Extrait
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Va-t’en tristesse

Marie-Stéphane Imbert, Clément Pinteaux

2019 - 27 minutes

France - Documentaire

Production : Année zéro

synopsis

Clara et Marina ont 17 ans et vivent à Charleville-Mézières, dans les Ardennes. L’une ne sort plus beaucoup de chez elle. Quelque chose ici la rend malheureuse. L’autre ne vit que pour la boxe, elle rêve de devenir championne. Sans se connaître elles se ressemblent.

Marie-Stéphane Imbert

Après des études de lettres, Marie-Stéphane Imbert entre au département scénario de la Fémis, où elle se consacre à l’écriture de longs métrages.

Parallèlement à ses études, elle réalise en 2015 son premier film, Je marche beaucoup, un moyen métrage produit par Everybody on Deck et sélectionné au Rencontres européennes du moyen métrage de Brive et au Festival Côté court de Pantin.

Elle participe à l'écriture du scénario du court métrage Gabber Lover (2016) d'Anna Cazenave Cambet et collabore à celle du moyen métrage de Stéphane Demoustier Allons enfants (2018).

En 2017, Marie-Stéphane Imbert réalise son film de fin d'études à la Fémis : Lettres à Adja. Après quoi elle signe, en 2019, le court métrage Va-t'en tristesse avec Clément Pinteaux.

Le film vaut un double prix d’interprétation féminine à ses deux jeunes actrices, Clara Latmer et Marina Brunel, au Festival Côté court de Pantin en 2020 ainsi que le Prix du jury au Festival Partie(s) de campagne d'Ouroux-en-Morvan la même année. 

 

Clément Pinteaux

Clément Pinteaux intègre la section montage de la Fémis en 2014 et rencontre lors de son cursus Marie-Stéphane Imbert. Ensemble, ils mettent en place une étroite collaboration. 

En 2019, il réalise son premier court métrage, qui est aussi son film de fin d'études : Des jeunes filles disparaissent sur lequel Marie-Stéphane Imbert l'aide à l’écriture, tandis qu'il l'aide pour le montage de son film Lettres à Adja (2017).  Va-t’en tristesse (2019) est le premier film qu’ils réalisent ensemble.

Critique

Il existe une poésie de la porosité là où palpite le cinéma. On pourra bien alors parler de coupes, de cadres qui isolent, d’angles et d’axes ; l’émotion ne cessera cependant jamais de naître de ces échos intestins où ce qui a été inonde sourdement ce qui est.

Ainsi de ces deux visages, si lointains – aux lasses boucles brunes ou à la déterminée tresse de boxeuse – et néanmoins si proches qu’on les confondrait. C’est Clara et c’est Marina, adolescentes silencieuses aux joues encore rebondies et aux yeux graves et sans fond. Dans l’obscurité fondue d’une adolescence où les repères s’évanouissent, Va-t’en tristesse entremêle les errances de ces deux jeunes filles à la recherche éperdue d’elles-mêmes.

Dans leur combat ou dans leur abandon face aux heurts de leurs existences, elles prolongent alors cette autre qu’elles ignorent. Leurs rencontres se font ainsi écho entre tonalité documentaire (elles conservent leurs prénoms et le secret de leur intériorité) et ressorts démiurgiques : les ombres du rauque Pierrot et de la mère inquiète se répondent, l’attentif professeur de boxe et le mystique jeune homme se réfléchissent, tandis que blessure intime et blessure physique sont renvoyées l’une à l’autre. Tous se mettent ainsi singulièrement en lumière et creusent alors d’infinis sillons reliant entre elles ces trajectoires qu’a priori tout oppose.

Souvent isolées par le cadre, perdues dans un environnement dépeuplé où l’altérité n’existe plus que dans quelques traces (une photo ou un mot) et condamnées au silence de l’introspection, Clara et Marina apparaissent donc indéniablement et sensiblement seules ; derrière, toutefois, il y a le cinéma qui travaille et c’est alors que Va-t’en tristesse conquiert toute son ampleur. Les espaces que ses héroïnes habitent (une maison en périphérie, une tour HLM), bientôt s’y poursuivent et s’enchâssent, leurs expériences se croisent et leurs troubles singuliers, alors exaltés par un montage souple aux échos tant visuels que sonores, s’étendent en une tristesse profonde et partagée, envahissant chaque cadre d’une dense et pesante vacuité.

Là, rien n’est donc net et tout est perméable : on est à Charleville-Mézières et Marina porte un maillot de Paris, la quatre-voies qui saigne l’horizon ancre l’ici autant qu’elle appelle l’ailleurs, et les antithèses découvertes recèlent moult correspondances que chacun est alors libre d’explorer.

Claire Hamon

Article paru dans Bref n°126, 2021.

Réalisation, scénario et montage : Marie-Stéphane Imbert et Clément Pinteaux. Image : Juliette Barrat. Son : Mikhaël Kurc, Zoé Perron et Saoussen Tatah. Musique originale : Pauline Rambeau de Baralon. Interprétation : Marina Brunel et Clara Latmer. Production : Année Zéro. 

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