Une fille comme toi
Nathalie Dennes
2024 - 18 minutes
France - Fiction
Production : The Living, Kalpa films
synopsis
Loïs boxe. Mais cela ne l’aide pas beaucoup à se rapprocher des garçons. Autour du terrain de foot, elle s’entraîne à aller au contact.
biographie
Nathalie Dennes
Née en 1984, Nathalie Dennes a étudié à Sciences Po Bordeaux, avant de travailler dans le domaine de la production, notamment chez MK2 aux côtés de Charles Gilibert.
Elle est intervenue comme productrice, sur des courts métrages (comme Plein ouest d'Alice Douard en 2019, Pavane de Pauline Gay en 2023 et Praia de Pedra de Sofia Bost, 2024) comme sur des longs, après avoir fondé sa propre société, The Living, en 2017.
Elle a écrit et réalisé Une fille comme toi en 2024. Coproduite avec Kalpa Films, cette première œuvre a fait partie de la sélection compétitive officielle du Festival de Grenoble 2025 et de celle du Festival Format court, à Paris, tout en étant alors également en lice pour les Prix Unifrance du court métrage.
Critique
Une fille comme toi. L’expression, venant d’un(e) autre, peut prendre des accents blessants. Sous-entendu, une fille particulière, pas comme les autres – et pas dans le bon sens. Par exemple, “Qui pourrait bien vouloir d’une fille comme toi ?” Une pauvre meuf, autrement dit. Sauf que dans le cas de Loïs, dans le premier court métrage de Nathalie Dennes, c’est sans doute elle-même qui lutte potentiellement contre cette pensée. Parce qu’elle fait de la boxe, une discipline – sacrément dure – que beaucoup considèrent encore en 2026 comme un “sport de mecs”. Et si elle aime la pratiquer, s’entraînant sans jamais faire semblant, Loïs a des désirs de son âge. Celui de tomber amoureuse, par exemple, et il se trouve que le coach de l’équipe de foot évoluant sur le stade qui jouxte le gymnase ne la laisse pas de marbre…
Une fille comme toi assume d’aller tutoyer le registre de la romcom, souvent miné tant il a été rincé dans tous les sens. Mais la réalisatrice parvient à surprendre, d’abord dans l’écriture de son personnage. La jeune fille n’a pas froid aux yeux, au-delà de sa réserve, sinon de sa timidité apparente. Elle traîne dans les gradins, autour du terrain, fait mine de faire des assouplissements ou des escaliers, même si la manœuvre est souvent un peu grossière. Mais elle est là, ne se défile pas devant les commentaires lourdauds qui fusent ; elle mate et soutient le regard. C’est là que la charnière narrative s’huile parfaitement : on inverse les emblèmes présumés des genres. Ceux d’une fémininité finalement tout en confiance et prenant les choses en main, pouvant choisir sa “proie” après un imprévu (l’entraîneur, plus âgé, est marié et l’éclat de l’alliance de sa jeune épouse n’échappe pas à l’œil de lynx de l’apprentie boxeuse). Et ceux, en écho, d’une masculinité sensible, éventuellement confuse ou un prénom est occulté par un numéro, à la manière de celui qui orne le dos des maillots. Quand Loïs a finalement jeté son dévolu sur l’un des joueurs et provoqué une rencontre et une première conversation, elle serait prête à avancer la joue, sinon les lèvres, quand le gaillard lui tend une main pour dire au revoir… Ce jeu avec les représentations de la comédie sentimentale, de plus en plus exploré (voir aussi ce qu’un Martin Jauvat a pu mettre en place dans son récent Baise-en-ville) fonctionne au millimètre grâce à la découverte d’une jeune comédienne épatante, Bétina Flender, revue depuis dans un autre court métrage, Palmivore de Juliette Ihler-Meyer. Elle est à la fois crédible en boxeuse “qui en veut” et en chercheuse d’amour gracieuse et effrontée. Une fille comme elle, ça se remarque.
Christophe Chauville
Réalisation : Nathalie Dennes. Scénario : Jeanne Aslan et Nathalie Dennes. Image : Eva Bedon. Montage : Baptiste Petit-Gats. Son : Clément Maléo et Clément Laforce. Musique originale : Alexandre de La Baume. Interprétation : Nina Aboutajedyne, Bétina Flender, Killyan Guechtoum-Robert, Curtis Koubaka Tourillon et Joseph Olivennes, Elyjah Timera. Production : The Living et Kalpa Films.


