Extrait
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Trona Pinnacles

Mathilde Parquet

2020 - 13 minutes

France - Animation

Production : Girelle Production / Novanima Production

synopsis

Gabrielle, une jeune fille de 19 ans, se retrouve coincée près de la Vallée de la Mort entre ses deux parents qui ne s’adressent plus la parole. Tous trois, se sentant pris au piège, essayent de fuir la tension ambiante, dans un décor immense qui leur paraît immuable. La situation semble sans issue, jusqu’à ce qu’un événement inattendu vienne tout désamorcer.

Mathilde Parquet

Née en 1990 à Paris, Mathilde Parquet est diplômée de l’EMCA (École des métiers du cinéma d’animation) à Angoulême, où elle réalise en 2013 son film de fin d’études, intitulé Louis. Elle rejoint ensuite l’école de la Poudrière et y réalise Claude en 2014, puis Petit homme l’année suivante. Ce dernier lui vaudra une sélection en compétition au Festival international du film d’animation d’Annecy en 2016, dans la catégorie des films d'école.

Trona Pinnacles (2020) est le premier film professionnel de Mathilde Parquet, dans lequel elle dresse un portrait très personnel du mal être familial. Il est sélectionné dans de nombreux festivals à travers le monde (Clermont-Ferrand, Zagreb, Oberhausen, Melbourne, Genève, Espinho, Rotterdam, etc.).

Critique

Un chant traditionnel s’élève a cappella. En vue subjective, on progresse entre ce qui semble deux parois rocheuses, vers une lumière dont la blancheur nous éblouit. Comme si nos yeux s’acclimataient lentement, on découvre le paysage spectaculaire de dépouillement et de majesté du désert mojave et de ses impressionnantes colonnes naturelles. 

Avec son premier film produit, Mathilde Parquet (dont le film de fin d’études Petit homme était en compétition au Festival d’Annecy en 2016) entraîne le spectateur dans le parc des Trona Pinnacles pour un singulier road-trip familial. 

Gabrielle, dix-neuf ans, est en voyage avec ses parents. La tension est immédiatement palpable : le père est excédé, la mère aborde un inquiétant sourire crispé. Entre eux, la jeune fille ne sait comment réagir, atterrée et impuissante. 

La réalisatrice pose immédiatement une atmosphère délétère, épaisse et malaisante, qui trouve écho dans le décor grandiose où évoluent les personnages. “C’est le plus bel endroit du monde”, leur déclare la réceptionniste de l’hôtel, enthousiaste et chaleureuse. Mais le cliquetis du ventilateur, les grincements de la poignée de la valise, le froissement des papiers… tout l’univers sonore trahit la dissonance de la situation. Ensemble dans cet endroit spectaculaire et quasi mystique, ils préféreraient être partout ailleurs. Et surtout, seuls. 

Le film retrace alors avec beaucoup de finesse le ressenti de ses personnages, pris au piège dans un décor qui hésite entre promesse d’évasion (les vastes paysages s’étendent à perte de vue, sans rien pour arrêter le regard) et sentiment d’oppression, puisque dans ce désert sans fin, il semble justement ne pas y avoir d’échappatoire possible. Le trio trouvera pourtant la paix à l’issue d’une séquence vertigineuse confrontant chacun avec ses propres limites, à moins que cela ne soit avec lui-même. 

Le montage alterné entre la chambre où s’est enfermé le père, et la voiture qui emporte les deux femmes, amène le récit à son paroxysme. Les parasites de l’écran de télévision semblent envahir à distance l’habitacle du véhicule. Une vitre ouverte provoque une bourrasque jusque dans l’hôtel. La colère de l’homme fait faire un écart à la voiture à des kilomètres de là. Tout se combine étrangement dans ce milieu à la fois superbe et hostile, en apparence uniforme et en réalité insaisissable. 

Mathilde Parquet a fait un magnifique travail sur la direction artistique du film, qui repose sur des techniques d’animation traditionnelle (dessins et peintures sur papier). Le coucher de soleil, les nuances infinies du désert, la nuit étoilée… tout se pare de couleurs profondes, de reflets changeants, de textures travaillées. Cette incontestable ambition artistique vient intelligemment nourrir l’imaginaire du récit, qui passe principalement par un travail d’évocation, de non-dits et de sensations. Le film capte ainsi avec justesse le mal-être sourd de ses personnages, leur offrant à la fois un espace à la hauteur de leur désarroi, et un apaisement final ténu mais libérateur, comme en suspension. 

Marie-Pauline Mollaret 

­Réalisation et scénario : Mathilde Parquet. Animation : Mathilde Parquet et Clémentine Campos. Montage : Noémie Azul Loeve. Son : Guillaume David et Renaud Denis. Musique originale : Marion James. Voix : Gabrielle Parquet, Aurélie Boquien, Augustin Jacob et Maïa Dennehy. Production : Girelle Production et Novanima Productions. 

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