Extrait

Violente

Christophe Blanc

1991 - 30 minutes

Fiction

Production : Les Films du Fleuve

synopsis

Ariane, une jeune femme accompagnée de sa petite fille Alice, descend dans le Sud pour retrouver ses parents qu’elle a quittés depuis des années. Elle ne les reverra pas. Elle suivra Charles, un homme qu’elle connaît à peine, dans un rendez-vous dangereux.

Christophe Blanc

Christophe Blanc est né à Saint-Vallier, dans la Drôme, le 1er août 1966. Après des études de photographie à Arles et d’audiovisuel à Marseille, il se tourne vers la réalisation et se distingue dès son premier court métrage, Violente, qui reçoit de nombreuses récompenses, notamment le Grand Prix du premier Festival Côté court de Pantin en 1992. Il enchaîne avec un moyen métrage, Faute de soleil, qui est présenté en 1995 à la Quinzaine des réalisateurs, dans la section aujourd’hui disparue “Cinémas en France”, au Festival de Cannes. En 2000, Une femme d’extérieur, son premier long métrage, offre à Agnès Jaoui l’un des ses plus beaux rôles et rencontre un bel accueil critique et public. Depuis, Christophe Blanc se partage entre œuvres unitaires de prestige pour la télévision (Une grande fille comme toi, coproduit par Arte et présenté à la Berlinale dans la section Panorama en 2003, ou encore Goldman, réalisé en 2013 pour Canal+ et interprété par Samuel Benchetrit) et des projets pour le cinéma, comme Blanc comme neige qui réunit en 2010 François Cluzet, Olivier Gourmet, Louise Bourgoin, Bouli Lanners et Jonathan Zaccaï. Dix ans seront nécessaires au cinéaste pour revenir avec un nouveau film, Just Kids, qui retrace l’histoire de jeunes gens trop tôt confrontés au deuil de leurs parents et cherchant à sortir la tête de l’eau, à l’instar des personnages de la plupart de ses films. Entretemps, il aura notamment coécrit le moyen métrage Animal sérénade de Béryl Peillard (2013). Il intervient aussi régulièrement aux ateliers Émergence.

Critique

Il est encore des courts métrages qui refusent d'être de simples entreprises de séduction. C'est la bonne nouvelle que nous apporte Violente. Christophe Blanc appartient à une espèce en voie de disparition : celle des débutants qui, au lieu de commencer par la fin (en faisant du cinéma pour plaire à tout prix à leur spectateur), prennent leurs marques sans tricher sur une vraie ligne de départ (en faisant du cinéma pour vivre une histoire – d’amour – avec ce qu'ils filment).

Avec Violente, ce rapport à l'image ne se contente pas d'être juste, il est aussi d'une bizarrerie totale et d'une originalité stupéfiante car ce que filme Christophe Blanc n'est rigoureusement pas aimable. Violente est en effet une violente descente dans un réel qui vous déprime à la vitesse d'une lumière blafarde, celle du sud de la France, plus morose et plus sordide qu'on ne l'a jamais vu. C'est là que pourrissent, dans un hôtel minable, une femme, une enfant et un homme, et c'est sur un petit trafic de la dernière chance qu'ils misent pour changer de vie.

Losers définitifs, la poisse du monde et du manque – d'amour, d'argent – leur colle à la peau. Sur ces corps fatigués et fragiles, sur leur laideur (l'homme nu, malingre et adipeux à la fois, dans une salle de bains froide : une image radicale de l'antidote érotique), Christophe Blanc ne ferme pas les yeux. Il les caresse brutalement du regard, il s'agrippe à ces personnages dénués de tout et c'est peu dire qu’en retour on s'attache aussi beaucoup à eux. Jamais obscène dans son projet d'approcher de manière quasi tactile la vérité d'une vie exsangue, le film installe un climat d’étrangeté et d'anxiété toujours dérangeant. Et pour cause : c'est l'insidieuse arrivée de la mort qui se joue sous nos yeux. Et ce n’est pas rien. Réussir à mettre en scène ce cauchemar éveillé, hanté par une beauté secrète et venimeuse, savoir mêler à ces sensations souterraines l’efficacité d'un film de genre (Violente frôle sans cesse le polar, le thriller, le suspense, la folie, le dérèglement) et la délicatesse d’un beau portrait de femme (interprétée par une actrice admirable, Françoise Descarrega), c’est être, en un mot, cinéaste.

Frédéric Strauss

Article paru dans Bref n°12, 1992.

Réalisation et scénario : Christophe Blanc. Image : Pascal Poucet. Montage : Mariette Gutherz. Son : Stéphane Larrat. Musique originale : André Serre. Interprétation : Françoise Descarrega, Jean-Jacques Benhamou et Roxane Le Bouc. Production : Les Films du Fleuve.

Ce film a été récemment numérisé par L'Agence du court métrage.

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