Extrait
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Virtuelle

Léopold Kraus

2019 - 23 minutes

France - Fiction

Production : Topshot Films

synopsis

Comme tout le monde à son âge, Alice vit à cheval entre la réalité et les réseaux sociaux. Un jour, son ex poste en ligne une de leurs anciennes sextapes pour se venger. Son image virtuelle est brisée et Alice est dévastée.

Léopold Kraus

Né à Paris en 1998, Léopold Kraus se passionne pour le cinéma, la philosophie et la littérature.

En 2016, il est lauréat de la bourse Beaumarchais-SACD, obtient son baccalauréat et réalise dans la foulée Grain de poussière, son premier court métrage.

En 2019, Léopold Kraus signe un deuxième court métrage remarqué dans de nombreux festivals : Virtuelle.

En novembre 2021, Gabriel Rose, son troisième court métrage, est diffusé sur Canal+. 

Critique

Dans Virtuelle, comme dans Grain de poussière deux ans plus tôt, Léopold Kraus filme les problématiques liées à cet âge si singulier qu’est l’adolescence. Inspiré par un fait réel, il dépeint ici les conséquences dévastatrices des violences subies en ligne par le prisme du revenge porn. Fléau des temps modernes, cette pratique qui consiste à se venger d’une personne en diffusant des contenus sexuellement explicites, dans un but évident d'humiliation, touche particulièrement la jeune génération. Si les ados s’expriment sans filtre sur les réseaux sociaux dont ils maîtrisent les codes, ils s’exposent également aux dérives que présente la frontière ténue qui sépare l’image virtuelle de la vie réelle.

C’est le cas de l’héroïne, Alice, qui porte le film avec une évolution émotionnelle remarquable. Elle traverse un concentré de réactions à vif qui témoignent du profond bouleversement qu’elle vit comme une fracture dans son développement de jeune femme lorsqu’elle voit un pan de son intimité dévoilé publiquement. Le film met à nu sa vulnérabilité et témoigne d’une résilience tout au long de son cheminement. 

Oscillant entre des plans cinématographiques et d’autres filmés au téléphone, le réalisateur nourrit son film d’un format immersif et parvient à saisir avec force ces moments existentiels où tout semble se jouer. Le travail de postproduction reproduit cet affichage constant de notifications qui rythment le quotidien  : messages, appels FaceTime, course aux “likes” sur Instagram... Ces inserts à l’écran permettent de créer une chronologie dans le récit, une story en ligne qui se construit au fil des interactions avec les copains et des relations qu’ils entretiennent. Le cinéaste recrée un monde où tout est question de voir et d’être vu, d’observation et de passage à l’acte. C’est toute une mécanique du fonctionnement en groupe, dans lequel chacun cherche à trouver une place.

Les dernières minutes font la force du film avec un plan-séquence capturé au téléphone, qui témoigne avant tout d’un suicide social et de la manière dont la protagoniste reprend contrôle sur l’emprise dans laquelle l'enferme son image virtuelle. Le récit s’inscrit dans les problématiques nouvelles de cette génération et donne ainsi une visibilité supplémentaire aux nombreux témoignages d’adolescent(e)s victimes de cyber violences, plus largement médiatisés depuis ces dernières années bien qu’ayant longtemps souffert d’un vide juridique. Loin de se vouloir réactionnaire ou réfractaire à l’omniprésence des réseaux, le film exprime simplement la volonté de parler de ce phénomène social.

Léa Drevon 

Réalisation et scénario : Léopold Kraus. Image : Raphaël Vandenbussche. Montage : Manon Falise. Son : Tristan Pontécaille et Séverin Favriau. Interprétation : Marie Zabukovec, Théo Cholbi, Alice Berger, Valentine Von Hörde, Romain Guillot et Paolo Rodriguez. Production : Topshot Films.

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