Extrait
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Versailles Rive Gauche

Bruno Podalydès

1992 - 45 minutes

France - Fiction

Production : Flagrant Délit Productions

synopsis

Un jeune Versaillais reçoit à dîner une jeune Parisienne. Suite à un crescendo d’événements inattendus, la soirée va être complètement bouleversée.

Bruno Podalydès

Né en 1961 dans les Hauts-de-Seine, Bruno Podalydès est réalisateur, scénariste et acteur. 

Titulaire d'une maîtrise d'audiovisuel à Paris 8 sur les images de synthèse, Bruno Podalydès réalise en 1986 Albert Capon mécanicien, premier volet d'une série de films qu'il aurait aimé voir se poursuivre, avec son frère cadet Denis dans le rôle d'un homme aux cent métiers, l'Antoine Doisnel du film d'entreprise” selon ses propres termes. 

En 1991, Versailles Rive Gauche obtient, entre autres, le Prix SACD à Cannes-Cinémas en France, le César du court métrage et le Prix du public au Festival du film d'humour de Chamrousse (disparu depuis) et à celui de Clermont-Ferrand. Il sort également en salle au Saint-André des Arts à Paris.

C'est en 1997 que Bruno Podalydès tourne son premier long métrage : Dieu seul me voit (Versailles Chantiers). Liberté-Oléron suit en 2001.

Il enchaîne ensuite deux adaptations de romans de Gaston Leroux, Le Mystère de la chambre jaune (2003) et Le parfum de la dame en noir (2005), avant de revenir à sa trilogie versaillaise avec Bancs publics (Versailles Rive Droite) en 2009.

Les années 2010 le voient embrayer sur deux succès critiques, Adieu Berthe, l'enterrement de mémé (2012) et Comme un avion (2015), avant qu'il surprenne quelque peu en se lançant dans une adaptation en prises de vue réelles des aventures de Bécassine en 2018.

En 2021, il réalise et interprète Les 2 Alfred, dont son frère Denis Podalydès tient à nouveau l'un des rôles principaux. 

Critique

Certains se souviendront peut-être que le 17 juin 1992 deux moyens métrages sortaient discrètement en salles de cinéma. D’un côté Carne de Gaspar Noé (présenté à la Semaine de la critique l’année précédente), de l’autre Versailles Rive Gauche de Bruno Podalydès (présenté un mois plus tôt dans la section cannoise Cinémas en France). Deux films extrêmement dissemblables à tous points de vue, mais ô combien importants tous deux dans la carrière de leur auteur respectif. Il n’était pas si courant alors que des moyens métrages soient distribués en salles. Et ces deux sorties concomitantes firent longtemps référence (suivies, quelques années plus tard, par les louables initiatives de distributeurs comme Magouric, Shellac puis Niz !). La filmographie des deux cinéastes poursuivra d’ailleurs ces années-là une étonnante trajectoire parallèle puisque tous deux signeront presque en même temps un premier long faisant office de suite ou de variation autour du même acteur/personnage que dans le moyen métrage qui les révéla : Dieu seul me voit sortant en juin 1998 et Seul contre tous quelques mois plus tard, en février 1999. 

Mais revenons aux tout premiers pas des frères Podalydès au cinéma, après quelques films d’entreprise réalisés par Bruno. Lequel expliquait dans le dossier que Bref n°126 consacra à Versailles Rive Gauche comme l’envie de tourner cette première fiction fut spontanée et soudaine, consécutive à une visite en tant que spectateur au Festival Entrevues de Belfort en 1990. Si le film imposa d’emblée un ton, des obsessions et un personnage, on y voit s’agglomérer une troupe qui n’aura ensuite plus quitté le cinéaste trente ans durant. Les visages et la drôlerie d’Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté ou Michel Vuillermoz sont aujourd’hui tellement indissociables de la belle filmographie de Bruno Podalydès que l’on peine – tant l’alchimie des personnages vibrionnant autour de Denis Podalydès fonctionne déjà à plein rendement – à réaliser que tous ceux-là ne se rencontrèrent que sur le tournage de ce premier film, lequel, entre autres mérites, scella des amitiés durables. 

Merveille d’écriture, d’ingéniosité et d’économie, Versailles Rive Gauche fait d’un appartement minuscule le terreau d’un burlesque aux douces volutes mélancoliques. Il part d’une gêne injustifiée et triviale (que l’aimée n’entende pas la chasse d’eau que l’on tire) qui déclenche une réaction en chaîne, faisant dérailler le programme de séduction sagement ordonné d’un jeune homme un peu trop maniaque. 

D’abord, donc, quelques minutes pour faire connaissance avec Arnaud et ses obsessions (les mêmes que celles du réalisateur : le film est d’ailleurs dédié à Hergé, annonçant par là le merveilleux diptyque du cinéaste consacré au reporter Rouletabille) et tout le reste du film pour défaire son plan, pour que se succèdent les fâcheux, les intrus, l’alcool, la musique et la fête. Soit l’imprévu, le hasard – en un mot, la vie – auquel le personnage incarné par Denis Podalydès, engoncé, mal à l’aise, trop près de son programme et du film qu’il s’est fait – ne saura s’adapter. On se souviendra longtemps de ses mouvements involontairement robotiques cherchant à mimer l’enthousiasme de la danse quand Claire, s’amusant avec d’autres, commence à lui échapper. 

Quand bien même – et c’est le propre des comédies romantiques – l’empêchement n’est souvent qu’une péripétie, une convention, et on a envie que cela se termine bien, qu’Arnaud embrasse enfin Claire, que le programme de séduction finement élaboré dans les premières minutes du film, quoique ébranlé par les casse-pieds et les maladresses, puisse finalement se réaliser. Mais toute la finesse du cinéaste, déjà, est de ne pas répondre à cette attente, de choisir de terminer sur une note douce-amère, laquelle nous laisse regretter ce qui n’advint pas, empathiques envers deux aimables solitudes rendues au petit matin. 

Stéphane Kahn 

­Réalisation et Scénario : Bruno Podalydès. Image : Pierre Stoeber. Montage : Marie-France Cuenot. Son : Éric Grange et Éric Ferret. Musique originale : Dominique Paulin. Interprétation : Denis Podalydès, Isabelle Candelier, Philippe Uchan, Michel Vuillermoz, Ariane Pirié, Jean-Noël Brouté, Bruno Podalydès, Pierre Stoeber, Catherine Vuillez, Bernard Lévy et Dominique Esnault. Production : Flagrant Délit Productions.

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