notre part dans la protection du vivant sous toutes ses formes.

Marie-Pauline Mollaret

On peut trouver sur le site du distributeur Gebeka Films des éléments pédagogiques à télécharger.

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- Rencontre avec Momoko Seto au Carrefour du cinéma d’animation 2024.