Extrait

Zcuse-nous

Chad Chenouga

2008 - 6 minutes

Fiction

Production : CRIPS - Centre Régional d’Information et de Prévention du Sida

synopsis

Élodie est une forte tête et ne se laisse pas faire quand trois adolescents l’invectivent à la piscine... De paroles en invectives, les têtes s’échauffent. Mais voilà qu’à la sortie, ils tombent sur un “hic”.

Chad Chenouga

Chad Chenouga s’est toujours inspiré de sa propre histoire pour réaliser ses films. Né en 1962 à Paris, après des études d’économie, il débute avec plusieurs courts métrages remarqués, dont Batata (1996), L’attache (1997) et enfin Rue bleue, en 1999, tiré de son enfance aux côtés de sa mère algérienne, venue seule en France (et qui meurt d'une overdose de médicaments). Avec ce film, il est nommé aux César et sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, et reçoit les Grand prix aux festivals de Grenoble et de Lille. Suit en 2001 un premeir long métrage 17, rue bleue, film à nouveau autobiographique, en sélection dans de nombreux festivals internationaux (Locarno, Karlovy-Vary). Le réalisateur revient au court métrage avec Zcuse-nous en 2008, puis écrit, met en scène et interprète la pièce La niaque (2011) au Théâtre des Amandiers à Nanterre, dans laquelle il raconte son parcours en foyer après le décès de sa mère. Elle remporte un véritable succès auprès des jeunes. En parallèle, il est comédien et travaille depuis quinze ans en tant qu’animateur d’ateliers d’improvisation et d’écriture au Cours Florent notamment, mais aussi dans des prisons et auprès de sans-logis (voir son documentaire Cash, 2007). Alors que son deuxième long métrage, De toutes mes forces, est sorti en salles au printemps 2017, il développe en 2020 deux nouveaux projets en parallèle.

Critique

Dès l’apparition du titre, Zcuse-nous s’annonce comme un film sur la bêtise adolescente, où les mots et les actions n’ont pas de limites. Dans le cadre d’une série de courts métrages destinés à la lutte contre les discriminations1, Chad Chenouga propose une réflexion subtile sur l’inconscience de cette période où l’on regarde les autres faire, où l’on rit de leurs méchancetés, où l’on finit parfois par suivre et répéter les mêmes gestes pour accéder au sentiment d’appartenance tant recherché. Il faut exister à tout prix. Pourquoi respecte-t-on certaines limites quand d’autres ne semblent pas nous arrêter ? C’est la direction principale que prend le réalisateur durant cinq minutes où le spectateur assiste à des scènes profondément réalistes où l’improvisation semble dépasser l’écriture. Ce naturel est accentué par une caméra proche de ses personnages, inclusive. Chad Chenouga centre son attention sur Élodie, une jeune fille qui tient tête à trois garçons stimulés par le désir de transgresser les règles et se faire remarquer de tous. Dans le groupe se distingue bien évidemment le meneur à l’origine de tous les actes, incitant constamment ses amis à l’imiter. Quand l’un n’hésite jamais, l’autre rebrousse souvent chemin, s’affranchissant de cette implication avant de finalement capituler, par manque de courage et pour être bien vu. Face à eux, Élodie, jouée par Anaïs Demoustier, se défend. Assaillie de blagues sexistes, de provocations humiliantes, elle riposte fortement, ce qui agace les adolescents et ne fait qu’accroître leur orgueil. Au milieu de cette confrontation subsiste la curiosité, le regard sur l’autre intéressé. Le réalisateur filme avec finesse ces échanges calmes et silencieux qui ramènent quelques instants d’humanité.

Obsédé par le dernier mot, le meneur du groupe atteint le paroxysme de la cruauté en se saisissant d’un bâton, attendant impatiemment qu’Élodie sorte de la piscine. Une fois de plus, l’un des garçons hésite, s’insurge de l’absurdité de cet acte mais finalement reste, comme à chaque fois. Sans nous montrer sa cause, le cinéaste nous dévoile le changement de comportement soudain des garçons, désormais honteux. La tête baissée, un semblant d’excuse est soufflé : “Zcuse-nous…” On découvre alors Élodie en fauteuil roulant. Toujours aussi forte, la jeune fille rejette ces excuses dénuées de valeur. Avec cette scène, Chad Chenouga remet en question notre éthique à tous : pour quelle raison accepte-t-on de respecter autrui ? Que faut-il pour considérer l’autre comme son égal ? Pourquoi et jusqu’à quel point pouvons-nous pousser le besoin de régner sur l’autre ? Grâce à ce court métrage répondant à l’origine à une commande du Crips Île-de-France, le débat ouvert est vif.

Aliénor Lecomte

1. La série des Scénarios contre les discriminations rassembla en 2008 onze courts métrages, parmi lesquels Bien dans ma peau de Blandine Lenoir, Le gros Lucas d’Armand Lameloise, Un excellent dossier d’Artus de Penguern et En attendant demain de Pascal-Alex Vincent. Zcuse-nous a été réalisé d’après une idée originelle de Fanny Morteau.

Réalisation et scénario : Chad Chenouga. Image : Jean-Louis Sonzogni et Emmanuelle Goupil. Montage : Marie-France Cuenot. Son : David Chaulier, Laure Arto-Toulot et Manuel Maury. Musique originale : Ahmet Gülbay. Interprétation : Anaïs Demoustier, Yamin Gougmar, Tony Verzele, Sandor Funtek, Pénélope Lévêque, Martin Loizillon et François Raffenaud. Production : CRIPS - Centre Régional d'Information et de Prévention du Sida.

À retrouver dans

Focus sur...