Extrait
Partager sur facebook Partager sur twitter

Ultra pulpe

Bertrand Mandico

2018 - 37 minutes

France - Fiction

Production : Ecce Films

synopsis

Station balnéaire abandonnée. Fin de tournage d’un film fantastique sur la fin d’un monde. Deux femmes, membres de l’équipe de cinéma, l’une actrice, l’autre réalisatrice, Apocalypse et Joy, sont sur le point de mettre fin à leur relation amoureuse. Pour pouvoir retenir Apocalypse le temps d’une dernière étreinte, Joy, la plus âgée des deux, raconte à son amie cinq récits crépusculaires. Cinq histoires de filles qui ne veulent pas vieillir, cinq aventures où il est question de science-fiction, vulgarité, nécrophilie et poésie.

Bertrand Mandico

Né à Toulouse, en 1971, Bertrand Mandico sort diplômé de l’école de cinéma d’animation des Gobelins. Après quelques films d’animation aux atmosphères organiques et surréalistes comme Le cavalier bleu (1999, Prix du meilleur projet au Festival international du film d’animation d’Annecy), il se dirige vers la prise de vues réelles, d’abord pour des films de commande, puis pour des courts métrages de fiction aux univers radicaux.

Boro in the Box est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2011, obtient le Grand prix du Festival Curtas de Vila do Conde et le Grand prix Europe et celui du jeune public au Festival de moyen métrage de Brive, l’année suivante. Il sort en salles en 2014, suivi de Living still Life (en sélection officielle à la Mostra de Venise en 2012 et au Festival international du film de Rotterdam l'année d'après) et de Préhistoric Cabaret (Prix du meilleur film expérimental au Festival de Chicago).

Certaines de ses créations filmiques font l’objet d’expositions et d’installations et le programme Hormona sort en salles en 2015, regroupant Notre dame des hormones, Y a-t-il une vierge encore vivante ? et Préhistoric Cabaret.

Réalisateur prolixe, Mandico a tissé avec la comédienne Elina Löwensohn un lien étroit, créant notamment une série de films courts, 20+1 projections, kaléidoscope cinématographique la mettant en scène sous forme de films, vidéos, photographies ou performances.

Il prolonge ses recherches cinématographiques sur différents supports tels que la photographie, le dessin, l’écriture, le travail du son et les collages. En 2012, il publie Fleur de salive, un recueil de dessins aux Éditions Cornelius. Bertrand Mandico a également travaillé sur l’œuvre de Walerian Borowczyk comme co-programmateur de la rétrospective et co-commissaire de l’exposition b. boro. borowczyk. walerian borowczyk (1923-2006), à Varsovie, en 2008.

Son premier long métrage, Les garçons sauvages, est distribué en salles en 2016, recevant le Prix Louis-Delluc du premier film. Le réalisateur revient alors à un format de moyen métrage avec Ultra pulpe, qui accède à son tour aux grands écrans au sein du programme Ultra rêve en août 2018. Puis il signe le court The Return of Tragedy en 2020.

Bertrand Mandico sort son deuxième long métrage After Blue (paradis sale) début 2022. Il est alors déjà en train d'achever le suivant, intitulé Conan la Barbare.

 

 

Critique

La cinéaste Joy d’Amato, interprétée par Elina Löwensohn, ne peut se résoudre à se séparer de sa comédienne Apocalypse lorsque la nuit tombe sur le plateau de leur dernier jour de tournage. Pour la retenir, la muse et double de Bertrand Mandico enclenche, de sa voix grave et solennelle, une fiction pour la retenir et se lance dans des récits enchâssés à la recherche d’émotions perdues où se croisent, en un bal triste, des actrices blasées, sarcastiques, possédées, érotisées, qui ont toutes peur de vieillir. Dans un monde au crépuscule, ce récit de bord de plateau et de fête de fin de tournage réveille des souvenirs de cinéma. La réalisatrice amoureuse, telle Shéhérazade, enchaîne les histoires et fait d’Ultra pulpe un kaléidoscope qui agite les personnages et les décors dans un grand bouillonnement d’images et de références. 

À l’origine texte théâtral de commande en hommage à la science-fiction, Ultra pulpe recycle sa matière première en une collection d’images qui ouvrent des portes sur des cinématographies “bis” ou de genre et convoque l’esthétique des bandes dessinées de Richard Corben, auteur de Métal hurlant auquel il emprunte, outre sa gamme chromatique, le principe d’un monde où tout peut se transformer, où rien n’est stable. Après sa sélection à la Semaine de la critique en 2018, ce moyen métrage a connu une sortie en salles en 2019 orchestrée par UFO. Sous le titre Ultra rêve, il y était associé à After School Knife Fight de Jonathan Vinel et Caroline Poggi et Îles de Yann Gonzalez, films cousins qui recyclent imageries mélancoliques, romantiques ou morbides. Bertrand Mandico retrouvait ici les actrices principales de son premier long métrage (Pauline Lorillard, Vimala Pons, Elina Löwensohn, Nathalie Richard) mais, après les avoir travesti en “garçons sauvages”, il les féminise et érotise à l’extrême, jusqu’à la caricature, les couvrant de vestes aux longs poils, de postiches ou de fluides répugnants.  

Dans cette danse macabre qui englobe tous les âges de la féminité rôde le sentiment de la fin : celle du tournage qui s’achève, et avec lui, le monde factice créé pour le film. Mais surtout celle des actrices qui, soufflant leurs trente-six bougies, entrevoient déjà la destinée périssable de leur corps. Parmi elles évoluent des chimères atemporelles, comme ce singe nommé Gizou, descendant burlesque de la sauvagerie libidineuse de King Kong, ou Cigi, créature poilue et squameuse qui danse, possédée par ses années mortes. “Les images restent, les corps pourrissent.” Au sein de cet espace mental, on se téléporte, on dialogue avec les absents, comme la maquilleuse du tournage (Pauline Lorillard) qui titube, ivre, sur une plage de Mars tandis que sa mère la sermonne. Monde d’oxymore, ce “paradis sale” télescope décors réels et naturels, hybride le féminin et le masculin et devient un bal des morts-vivants qui fait place à une grande séance de spiritisme où sont convoqués les souvenirs des filmographies de Jean Cocteau, JG Ballard, Josef von Sternberg ou Joe d’Amato, dont Ulli (Vimala Pons) raconte qu’elle a découvert, encore enfant, et clandestinement, le cinéma nécrophile cannibale. 

Même si les phallus abondent, comme ces immenses rochers qui trônent sur la place martienne, Bertrand Mandico fantasme un monde dont les hommes auraient presque disparu, tout comme dans son second long métrage, After Blue…, et dans lequel l’émotion naît de la danse languissante de la caméra qu’il porte lui même et dont il caresse les corps, et de la somptueuse musique de Pierre Desprats. L’histoire est finie. Le jour peut se lever. 

Raphaëlle Pireyre 

­Réalisation et scénario : Bertrand Mandico. Image : Sylvain Verdet. Montage : George Cragg. Son : Pierre Desprats et Xavier Thieulin. Musique originale : Pierre Desprats. Interprétation : Lola Créton, Pauline Jacquard, Pauline Lorillard, Elina Löwensohn, Anne-Lise Maulin, Vimala Pons, Nathalie Richard et Jean Le Scouarnec. Production : Ecce Films.

À retrouver dans

Sélections du moment

Autour des sorties

Focus sur...

Thématiques

Bonus

Rencontre avec Bertrand Mandico