Extrait
Partager sur facebook Partager sur twitter

Tardenois, prochaine sortie

Maxime Ducept

2019 - 20 minutes

France - Fiction

Production : Paris 8 Université

synopsis

Le soir tombe sur l’aire d’autoroute du Tardenois. À mesure que la nuit progresse, la station-service est laissée à deux jeunes employés saisonniers. Un troisième homme ne semble pas vouloir quitter les lieux

Maxime Ducept

Né en 1994, Maxime Ducept grandit à Nantes, où il intègre la classe préparatoire Ciné-Sup. Il poursuit ensuite ses études cinématographiques à l'Université Paris 8, durant lesquelles il réalise Tardenois, prochaine sortie (2019), son film de fin d'études, présenté en 2020 au Festival Côté court de Pantin et au Poitiers Film Festival. 

En 2020, Maxime Ducept assure le montage du court métrage Sans vous, sans moi d'Adèle Shaykhulova.

 

Critique

Une aire d’autoroute située entre Reims et Paris. Les voyageurs s’arrêtent pour se restaurer, faire une pause, puis repartir. Le film de fin d’études de Maxime Ducept Tardenois, prochaine sortie pose une question fascinante : que se passe-t-il lorsqu’on reste et qu’on s’arrime dans un lieu fondamentalement dédié au départ continuel ?

Cette aire de repos est un “non lieu”, un espace fonctionnel construit dans le but de favoriser la circulation des biens et des corps, sans nécessairement s’attarder sur les liens sociaux (une scène vaguement comique où l’on croit reconnaître un visage, mais c’est un acte manqué, puisque tout est similaire). Le film, au contraire, est tissé sur la rencontre de plusieurs solitudes qui se télescopent. Une jeune caissière, un agent d’entretien et un homme d’affaires. Il y a un côté Bird People – de Pascale Ferran – dans ces êtres anonymes en transit, notamment avec Oscar, qui se déplace de ville en ville sans les visiter, sans prendre le temps de parcourir leurs particularités. La jeune caissière, elle, a un livre de Flaubert entre les mains pour passer le temps qui défile lentement – l’ennui et les affres existentielles sont d’ailleurs les grandes thématiques de l’œuvre de ce grand auteur du XIXe siècle. Si le film de Pascale Ferran, en 2014, bifurquait joyeusement vers le fantastique, celui de Maxime Ducept reste sur une tonalité réaliste, à l’atmosphère assoupie, comme lors d’une nuit blanche. Il y a aussi la démarche de vouloir filmer des figures “invisibilisées” du travail de nuit, des femmes et des hommes noctambules dans des espaces clairsemés, vidés de toute conscience humaine. De mettre en image des silhouettes qu’on ne voit plus.

La mise en scène semble volontairement éteinte. Les plans sont longs, étirés, fixes, ce qui intensifie la sensation d’immobilité, d’ancrage incongru. Les stations-services sont des promesses de déplacement, de road-movies flamboyants ; ici, on est au contraire privé de mouvements. Si les corps ne sont pas disposés à se mouvoir, à l’inverse, les âmes vagabondent, on se confie sur des projets et on se projette – pour s’émanciper – vers l’avenir. Le temps d’une nuit, du lien a été possible.

William Le Personnic

­Réalisation et scénario : Maxime Ducept. Image : Anna Sauvage. Montage : Nobuo Coste. Son : Yannis Do Couto, Antoine Martin et Clément Laforce. Interprétation : Yvelise Thibaut, Anthony Courret, Yannis Amouroux et Dominique Verson. Production : Université Paris 8.

À retrouver dans

Sélections du moment