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Vous m’éblouissez

Marie Madinier

2015 - 11 minutes

France - Fiction

Production : Les Films du Lendemain

synopsis

Simon, en pleine dépression post-rupture s’est trouvé une nouvelle occupation : espionner sa voisine dont il est tombé amoureux. Timide et maladroit, il embarque son frère JB dans son entreprise de séduction hasardeuse. Pour JB, c’est le début des surprises et des ennuis…..

Marie Madinier

Née à Orléans, Marie Madinier intègre en 2011 le département scénario de la Fémis après deux années de classe préparatoire littéraire et un mémoire d’histoire sur “les représentations iconographiques et la symbolique de l’éléphant au Moyen-Âge”.

Elle réalise les courts métrages Les compliments d’amour (2012) et Vous m’éblouissez (2015), avec Alexandre Steiger, Laure Calamy et Damien Chapelle. La même année, elle dirige Charlotte Le Bon et Guillaume Canet dans un premier long métrage qui sera distribué en juin 2016 : Le secret des banquises.

Critique

Premier plan : le visage de Marianne, jouée par Laure Calamy. Elle sort de l’ascenseur et Simon (Damien Chapelle) s’écroule. Sans elle visiblement, il ne tient pas le coup. Elle l’a comme frappé par la foudre, c’est ce que confie la voix-off en chuchotant. Son discours ne colle pourtant pas aux images qui montrent une Marianne indifférente à l’existence même de son voisin. Le deuxième court métrage de Marie Madinier joue avec ce décalage, et plus que cela, l’utilise pour évoquer la douleur et sa gestion.

Indifférente, Marianne cesse de l’être lorsque Simon la dérange dans son quotidien en l’éblouissant malencontreusement avec une psyché et un amour mal placés. Espionnage aux lunettes infrarouge et réflection de miroir en fenêtre, le voyeurisme est mis en avant par tous les moyens possibles, le surcadrage souligne la distance entre les deux personnages, malgré les efforts de Simon pour la réduire. Nous devrions à ce stade rejeter ce personnage masculin vicieux. Mais l’entrée en scène de son frère, Jean-Baptiste, change la donne. Une seule de ses répliques suffit à nous rendre Simon attachant. “Mais tu t’es lavé, toi…” : par ces mots, JB nous fait comprendre le caractère exceptionnel de la chose, et le lien de cause à effet entre l’obsession de son frère et son effort pour prendre soin de lui.

Le film bascule alors, d’une histoire qui aurait pu être malsaine à la description d’un jeune homme touchant, qui essaie de se remettre d’une dépression en passant par l’expression extrêmement maladroite de ses sentiments. L’oppression et l’état de Simon sont palpables dans le plan : il se retrouve coincé entre des meubles, écrasé par le cadre, réduit à ramper pour ne pas se faire voir. Mais le film ne tombe jamais dans l’apitoiement. Au contraire, il joue avec les contrastes et le ton reste léger et même drôle. On ne peut pas en vouloir à Simon qui est dans une mauvaise passe. On aime voir JB se dépatouiller entre son frère et sa voisine. On apprécie Marianne pour la gestion de la situation avec calme et humour cinglant (lorsque son espion et elle échangent des DVD, elle n’hésite pas à envoyer un film qu’on se doute être pornographique). Ces échanges, qui passent par l’intermédiaire de JB, sont provocants, d’abord verbalement, puis médiatiquement. Marie Madinier nous interroge sur le caractère parfois essentiel du mensonge. Pour aider son frère. Pour se soigner. Mais jusqu’où peut-il aller ? Jusqu’où ira Simon dans l’illusion de cet amour ? Jusqu’à ce que, dans une scène finale virtuose, il fasse quelque chose d’assez fou pour regagner confiance en lui, qu’il oublie le monde et qu’il s’offre tel un cadeau entouré de lampions, en donnant un strip-tease à sa fenêtre. Et que, dans un retour brutal à cette réalité que même le spectateur avait oubliée, tout le voisinage l’applaudisse.

Anne-Capucine Blot

Réalisation : Marie Madinier. Image : Pascal Marti. Montage : Julia Grégory et Emma Benestan. Son : Jean-Barthélémy Velay, Marion Papinot et Gaël Eléon. Interprétation : Laure Calamy, Damien Chapelle et Alexandre Steiger. Production : Les Films du Lendemain. 

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