Extrait
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This Smell of Sex

Danielle Arbid

2008 - 22 minutes

France - Documentaire

Production : DKB Productions

synopsis

Mes amis de Beyrouth me racontent librement et dans le détail leurs expériences sexuelles les plus secrètes, les plus ardentes, les plus obsessionnelles. Le film se déroule sur un écran noir, ponctué de temps à autres par les images d’un vieux film Super 8 montrant une jeune femme timide se dénudant.

Danielle Arbid

Née à Beyrouth, Danielle Arbid a étudié la littérature à la Sorbonne Nouvelle et le journalisme au CFPJ.

Elle est pigiste pendant deux ans dans la presse écrite francaise, avant de réaliser son premier court métrage Raddem en 1998, produit par le GREC. Sélectionnés par de nombreux festivals (Cannes, New York film festival, San Francisco, Locarno, Pusan, Tokyo, etc.) ses fictions et documentaires ont reçu des dizaines de récompenses prestigieuses : le Léopard d’Argent vidéo et le prix Albert Londres pour Seule avec la guerre en 2001, le Léopard d’Or pour Conversations de salon 1 au festival de Locarno en 2004 et la Villa Médicis hors les murs pour Aux Frontières.

Ses deux longs métrages, Dans les champs de bataille (2004) et Un homme perdu (2007), ont été sélectionnés à la Quinzaine des réalisateurs ainsi que dans une trentaine de festivals dans le monde, récoltant de nombreux prix.

En 2008 Danielle Arbid réalise le court métrage documentaire This Smell of Sex. Et réalise en 2011 un téléfilm pour Arte, Beyrouth hôtel, présenté en compétition au festival de Locarno.

Peur de rien, son troisième long métrage de fiction sorti en 2016 a obtenu le prix de l’Académie Lumière de la presse étrangère en France.

Son quatrième long métrage de fiction Passion Simple adapté du roman éponyme d'Annie Ernaux, avec Laetitia Dosch et Sergei Polunin, est sorti en août 2021.

Critique

Le Liban d’après-guerre est un pays d’opérette. Un pays où la parole est excessive, sans retenue. Où les détails de la vie courante sont racontés et dramatisés à bloc.” : de ce constat qui la frappe chaque fois qu’elle retourne dans son pays d’origine, Danielle Arbid décide de partir en quête d’une parole de ses compatriotes qui ne ferait pas l’objet d’une mise en scène ou d’exagération. Une parole que l’on entendrait peu. Elle cherche en somme à faire l’anti-Conversations de salon, premier de ses essais sur sa famille libanaise qui forment un portrait de groupe composite de son entourage. Entre ses longs métrages, Danielle Arbid est une cinéaste qui aime à se tenir occupée et expérimenter des formes en toute liberté, loin des contraintes d’une production et d’une équipe. This Smell of Sex a d’abord été un atelier de création radiophonique, diffusé sur France Culture au début des années 2000 et dans lequel la cinéaste montait des témoignages intimes de ses amis portant sur leurs relations sexuelles : leur expérience la plus folle et intense, ce qu’ils aiment, leurs fantasmes, des choses inavouées. Tout ce que l’on n’entend nulle part.

S’entrecroisent alors des témoignages d’hommes et de femmes qui racontent crûment leur rapport au plaisir. De couple, il n’est presque pas question, à deux exceptions près : une femme dit, sur un ton semi interrogatif, que le sexe est meilleur quand on est amoureux. L’un des interviewés est interrompu dans ses récits par sa petite amie qui l’appelle  au téléphone, ce qui déclenche une dispute au cœur de laquelle surgissent jalousie, possessivité et mensonges. On devine alors derrière ces confessions des rapports entre hommes et femmes plus complexes que ce que suggèrent les propos libres ou la voix off du début du film, archive de la radio de Beyrouth qui vante la sensualité du peuple libanais.

En 2008, la cinéaste reprend cette matière purement sonore (témoignages et musique introduits par une archive de la radio libanaise) pour en faire un film. Les confessions en off sont traduites en lettres blanches sur fond noir sur des intertitres. L’écart entre ces voix très incarnées qui gloussent ou fanfaronnent et leur transcription écrite dit la rareté des ces mots que l’on tait habituellement et de ces situations qui se cachent, par manque d’espaces intimes autant que pour échapper aux regards des voisins ou connaissances, dans des voitures ou des cages d’escalier. Cette dimension sociale de contrainte s’esquisse sans se tomber dans la lourdeur d’un discours surplombant. Elle trouve aussi une légèreté dans les images qui s’insinuent et rehaussent d’un érotisme sage et discret les récits, broderie d’évocations pornographiques. Ces images, bandes de pellicules Super 8 trouvées au marché aux puces dévoilent les pauses lascives et espiègles prises par de situations légèrement érotiques dans lesquelles une jeune fille plus ou moins dévêtues monte à une échelle ou lèche une glace. Écart, là encore, entre la recherche des espaces où se niche l’excitation, mais qui fait immédiatement un pas de côté pour remettre en perspective un pays et une génération. Les fantasmes racontés sont aussi ceux d’une époque.  

Raphaëlle Pireyre

Réalisation, scénario et image : Danielle Arbid. Montage : Pierre Jampy. Son : Jassem Hindi et Lionel Quantin. Musique originale : Yasmine Hamdan. Production : DKB Productions.

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