“Planet A” de Momoko Seto
Le monde est devenu une planète desséchée où la culture du coton exercée à outrance pour des raisons économiques, est la cause principale de la désertification. Ce phénomène fait écho à une plus grande catastrophe écologique dont l’homme est toujours le responsable : l’assèchement de la mer d’Aral.
De A à Z, en passant par la lettre grecque sigma et jusqu’à l’infini (“∞”) et peut-être, pour bientôt, vers l’au-delà, Momoko Seto a entre 2008 et 2017 tourné quatre courts métrages d’une série intitulée “Planet”. Quatre œuvres expérimentales d’animation où un globe miniature, alter ego de notre grande bleue, n’est plus vraiment très bleu. Interrogée sur ses créations en 2019, lors de la Fête du court métrage, la réalisatrice japonaise citait volontiers comme sources d’influences Nausicäa de la vallée du vent (1984), la grande œuvre inquiète d’Hayao Miyazaki dans laquelle la Terre est devenue malade, invivable, hostile. Et en effet, les visions de Seto à travers cette mini-série semblent comme hantées par la situation – notre situation – post apocalyptique.
Cette vision “écolo-collapsolo” constitue l’une des approches possibles de l’œuvre que la réalisatrice a entreprise avec Planet A, un film tourné en time-lapse au Fresnoy. Mais ceux qui connaissent la filmographie de l’autrice se souviennent de l’un de ses premiers films de fiction, la comédie fraternelle Paris plage (tourné dans la même école en 2007, juste avant Planet A), et de ses films d’animation pornographiques avec des crevettes et des poulpes. Ceux-là savent que l’artiste japonaise, bien sûr consciente de l’imminence du danger et l’urgence à agir sur le plan écologique (Seto, qui mène une vie sérieuse parallèle au CNRS, a d’ailleurs réalisé en 2013 Arekara, la vie après, un documentaire sur l’après-Fukushima), fait aussi de l’humour son principal carburant. Elle s’amuse en réalisant des films et place l’humour, la légèreté, la vie – dans les deux premiers volets de sa série tout du moins – au centre de son œuvre.
Ainsi, l’ouverture de Planet A n’est pas sans rappeler le cinéma ballet, la chorégraphie de l’éblouissement d’un Jean Painlevé. La lumière fuse. Les éléments vibrent. On découvre un monde qui prend forme, se déforme, se reforme sous nos yeux. Quadrilles de fluides qui circulent pleins de luminescences. Frémissements, tâtonnements, naissances et disparitions. Le plaisir ici relève tant de l’enregistrement de l’instant, éminemment magique, que des moyens qui l’ont rendu possible. Ce ne sont plus, comme chez Painlevé, la pratique de la plongée sous-marine, l’invention du scaphandre ou de la caméra submersible, c’est la plongée dans le monde invisible, celui du temps devenu matière (par la technique du tim- lapse) et de la matière montrée à découvert (grâce à la macroscopie).
Le plan macro, écrivait quelque part Roland Barthes, c’est le plan porno par excellence. Et Seto, dans Planet A, mais également ensuite, en 2011, dans Planet Z (souvenez-vous des partouzes des pousse de radis), ne fait que de tourner une multitude de plans cul, une succession de coïts, de jaillissements, de turgescences, d’orgasmes torrentiels, d’évaporations séminales minérales. Ce n’est pas tout le temps d’une grande gaieté, entre vie et mort, jouissance et ataraxie. N’en jetez plus, Planet A n’est pas à mettre sous tous les yeux. C’est un film tellement méta-pornographique que l’on se demande même comment il a pu obtenir un visa de circulation !
Donald James
France, 2008, 8 minutes.
Réalisation, scénario, image et montage : Momoko Seto. Son : Ronan Gicquel. Musique originale : Yann Leguay. Production : Le Fresnoy.


