Extrait

Sur la touche

Kahina Ben Amar

2022 - 20 minutes

France - Fiction

Production : Don Quichotte Films

synopsis

Amra a quitté récemment sa famille pour faire ses débuts de footballeuse professionnelle. Mais ses grands-parents qui l’ont élevée ne sont plus tout jeunes et elle n’est pas sûre que sa jeune sœur soit digne de confiance. Inquiète, elle retrouve les siens le temps d’un week-end.

Kahina Ben Amar

Kahina Ben Amar est originaire de Ris-Orangis (Essonne). En 2015, grâce à l'association 1000 visages; ainsi qu'à une bourse de la Fondation France Télévisions dont elle était lauréate, elle réalisait son premier court métrage : Inès, yu vas où ?

En 2016, elle signait Rageuses, un court métrage interprété par Lyna Khoudri – dans l'un de ses premiers rôles – et par sa sœur Inès Asnoun, mené à bien dans le cadre de la Résidence de la Fémis. Sur la touche suivait en 2022. Ce premier court métrage produit par une société de production, en l'occurrence Don Quichotte Films, est alors projeté au Festival Cinébanlieue, puis à Premiers Plans, à Angers, en 2023.

On a pu aussi la voir, créditée comme Kahina Asnoun, dans le court métrage d'Holy Fatma Règlement de compte en 2014.

Critique

Amra, footballeuse professionnelle, rend visite à ses grands-parents et sa sœur avec lesquelles elle a grandi : un de ses matchs ayant été annulé, elle leur fait la surprise de venir un week-end. Comme le grand-père est malade, son autre petite-fille, Neila, et sa femme, Hadjila, s’occupent de lui. Mais l’une est jeune et peut-être insuffisamment responsable ; l’autre, âgée et peut-être fatiguée. Amra a peur pour eux.

Court métrage d’une vingtaine de minutes, Sur la touche est un film trompeur. D’abord parce qu’on pense regarder une histoire sur le football féminin alors qu’il s’agit plutôt d’un épisode dans la vie d’une famille ; ensuite parce que les responsabilités et la culpabilité ne sont pas où on les attend. C’est toute l’intelligence du film : nous faire croire que nous sommes du côté d’Amra, puis nous rendre Neila sympathique et nous faire comprendre progressivement que la vérité est ailleurs. La vérité est toujours plus compliquée.

Amra est le plus souvent filmée seule, faisant du sport, concentrée, avec de la musique, comme si elle était dans une bulle. À certains moments, les chansons sont extra diégétiques, mais à d’autres, Amra porte ses écouteurs, renforçant encore ce sentiment. Elle débarque sans prévenir dans sa famille et tous les plans où elle l’observe éveille un malaise. La footballeuse est placée dans la position de la voyeuse. Elle voit des parties de l’appartement, pas beaucoup éclairées ou dans le noir, des cadres serrés, voire des images floues, jusqu’au visage de sa grand-mère coincé entre deux portes, alors qu’elle se brosse les dents. Ces fragments sont comme des pièces d’un puzzle qu’elle doit reconstituer pour comprendre ce qui se passe là où elle habitait. Elle ne fait plus partie de ce quotidien et le film se termine avec un plan de la jeune fille dans l’embrasure d’une porte. La réalisatrice se sert de cette inversion pour montrer que c’est elle qui est coincée dans ses préjugés sur sa sœur et sa grand-mère, comme exclue de sa propre famille. C’est la méfiance d’Amra qui a conduit à ce que son grand-père se perde – c’est même sa présence puisque la grand-mère n’aurait pas laissé son mari seul si elle n’avait pas pensé qu’Amra était avec lui. En jouant ainsi avec les perspectives, Kahina Ben Amar nous place face à nos idées reçues et nous invite à nous situer dans le regard de l’autre avant de le juger, en tout cas à prendre un peu de recul.

Anne-Capucine Blot

Réalisation et scénario : Kahina Ben Amar. Image : Maxence Lemonnier. Montage : Léa Chatauret, Noémie Fy et Aitor Ibanez Lopez. Son : César Boucheton. Musique originale : Simon Meuret. Interprétation : Inès Asnoun, Zouina Bitta, Rabah Boudaoud et Amira Ould Braha. Production : Don Quichotte Films.

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