Extrait
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Suspendu

Élie Grappe

2015 - 15 minutes

Suisse - Fiction

Production : Point Prod / Écal

synopsis

Dans un grand conservatoire, un jeune danseur chute lors d’une ultime répétition. Mais c’est le jour de l’examen et le garçon ne se résigne pas. Il doit tenir malgré la douleur. Pour lui, pour sa partenaire, pour les autres.

Élie Grappe

Né à Lyon en 1994, Élie Grappe étudie pendant dix ans la musique classique au Conservatoire national de sa ville natale, puis intègre en 2011 le département cinéma de l’École cantonale d’Art de Lausanne (Écal), dont il sort diplômé en 2015.

Dans le cadre de sa formation, il réalise Répétition (2014), puis son film de diplôme : Suspendu (2015). Tous deux sont sélectionnés dans plusieurs festivals internationaux.

Élie Grappe dirige ensuite le casting et coache les interprètes du film de Blaise Harrison Les particules, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, en 2019.

Son premier long métrage, Olga, est présenté en 2021 à la Semaine de la critique avant d'être distribué en salles le 17 novembre par ARP Sélection. 

Critique

Tout le cinéma d’Élie Grappe paraît suspendu. Suspendu, comme les notes de musique de Répétition et de Hors scène, comme les bien-nommées Limbes, ou comme Olga, héroïne-titre de son premier long métrage, sur ses barres asymétriques. Suspendus à un fil existentiel, comme tous ces destins filmés au plus près. Dans Suspendu, justement, son court métrage de fin d’études à l’Écal de Lausanne, c’est un jeune danseur qui fait l’expérience du vertige. Vertige de l’examen, enjeu déterminant, où tout le corps s’engage pour donner le meilleur et décrocher le Graal. Puissance du squelette et des muscles, travaillés sans relâche pour optimiser leurs facultés et l’incarnation d’une chorégraphie au millimètre. Le fil est tendu durant les quinze minutes de l’action, qui ne sort pas des locaux d’entraînement, et part des répétitions aux lueurs de l’aube pour se terminer sur d’ultimes mouvements sans cesse répétés. C’est une grande boucle dans laquelle l’adolescent tourbillonne sans fin pour arriver à ses fins, même en boitant. 

Dans cette bulle en apnée, la caméra alterne les gros, voire très gros plans, avec des vues plus larges qui captent les silhouettes dans leur scénographie mouvante. L’objectif danse, de fixité en déplacement, pour épouser au mieux la fluidité. La beauté du geste aussi, prête à faire fi de toute douleur. Car l’aventure raconte un accident. Un accident de parcours comme il y en a tant quand la mécanique humaine est l’outil principal. Le jeune cinéaste fait de l’obstination le nerf de la guerre. Rien n’arrête la détermination de l’artiste sur jambes. Et la chute, après la mauvaise réception, devient un motif récurrent. Elle donne un rythme, accompagné du travail sonore précis, dès les premières secondes où le souffle emplit l’écran encore noir. Respiration, frottement, glissement, chuintement, crissement, battement, Suspendu est une symphonie ininterrompue de signes titillant l’oreille. Les dialogues sont rares et accessoires, la signification naît de la masse corporelle et du mouvement, accompagnés par les moments musicaux, de mélodies classiques au piano en accords électro. 

Au centre des images, il y a Max Ricat, pro des ballets et déjà enfant acteur dans L’heure d’été d’Olivier Assayas et Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Løve. Il est de toutes les scènes et porte le film avec aisance. La mise en scène lui colle aux basques et place son personnage dans un jeu incessant d’ombre et de lumière, l’isolant la plupart du temps, même quand il est au milieu des autres. Tout transpire de sens par l’immersion, jusqu’à la sueur de l’athlète, laissé en suspens quand le court métrage s’achève. Quatre ans plus tard, c’est au tour d’une gymnaste ukrainienne de quinze ans de faire face à son destin et d’affronter le monde, dans Olga, premier long métrage d’Élie Grappe. La boucle continue de boucler. Et l’énergie mène toujours la danse. 

Olivier Pélisson 

Réalisation et scénario : Élie Grappe. Image : Lucie Baudinaud. Montage : Félix Rehm. Son : David Püntener, Sylvain Lambinet, Alexandre Frager et Carlos Tapia. Musique : Pierre Desprats. Interprétation : Max Ricat, Julia Petit, Erwan Jeammot et Anne Vadagnin. Production : Point Prod et École cantonale d'Art de Lausanne (Écal).

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