Extrait
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Y’a bon ?

Marc Faye

2021 - 4 minutes

France - Animation

Production : Novanima Productions

synopsis

Le 23 février 2005, la radio annonce un projet de loi sur les bienfaits de la colonisation française. Cette annonce vient troubler le quotidien de Louise et de sa famille. Sa maison se révèle être habitée par d’étranges présences.

Marc Faye

Né en juin 1973 à Brive-la-Gaillarde, Marc Faye termine un Master cinéma à Bordeaux 3, avant d'effectuer un DESS Filmer le réel à Nancy 2 en 2000.

Après diverses expériences comme assistant-réalisateur pour différentes sociétés telles que Why Not, Sombrero, La Petite Reine et différents réalisateurs tels qu'Antony Cordier, Raoul Peck, Bernard Stora ou Jean-François Richet, il est aujourd’hui auteur-réalisateur de documentaires de création et de films d’animation.

En 2006, Marc Faye a créé sa propre société de production, Novanima, après avoir réalisé son premier documentaire de création, O’Galop (2009), qui a obtenu le Prix des Étoiles de la SCAM 2010, puis Benjamin Rabier - L’homme qui fait rire les animaux (2012).

En 2015, il coproduit avec Vivement Lundi ! le court métrage d’animation Sous tes doigts de Marie-Christine Courtès, nommé aux César l'année suivante.

En 2021, Marc Faye réalise le court métrage Y'a bon, qui fait partie de Républicature, une série de documentaires d’animation revisitant notre histoire collective.

Critique

Avant Marc Faye, Rachid Bouchareb s’était déjà emparé de cette expression restée tristement fameuse – “Y’a bon !”, liée au slogan et à la mascotte d’une célèbre marque de chocolat en poudre. L’année précédant le triomphe cannois de son Indigènes (2006), le réalisateur avait en effet signé un film d’animation assez âpre, L’ami Y’a bon, qui revenait sur un épisode largement méconnu de l’histoire, à savoir le massacre au sein de l’armée française de tirailleurs sénégalais réclamant fort légitimement leur solde à la fin de 1944. 

La finition de ce film s’inscrivait en outre dans la période précédant immédiatement l’événement qui se trouve au cœur de la courte animation de Marc Faye : le projet de loi sur les prétendus “bienfaits de la colonisation française”, annoncé le 23 février 2005, sous la présidence de Jacques Chirac. Les polémiques n’avaient alors pas tardé, notamment au sujet d’un certain article 4 concernant les programmes scolaires, et c’est l’essence même de cette initiative qui apparaît aujourd’hui insensée, sinon ubuesque, plus de quinze ans après. 

Alors que les motifs afférents à ce point toujours sensible resurgissent en période électorale, la courte œuvre animée proposée par Marc Faye, sélectionnée en 2021 au Festival d’Annecy (en section “perspectives”) et d’une durée de quatre minutes à peine, résonne particulièrement. S’inscrivant dans une série produite par Novanima et abordant d’autres questions politiques ou sociétales cruciales (l’esclavage, les droits de femmes, l’IVG, etc.), Y’a bon ? joue sur le contraste entre sa forme colorée et plutôt bonhomme, aux graphismes ronds, et de spectrales apparitions rappelant la réalité de faits contredisant absolument et directement ce “rôle positif de la présence française outre-mer” proclamé par le texte législatif évoqué. On aperçoit ainsi des images fantomatiques laissant penser à des exécutions sommaires, ou d’autres de cette torture à la “gégène” pratiquée dans les caves durant la guerre d’Algérie…

Un envers du décor fort éloigné des clichés assénés selon la méthode Coué depuis la IIIe République et l’action d’un Jules Ferry, notamment, tout entier acquis à l’idée coloniale. Devant la photo de famille unie figurant dans la cuisine de la maison de Louise, qu’on entend en voix off à la première personne (celle d’une métisse descendante d’un combattant africain mobilisé), on partage le malaise qu’elle invoque : la souriante coexistence des différentes composantes de l’“Empire” français n’aura jamais été qu’un mythe trompeur. Il n’est sans doute pas nécessaire de déboulonner toutes les statues, mais simplement d’assumer un devoir de mémoire en regardant en face notre propre histoire collective, y compris sous ses plus hideuses expressions. 

Christophe Chauville 

­Réalisation, scénario et montage : Marc Faye. Image : Thibaut Bouedjoro. Son : Thomas Gallet et Pascal Bricard. Voix : Sélina Casati et Nicolas Gonzales. Production : Novanima Productions.

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