Extrait
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Yandere

William Laboury

2019 - 21 minutes

France - Fiction

Production : Kazak Productions

synopsis

Maïko, la petite amie holographique de Tommy, l’aime d’un amour infini. Jusqu’au jour où Tommy la quitte pour une autre fille, bien réelle cette fois. Submergée par un sentiment inconnu, Maïko découvre le goût de ses propres larmes. Des larmes qui transforment sa chair et lui donnent le goût du sang.

William Laboury

William Laboury est né en 1987. Après des études en Histoire de l’Art, il s'est formé à la Fémis en spécialisation montage.

Il a réalisé les court métrages Hotaru (2015), Fais le mort (2015, Prix Canal+ au Festival de Clermont-Ferrand), Chose mentale (2017, sorti en salles au sein du programme “4 histoires fantastiques”) et Yandere (2019), en parallèle de clips musicaux. Il aime travailler avec toutes sortes d’images, de la 3D au found footage, pour parler d’amour, de virtualité ou de magie.

En 2021, il signe trois clips pour le dernier album de Para One : Machine of Loving Grace.

 

 

Critique

Maïko, l’amante holographique de Tommy, nage en plein bonheur jusqu’au jour où celui-ci tombe sous le charme d’une adolescente bien réelle. Son appartenance à la catégorie des yandere, mot-valise signifiant “malade d’amour”, prend alors tout son sens. Telle une fée clochette moderne, la jeune femme devient folle de jalousie et se montre prête à tout pour éliminer sa rivale. À mesure que sa colère augmente, l’image délaisse progressivement ses couleurs bleues pour adopter un rouge profond, à l’image du feu qui la consume de l’intérieur. La cage de verre dans laquelle elle est enfermée devient trop étroite pour y loger ses tourments et son corps grandissant en ressort bientôt sous forme humaine. 

À travers la voix-off et les plans subjectifs de Maïko, William Laboury confère d’emblée une âme à cet être virtuel. Yandere s’intéresse ainsi à la porosité entre l’humain et le non-humain, également figurée par une image dans laquelle le nouveau couple se détache sur la plage factice d’un fond d’écran. Ce tableau composite se révèle particulièrement éloquent à l’ère contemporaine, où les rencontres amoureuses se font désormais en ligne et où le monde extérieur pénètre de plus en plus depuis l’intimité d’une chambre. Le cinéaste s’abstient pourtant de tout jugement critique à l’égard de son époque pour se concentrer davantage sur l’évolution des personnages.

D’abord captive et soumise au bon vouloir de son “propriétaire”, qui la fait taire ou dormir à sa guise, la protagoniste va en effet peu à peu reconquérir son autonomie jusqu’à se métamorphoser en une véritable guerrière. Si elle en possède la force et l’apparence inspirée des héroïnes de mangas, “son cœur bat encore” : loin des représentations éculées de la froideur martiale, elle ne renonce donc pas à l’amour malgré ses blessures. D’abord opposée à la nouvelle petite amie de Tommy, selon un schéma de rivalité féminine bien connu, la sororité prend finalement le dessus lorsqu’un rapprochement s’esquisse entre les deux femmes. Maïko œuvre dès lors non seulement à sa propre liberté mais aussi à celles des autres yandere, qu’elle débarrasse l’une après l’autre de leurs chaînes. Le cinéaste signe ainsi une émouvante fable féministe, portée par une musique mélancolique et entêtante.

Chloé Cavillier 

­Réalisation et montage : William Laboury. Scénario : Anne Brouillet et William Laboury. Image : Raphaël Vandenbussche. Son : Valentine Gelin, Ophélie Boully, Agathe Poche et Clément Laforce. Interprétation : Ayumi Roux, Gulliver Benhadj et Armande Boulanger. Production : Kazak Productions.

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