DVD 13/05/2026

Cannes : d’un millésime au suivant

Alors que le Festival de Cannes 2026 a commencé, y a-t-il meilleur moment pour voir ou revoir en DVD, chez soi, des films qui ont été présentés sur la Croisette l’année dernière ? Et ce, tant en matière de documentaire, de cinéma d’animation et de fiction.

Récompensé par le désormais convoité Œil d’or en 2025, Imago (photos de bandeau et ci-dessous) faisait alors partie de la sélection de la Semaine de la critique. Le réalisateur Déni Oumar Pitsaev s’y filme, en même temps que les siens, alors qu’il revient en Géorgie, à quelques encablures de cette Tchétchénie qu’il a quittée depuis l’enfance (pour la Belgique), afin de potentiellement se faire construire une maison sur une propriété dont il a hérité – et de satisfaire ainsi une attente familiale pressante dans sa culture. L’autre espoir étant qu’il se décide à se marier, alors qu’il est en passe de franchir le cap de la quarantaine…

Le cinéaste est donc aussi le protagoniste, et même le personnage de sa propre aventure. Celle de la découverte d’un territoire et de la redécouverte de ceux qui le peuplent, y compris issus de sa parentèle et perdus de vue, avec des différences manifestes de visions des choses qui ne débouchent pourtant jamais sur quelque conflit que ce soit – avec un cousin protecteur hyper attaché aux traditions et volontiers réac ou vis-à-vis du propre père de Déni, qui essaie de cacher ce qu’il pense du projet nettement farfelu de construction de maison caressé par l’artiste, jamais vu dans la région, ni même ailleurs !

Pas de voix off, et pas d’ironie ni de comptes à régler non plus : Imago est une belle introspection sur le cinéma à la première personne lui-même, en même temps qu’une variation sur le motif du déracinement. Ce que le court métrage proposé en bonus, Looking for Déni (2017), complète fructueusement, dès son titre à tiroirs.

Avec son Cristal décroché à Annecy l’année dernière, on avait un peu oublié qu’Arco (visuel ci-dessus) avait d’abord commencé sa carrière à Cannes, à travers une séance spéciale au sein de la sélection officielle. C’était la première étape d’un parcours absolument époustouflant, passé par le César du meilleur film d’animation obtenu par la suite et une nouvelle récompense tout récemment acquise, à savoir le Prix Jean-Renoir des lycéens pour l’année 2025-2026.

Le film est lui aussi disponible depuis quelques semaines en DVD ou BRD et on ne le présente pas plus que son pitch, qui s’inscrit comme on sait dans un univers de SF prenant en compte les enjeux environnementaux qui se profilent déjà urgemment à l’époque de sa production. Ce qui est particulièrement intéressant à l’aune de cette édition – soignée – est de voir apparaître la continuité dans le travail d’Ugo Bienvenu depuis plusieurs années. Voir son clip, assez génial, pour le morceau de Jabberwocky Fog, où l’on découvre le trio de “stalkers” auxquels Louis Garrel, William Lebghil et Vincent Macaigne prêtent leurs voix dans Arco, ou le court métrage L’entretien, coréalisé avec Félix de Givry, complice number one et alter ego artistique de Bienvenu, pour le compte de la 3ème scène de l’Opéra de Paris, avec un robot en 3D qui annonce assez directement celui du long métrage.

Ces riches suppléments incluent aussi trois making of restituant le concours décisif de collaborateurs tels que le musicien Arnaud Toulon, lui aussi césarisé pour l’occasion, ou les coauteurs de l’animatique du film. Son illustre coproductrice Natalie Portman apparaît également dans la vidéo revenant sur la genèse de ce film à succès ayant attiré un demi-million de spectateurs en salles.

Précisons qu’une carte blanche à Ugo Bienvenu est prévue sur Brefcinema au moment du prochain Festival d’Annecy, dans le cadre de notre programmation spéciale 10 ans (ceux de la plateforme).

Dans un registre très différent, Que ma volonté soit faite de Julia Kowalski (photo ci-dessus) a au contraire peiné à trouver son public lors de sa sortie, mais son édition DVD est à mettre en lumière, d’autant que ce premier long métrage est accompagné du moyen métrage l’ayant précédé deux ans auparavant : J’ai vu le visage du Diable. Venin Films, le label impliquant notamment Yann Gonzalez et Bertrand Mandico, en était l’instigateur et il y a évidemment un lien éclatant entre le court et le long, autour de figures d’adolescentes confrontées au surnaturel, pour des récits basculant du naturalisme au fantastique, sinon à l’horrifique, dans le contexte d’une Pologne toujours plongée dans une piété religieuse forte et contraignante.

La jeune Maria Wróbel tient le rôle principal des deux films avec la même présence, pour une performance tant intérieure que physique, le mythe de la sorcière étant poussé au plus loin par le long métrage, dont on précise qu’il ne s’agit pas du premier pour Julia Kowalski, qui avait sorti Crache-cœur au préalable, en 2015. Que ma volonté soit faite faisait de son côté partie de la sélection de la Quinzaine des cinéastes en 2025. 

Christophe Chauville

 

Imago de Déni Oumar Pitsaev, DVD, Blaq Out, 19,99 euros.
Disponible depuis le 17 mars 2026.
Arco d’Ugo Bienvenu, DVD et BRD, Diaphana Édition Vidéo, 19,99 euros ou 32,99 euros (coffret collector 4K + BRD).
Disponible depuis le 17 mars 2026.
Que ma volonté soit faite de Julia Kowalski, DVD, Blaq Out, 19,99 euros.
Disponible depuis le 21 avril 2026.

Photos d’Arco : @ Remembers / Mountain A.

À lire aussi :

- Un entretien avec Ugo Bienvenu, au moment du Festival d’Annecy 2025.

- Le Prix Jean-Vigo du court métrage 2023 pour Julia Kowalski.