Extrait
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Zakaria

Leyla Bouzid

2013 - 27 minutes

France - Fiction

Production : Barney Production

synopsis

Zak vit dans un village du Gard. Il y mène une vie tranquille avec sa femme et ses deux enfants. Apprenant la mort de son père en Algérie, il décide de s’y rendre avec sa famille. Sarah, sa fille, refuse de l’accompagner.

Leyla Bouzid

Leyla Bouzid a grandi à Tunis, où elle est née en 1984.

Fille du cinéaste Nouri Bouzid, elle part en 2003 à Paris pour étudier la littérature française à la Sorbonne, puis intègre la Fémis, en section réalisation. En 2011, elle réalise Soubresauts, son film de fin d’études, en Tunisie quelques mois avant la révolution. 

Leyla Bouzid choisit ensuite de tourner dans le sud de la France un nouveau court métrage, Zakaria, avec des comédiens non professionnels. À peine j'ouvre les yeux, son premier long métrage, est ensuite sélectionné dans de nombreux festivals internationaux, remportant plus de quarante prix en 2015 avant de connaître un vrai succès d'estime lors de sa sortie en salles, quasi simultanée en France et en Tunisie.

Son deuxième long métrage, Une histoire d’amour et de désir, est présenté en clôture de la Semaine de la critique, au Festival de Cannes 2021, avant de sortir en salles au tout début du mois de septembre.

Critique

La présentation du nouveau long métrage de Leyla Bouzid Une histoire d’amour et de désir – c’est son deuxième… – en clôture de la Semaine de la critique 2021, à Cannes, installe la jeune réalisatrice franco-tunisienne en figure de proue du jeune cinéma du Maghreb, aux côtés de Sofia Djama et Kaouther Ben Hania. Une riche présence féminine, donc, parfaitement justifiée et que reflète cette filmographie faisant la part belle à des figures de jeunes femmes souvent farouches et en lutte contre l’adversité, la domination masculine ou patriarcale, les traditions culturelles et religieuses. 

À peine j’ouvre les yeux, premier long sélectionné à la Mostra de Venise en 2015, mettait en scène une pétillante lycéenne manifestant déjà une soif de liberté affirmée, entre son groupe rock volontiers engagé et une idylle amoureuse mettant en jeu sa virginité, centre de gravité de l’honneur familial en terre musulmane (mais pas seulement…). La période dans laquelle s’enracinait l’action était celle qui précédait la révolution de décembre 2010/janvier 2011, alors que la réalisatrice était pour sa part étudiante à la Fémis. 

Après son film de fin d’études, Soubresauts, elle signait en 2013 Zakaria, tourné en France et s’intéressant aussi à une jeune fille de dix-huit ans, Sarah, d’origine nord-africaine – algérienne, pour le coup – par son père et se voyant d’un coup placée face à cet héritage jusque-là sans importance à ses yeux  : s’apprêtant à passer le bac et vivant l’existence d’une adolescente occidentale de son âge, elle refusait tout net de “retourner au bled” pour les obsèques de son grand-père, ne serait-ce que dix jours, n’ayant jamais connu cette terre et cette famille à la présence aussi floue que lointaine.

L’enjeu du film réside ainsi dans la relation père/fille mise à nu, Zakaria comprenant mal ce rejet sans appel, quoiqu’il ne soit pas a priori spécialement à cheval sur la question. C’est d’ailleurs la vertu majeure et éclatante de l’écriture de ce personnage que de contourner les représentations habituelles à l’écran de la figure du père issu de l’immigration nord-africaine : bonhomme, présent dans la communauté villageoise du bistrot à son statut de coach de l’équipe de foot, il n’est pas spécialement taiseux et ne dissimule pas, “par pudeur”, son affection envers ses enfants. 

Mais sa prise de conscience est forte, coïncidant avec la disparition symbolique de ce père avec qui il avait coupé les ponts – pas de traversée estivale de la Méditerranée en famille : c’était le lot de la génération précédente – et, dans le même temps, avec l’expression de ce racisme latent des territoires du sud de la France où l’extrême-droite prospère et enregistre certains de ses scores électoraux les plus élevés. 

Le film rejoint ainsi le constat dressé par Saïd Hamich, producteur et coscénariste du film, dans sa propre et plus récente réalisation Retour à Bollène (2018). Zakaria se déroule dans la même région, dans le département du Gard et effleure entre autres le motif d’une xénophobie ordinaire, bête et (car  ?) banale, notamment au sein de certaines franges populaires – voir la séquence du bar – et d’une jeunesse lambda où un lapidaire “sale Arabe” peut être balancé entre coéquipiers d’un même club de foot. 

D’où est Zak  ? D’ici – beaucoup – et de là-bas – un peu. Quand il apprend au téléphone le décès de son père, il marche au beau milieu d’une vigne, image d’Épinal du terroir hexagonal. Mais dans la glace, excédé vis-à-vis de sa fille rebelle, il lui lâche qu’elle n’a pas une tête, ni des cheveux de Française… Il est toujours salutaire que la fiction vienne nuancer ce que la politique se refuse à faire, surtout dans un contexte pré-électoral à hauts risques. Rencontrer “Zak” tombe ainsi à pic, pour chacun(e) de nous. 

Christophe Chauville 

Réalisation : Leyla Bouzid. Scénario : Leyla Bouzid et Saïd Hamich. Image : Sébastien Goepfert. Montage : Lilian Corbeille. Son : Daniel Capeille et Paul Jousselin. Interprétation : Saïd Ahmama, Célia Mazade, Ayoub Louchi, Béatrice Fernandez, Lucas Vignac et Dylan Agmati. Production : Barney Production.

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